La famille de Pierre Coriolan poursuit le SPVM

Bouleversée, Johanne Coriolan, la nièce de Pierre Coriolan... (Martin Tremblay, La Presse)

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Bouleversée, Johanne Coriolan, la nièce de Pierre Coriolan abattu par la police en juillet, a fait lire par une proche son témoignage lors d'une conférence de presse, ce matin.

Martin Tremblay, La Presse

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Louise Leduc
La Presse

Jugeant que les policiers avaient utilisé une force abusive et qu'ils n'avaient jamais tenté de faire baisser la tension, la famille de Pierre Coriolan, abattu le 27 juin, poursuit le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et lui réclame 150 000 $.

En conférence de presse, mercredi matin, la famille a fait projeter sur grand écran les derniers instants de M. Coriolan, un homme noir de 58 ans aux prises avec des troubles mentaux et de toxicomanie qui a été abattu par les policiers devant la porte de son HLM, à Montréal.

« Les policiers ne lui ont donné aucune chance, a dit sa nièce, Johanne Coriolan, dans une déclaration qu'elle a fait lire par la militante Maguy Métellus. Nous nous faisons donc un devoir de dénoncer. Il faut éviter à tout prix que cette situation se produise de nouveau. »

Pour la famille, il est extrêmement important de témoigner, insiste-t-elle.

> Lisez la chronique de Rima Elkouri sur le sujet

« Nous ne sommes pas naïfs, nous savons que ce n'est pas la première fois qu'un événement du genre arrive, et ce n'est pas la dernière fois non plus », a dit Johanne Coriolan.

Le 27 juin, Pierre Coriolan devait quitter son HLM. Un avis d'expulsion lui avait été envoyé au début du mois.

Vers 19 h, les policiers ont reçu un appel concernant un homme en crise qui, selon des voisins, était en train de tout démolir dans son appartement.

« Il était noir, pauvre et présentait un problème de santé mentale. Il avait trois prises contre lui », a dénoncé Will Prosper, un activiste. « Pierre Coriolan a été exécuté », a-t-il ajouté.

LA SCÈNE FILMÉE

Dans la vidéo tournée par un voisin, on entend d'abord deux coups de Taser. M. Coriolan, qui ne semble pas menacer dans l'immédiat les policiers, mais qui tient quelque chose dans sa main, se retrouve alors à genoux. Les policiers tirent alors sur lui avec leur arme. Par la suite, M. Coriolan s'effondre. Un policier tente de lui enlever un objet des mains, « peut-être un tournevis », selon Me Virginie Dufresne-Lemire, qui représente la famille.

Alors que l'homme, au sol, a l'air gravement atteint, un autre policier lui assène deux coups avec son bâton télescopique.

« Pourquoi ces coups de bâton ? Il était déjà blessé par balles. C'est une exécution », a dit l'activiste communautaire Will Prosper, qui s'est dit outré par la barbarie de la scène.

« Pourquoi les policiers n'ont-ils pas pris le temps de parler [à M. Coriolan] ? Parce qu'à leurs yeux, l'homme devant eux n'avait pas de valeur », a dit Will Prosper.

« Quand vous voyez des policiers arriver, faites attention », a renchéri Me Alain Arsenault, avocat-conseil pour la famille.

Il dit n'avoir aucune confiance dans l'enquête menée par le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) en raison « de ses problèmes fondamentaux de crédibilité ».

Me Arsenault reproche entre autres au BEI sa lenteur. Quelque sept mois après la tragédie, la famille n'a toujours eu aucun détail et n'a pas vu le rapport d'autopsie.

Comme la tragédie fait l'objet d'une enquête, les autorités policières n'ont pas pu faire de commentaires.

Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique, a dit mercredi qu'« il s'agit d'un événement tragique, très triste » et qu'il doit laisser le Bureau des enquêtes indépendantes faire son travail.

D'autres interventions policières qui ont mal tourné

JANVIER 2017

Jimmy Cloutier, un sans-abri en fuite après une attaque à l'arme blanche, va prendre un café à l'Old Brewery Mission, boulevard Saint-Laurent. Les policiers l'attendent dans la ruelle et l'abattent quand il sort du refuge.

FÉVRIER 2014

Le sans-abri Alain Magloire est abattu par des policiers après une poursuite au centre-ville.

NOVEMBRE 2013

Donald Ménard, un homme de 31 ans intoxiqué qui s'est évadé quelques heures plus tôt de l'Institut Philippe-Pinel, est tué par les policiers dans une maison de chambres. « Faisant face à un individu sans arme, probablement très perturbé, mais qu'il fallait immobiliser, les policiers ont utilisé les moyens appropriés : la force physique de quatre agents s'avérant insuffisante », conclura le coroner Jean Brochu.

JUILLET 2013

Robert Hénault, un septuagénaire connu pour des problèmes pulmonaires, refuse de lâcher son couteau à l'arrivée des policiers, qui lui tirent une balle dans une jambe. Il mourra quelques heures plus tard. Le coroner Paul G. Dionne se montrera très critique et recommandera au ministère de la Sécurité publique un protocole pour l'utilisation de caméras personnelles dans les interventions policières.

JANVIER 2012

À la station de métro Bonaventure, Farshad Mohammadi, un sans-abri souffrant d'hallucinations, attaque un policier avec une lame de couteau de type exacto. Il refuse d'obéir aux ordres des policiers. « Encore une fois, il faut déplorer la mort d'une personne souffrant d'un problème de santé mentale. Encore une fois, des policiers se sont retrouvés en première ligne d'intervention auprès d'une personne nécessitant des soins de santé et des services sociaux plutôt qu'une intervention policière », conclut le coroner Jean Brochu.

JUIN 2011

Les policiers ouvrent le feu sur Mario Hamel, un sans-abri en crise armé d'un couteau au centre-ville. Mario Hamel est abattu, de même qu'un passant, Patrick Limoges. Le SPVM doit utiliser « des méthodes plus douces, moins coercitives » pour maîtriser des personnes en crise, écrira le coroner Jean Brochu.

- Tristan Péloquin et Louise Leduc, La Presse




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