Richard Bain avait avoué à sa psychiatre ses crimes et leur préméditation

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Richard Henry Bain est jugé pour l'attentat survenu au Metropolis, le 4 septembre 2012.

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

Dans les semaines et les mois suivant l'attentat du 4 septembre 2012 au Métropolis, Richard Bain a fait à sa psychiatre ce qui constitue pratiquement des aveux non seulement de ses crimes, mais aussi de son intention clairement préméditée de les commettre.

Par ailleurs, on a appris qu'il n'y avait aucune trace de l'antidépresseur qu'il rend responsable de ses gestes dans les résultats d'analyses toxicologiques réalisées dans les heures suivant la tragédie qui avait fait un mort et un blessé.

Richard Bain, accusé notamment du meurtre prémédité de Denis Blanchette et de trois tentatives de meurtre visant 14 personnes, a commencé vendredi à subir un contre-interrogatoire serré du procureur de la Couronne, Dennis Galiatsatos.

Se référant aux réponses écrites et verbales de Bain lors de rencontres avec la psychiatre Marie-Frédérique Allard, le 18 septembre et le 9 novembre 2012, Me Galiatsatos a confronté l'accusé au fait qu'il avait affirmé que son plan était de tuer le plus de séparatistes possible ainsi que la chef péquiste Pauline Marois et d'autres députés et que si son arme automatique ne s'était pas enrayée, il aurait continué à tirer aussi longtemps qu'il le pouvait.

Il avait aussi indiqué qu'il avait voulu mettre le feu au Métropolis pour obtenir le même résultat que lors de l'incendie criminel du café Blue Bird, qui avait fait 37 morts à Montréal en 1972.

À chacune des affirmations du procureur, Richard Bain a répondu qu'il n'avait aucun souvenir d'avoir dit ou écrit de telles choses.

Richard Bain avait aussi affirmé à la psychiatre qu'il avait pris six comprimés de Cymbalta pour se donner le courage de faire «ce qu'il avait dans sa tête». Sa défense de non-responsabilité criminelle pour cause de trouble mental repose en grande partie sur la prise de cet antidépresseur qui lui aurait fait perdre contact avec la réalité.

Selon la version de Richard Bain, la prise de ces six comprimés est survenue immédiatement après qu'il soit allé voir le Métropolis «par curiosité», sachant que le Parti québécois y tiendrait son rassemblement en soirée. Il en avait fait le tour trois fois et avait même demandé à un préposé à l'arrière si c'était bien là l'entrée du club.

C'est après cette reconnaissance des lieux qu'il est retourné à sa pourvoirie de La Conception, dans les Laurentides, pour prendre ses armes à feu, des munitions et des bidons d'essence et laisser une grande quantité de nourriture à son chat, mais Bain affirme toujours ne se souvenir d'absolument rien à partir du moment où il a avalé les comprimés.

Or, Me Galiatsatos a noté que Richard Bain, en cours de procès, avait commencé à faire référence à un autre antidépresseur, l'Effexor, qu'il prenait en alternance avec le Cymbalta et qui lui faisait un effet similaire, mais moins puissant, et c'est à ce moment que le juriste a sorti ce lapin de son chapeau: «N'avez-vous pas commencé à parler d'Effexor quand vous avez appris que le rapport de toxicologie ne montrait aucune trace de Cymbalta dans votre sang?».

Dennis Galiatsatos a par ailleurs réussi à faire admettre à Richard Bain qu'il entretenait depuis plusieurs années un fort ressentiment à l'endroit des «séparatistes», qu'il se sentait victime de préjugés et de discrimination parce qu'il était anglophone. Il lui a fait reconnaître qu'il estime toujours, encore aujourd'hui, que les séparatistes ont privé les anglophones de leurs droits, une affirmation qu'il a qualifiée «d'évidente et bien documentée».

Il lui a également fait admettre qu'il n'était pas heureux le 4 septembre de n'avoir pu «exercer son droit démocratique» de voter, puisqu'il n'était pas inscrit sur la liste électorale.

En après-midi, le procureur a soulevé trois cas où Richard Bain avait menti, ce que ce dernier a admis avoir fait et Me Galiatsatos lui a demandé: «Vous mentez lorsque cela vous est utile?». «Ne le faisons-nous pas tous? (Don't we all?)», a rétorqué l'accusé.

La journée s'est terminée avec le témoignage du frère de Richard Bain, David, qui a vécu plus de 50 ans avec son frère et sa mère.

David Bain a raconté que son frère avait complètement changé en 2009, lorsqu'il avait commencé à prendre l'antidépresseur Cymbalta. Il était alors devenu hyperactif, paranoïaque et obsédé par la peur du virus H1N1. Il s'était séparé de sa conjointe de 20 ans et avait commencé à dépenser des sommes considérables pour s'acheter des armes, des véhicules militaires et utiliser les services d'escortes et voyager en taxi entre Montréal et son chalet de La Conception.

Cependant, son état s'était amélioré dès le mois de décembre de la même année, David Bain affirmant que la paranoïa était disparue, mais qu'il n'était jamais redevenu le même par la suite, étant pris d'une nouvelle ferveur religieuse qui n'y était pas auparavant et se livrant toujours à des dépenses excessives.

À l'approche de l'élection, au printemps de 2012, le frère de l'accusé a ajouté que le jugement de son frère était meilleur, que son hyperactivité avait diminué et que ses plans multiples étaient disparus alors que les affaires de sa pourvoirie se stabilisaient.

Le procès se poursuivra lundi.

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