Sévices imposés à des enfants en famille d'accueil: un couple de Laval en prison

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Le couple a posé les gestes en question durant près de 20 ans, de 1966 à 1983.

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
Laval

«J'ai appris ce qu'étaient la fellation et la masturbation quand j'avais neuf ans. J'ai perdu ma virginité à l'âge où les petites filles jouent encore à la poupée. J'ai été pénétrée à l'âge de dix ans.»

C'est en larmes, mais avec courage et dignité que M., aujourd'hui âgée de 59 ans, a fait sa déclaration de victime avant le prononcé de la peine de ses bourreaux, jeudi matin, au palais de justice de Laval.

Mais si l'horreur s'était invitée à la cour, le bras de la justice s'est abattu lourdement, 50 ans plus tard, sur ses auteurs, le couple de septuagénaires qui a agressé sexuellement, brutalisé et maltraité des enfants qui leur avaient été confiés alors qu'ils agissaient comme famille d'accueil.

Jacques Laporte et Micheline Charland-Laporte, tous deux âgés de 76 ans, ont été condamnés respectivement à dix et huit ans de pénitencier après avoir reconnu leur culpabilité, le premier à 15 accusations, la seconde à dix accusations de viol, agression sexuelle sur des mineurs, grossière indécence, attentat à la pudeur, voies de fait et voies de fait causant des lésions corporelles, notamment.

«On pense tout le temps, quand on a une horreur devant nous, que c'est la pire; cette horreur, on vient de l'augmenter», a dit le juge Gilles Garneau avant d'annoncer la peine imposée au couple.

Le couple a posé les gestes en question durant 20 ans, de 1966 à 1986, sur les six victimes qui ont porté plainte, bien que les coupables aient eu la garde de plusieurs autres enfants.

Avant que le juge Garneau ne prononce la peine, qui était une suggestion tant de la défense que de la Couronne, deux des six victimes ont livré des témoignages bouleversants, la lettre d'une troisième a été lue devant le tribunal et deux autres témoignages écrits ont été remis à la cour, traçant un portrait insoutenable de l'enfer qu'elles ont vécu.

Ainsi, M. a raconté qu'elle avait servi d'objet sexuel dès son arrivée chez le couple en 1966, à l'âge de neuf ans. Elle a aussi été «utilisée» par des amis du couple lors de soirées échangistes. Retirée de l'école à 12 ans parce que Mme Charland devait s'occuper d'un poupon, elle fut obligée d'assumer toutes les tâches ménagères.

«J'étais leur esclave» a-t-elle déclaré, racontant les sévices sexuels et physiques vécus plusieurs fois par semaine par «ces gens ignobles».

Pour ajouter l'insulte à l'injure, la dame a raconté avoir dénoncé sa famille d'accueil à son enseignante, une religieuse, qui s'était empressée de rapporter la chose au couple qui avait évidemment qualifié le tout de mensonges. Conséquence: elle avait été battue non seulement à la maison, mais aussi à l'école pour avoir menti.

«Imaginez comment ils doivent être mêlés: alors qu'ils pensent que les adultes sont là pour les aider, prendre soin d'eux, les adultes leur font défaut et ne sont pas là pour les soutenir. Ça doit être particulièrement troublant. On n'a plus de repères comme enfant», a souligné la procureure de la Couronne, Jocelyne Rancourt, au sujet de cette double trahison.

Le juge Garneau s'est d'ailleurs montré extrêmement déçu de ne pouvoir retrouver l'enseignante en question, tout comme une travailleuse sociale qui avait été témoin de sévices, mais qui n'était jamais intervenue et dont le réseau de la santé et des services sociaux a complètement perdu la trace, selon l'enquêteur au dossier.

Un garçon, R., aujourd'hui âgé de 42 ans, a pour sa part raconté avoir été battu au sang à répétition avec une ceinture, enfermé dans une chambre pendant un mois et paradé nu devant des étrangers qui le ridiculisaient.

«C'est inconcevable, répugnant, a-t-il dit. J'ai beau essayer d'oublier, peu importe la peine qu'ils (les accusés) auront, ça va rester avec moi jusqu'à la fin de mes jours.»

Son frère, P., dans sa déclaration lue par Me Rancourt, a raconté qu'après avoir «été abusé durant quatre ans», il avait dû être traité pour un choc post-traumatique dont il souffre toujours.

«Tout ce que je veux, c'est que le couple Charland-Laporte crève en prison et subisse ce que j'ai subi», a-t-il conclu.

Tout au long des témoignages, Jacques Laporte a gardé les yeux fermés et la tête penchée vers le bas, sans regarder une seule fois ses victimes. Micheline Charland, elle, est demeurée de marbre. Les rapports présentenciels des deux accusés faisaient notamment état, chez l'homme, de trouble de pédophilie et d'une sexualité déviante et, dans le cas de sa conjointe, de trouble de la personnalité sadique. Ni l'un ni l'autre n'avaient exprimé quelque remords que ce soit.

Ils se sont toutefois excusés tous les deux avant le prononcé de la peine, Mme Charland demandant pardon à ses victimes, mais Jacques Laporte, lui, a pris soin d'ajouter à ses excuses qu'à l'époque le couple «vivait des choses pénibles» et qu'il était malade.

S'adressant aux victimes, le juge Garneau les a invitées à faire appel à tout le soutien et à tous les services dont ils auront besoin, reconnaissant les limites de la démarche judiciaire: «Il n'y a aucune sentence qui va vous enlever la douleur que vous avez subie et toutes les atrocités que vous avez subies.»

Puis, se tournant vers le couple condamné, il a changé de ton, ne cachant pas sa colère devant les gestes «indescriptibles et impensables» qu'ils ont commis.

«Vous étiez censés protéger des enfants et vous vous en êtes servis à des fins sexuelles. Vous les avez détruits», a-t-il dit avant de les envoyer au pénitencier.

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