Procès pour trafic de cocaïne: une «mule» témoigne de son enfer

Francine Desormeaux (photographiée ici en 2012) a confirmé... (Photo André Pichette, archives La Presse)

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Francine Desormeaux (photographiée ici en 2012) a confirmé hier avoir servi de mule au couple Victor-Dont plusieurs fois en 2009 et 2010 pour faire entrer de la drogue au Canada.

Photo André Pichette, archives La Presse

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« C'est l'enfer qui commence. » Voilà les mots choisis par Francine Desormeaux, une Québécoise condamnée pour trafic de cocaïne entre Port-au-Prince et Montréal, pour raconter son arrestation par les autorités haïtiennes en mars 2011.

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Dejean Victor en 2010

Photo archives La Presse

Les suspects sont Dejean Victor et Merlande Dont.... (PHOTO GRC) - image 1.1

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Les suspects sont Dejean Victor et Merlande Dont. Ces derniers sont suspectes davoir complote dans limportation de la cocaine entre Haiti et le Canada.

PHOTO GRC

La femme de 55 ans témoigne au procès de Dejean Victor, ancien propriétaire d'une résidence pour personnes âgées et d'un restaurant à Montréal, et de son ex-conjointe, Merlande Dont.

Elle a confirmé hier avoir servi de mule au couple plusieurs fois en 2009 et 2010 pour faire entrer de la drogue au Canada.

La Presse l'avait rencontrée en 2012 alors qu'elle était incarcérée à la prison pour femmes de Pétionville, en Haïti, dans des conditions inimaginables. Elle dormait avec les rats. Elle avait dû se faire arracher les dents. Elle nous avait confié avoir deux fois tenté de mettre fin à ses jours. 

Elle a depuis été rapatriée au Québec.

Voyage gratuit en Haïti

Le récit qu'elle a offert au tribunal donne froid dans le dos.

Francine Desormeaux a rencontré le couple Victor-Dont lorsqu'elle a commencé à travailler au Buffet Cristina, un centre de banquet du quartier Saint-Léonard, à Montréal, appartenant à l'homme. Elle a ensuite travaillé comme préposée aux bénéficiaires dans sa résidence.

Rapidement, a-t-elle expliqué, Dejean Victor lui a proposé un voyage gratuit en Haïti. En échange, elle devait épouser le cousin de son patron pour lui permettre d'immigrer au Canada. Elle n'avait jamais voyagé. Elle a sauté sur l'occasion, mettant ainsi le bras dans un engrenage qui allait la projeter en enfer, pour reprendre ses mots.

En Haïti, la noce n'a pas eu lieu. À la place, Dejean Victor lui a demandé de rapporter de la drogue à Montréal.

« Il m'a dit qu'il fallait que je lui rende un service parce que le mariage n'avait pas fonctionné. J'avais comme pas le choix. J'étais dans un autre pays », a expliqué Mme Desormeaux, qui a donc pris l'avion en portant une ceinture remplie de cocaïne sous ses vêtements. Elle ne s'est pas fait prendre.

À deux autres reprises, elle a rapporté de la drogue d'Haïti.

Une fois de trop

En mars 2011, Dejean Victor lui a demandé d'effectuer une autre livraison. 

Elle a donc fait le voyage. Cette fois, c'est Mirlande Dont en personne qui est allée lui donner la drogue dans sa chambre d'hôtel de Port-au-Prince. Un kilo de cocaïne cousu dans le fond d'une culotte à la manière d'une serviette hygiénique, a expliqué la femme.

À l'aéroport, elle s'est rendue jusqu'à la dernière étape de la sécurité avant que son monde bascule. 

« Le détecteur a sonné. [Une femme] m'a fouillée et elle a senti qu'il y avait quelque chose dans mes culottes. J'ai dit que c'était une serviette sanitaire. Elle m'a amenée à la salle de bains pour vérifier. Là, j'ai pensé : je suis cuite. »

Francine Desormeaux a été arrêtée et transportée à la prison pour femmes de Pétionville.

Son procès a eu lieu 11 mois plus tard. Elle se rappelle avoir passé huit heures assise sur une petite chaise en bois à répondre aux questions des avocats. Elle a parlé de Merlande Dont et Dejean Victor, dont les noms ont fait leur chemin jusqu'à la GRC.

Puis le verdict est tombé : 15 ans de prison. « Je me suis dit : je suis finie. »

La quinquagénaire a passé trois ans en Haïti avant d'être rapatriée au Canada, où elle a purgé une autre année derrière les barreaux avant de recouvrer sa semi-liberté en 2015.

«« Je voulais pas y aller. Je venais de revenir. Malheureusement pour moi, je suis une personne qui a beaucoup de misère à dire non, surtout à un patron. »

- Francine Desormeaux»





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