Procès d'un chauffeur de taxi: «j'ai eu vraiment peur»

Guercy Edmond, un chauffeur de taxi jugé pour... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Guercy Edmond, un chauffeur de taxi jugé pour avoir roulé sur un homme.

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C'était une de ces nuits que Montréal a connues pendant le printemps érable de 2012. Dans son taxi, Guercy Edmond tentait d'appeler la police, mais dans l'affolement, ses doigts étaient comme paralysés. Il était arrêté sur le boulevard Saint-Laurent, et des individus criaient après lui et frappaient sa voiture à coups de pied et de poing.

« J'ai eu vraiment peur », a raconté M. Edmond, hier, alors qu'il témoignait à son procès. L'homme de 50 ans est jugé pour avoir roulé sur le corps de Benoît Kapelli, un client avec qui il s'était bagarré quelques minutes auparavant.

D'origine haïtienne, M. Edmond est couturier de métier. En 2002, il a commencé à faire du taxi. La voiture ne lui appartenait pas, il la louait. Sa version des événements qui lui sont reprochés va comme suit : le 29 avril 2012, vers 3 h 30 du matin, il s'arrête devant le Buonanotte, boulevard Saint-Laurent, pour déposer un client. Alors que le client sort, trois hommes s'engouffrent dans son taxi. « Saint-Denis et Mont-Royal », lance quelqu'un.

M. Edmond se met en route. Ça avance lentement, il y a beaucoup de voitures, et les relents d'une manifestation. À l'angle de Prince-Arthur, toujours sur Saint-Laurent, il y a un poste de commandement. Il s'arrête pour laisser passer un véhicule d'urgence.

Compteur à zéro

« Le feu est vert, pourquoi tu t'arrêtes. Et en plus tu n'as pas remis le compteur à zéro », lance Benoît Kapelli, fâché, assis à l'avant du taxi. Le compteur indique un peu plus de 5 $.

Le chauffeur, qui ne s'en était pas rendu compte, assure-t-il, remet le compteur à zéro. Il remarque que le client est français. Il lui dit que, comme en France, les véhicules d'urgence ont priorité.

« Vous autres les Noirs, vous excisez les femmes », s'exclame M. Kapelli.

M. Edmond répond qu'il est haïtien, et n'a rien à voir avec cela.

Benoît Kapelli ajoute autre chose, et M. Edmond se dit que le type « n'est pas bien dans sa tête ». Quand le client exige de descendre de voiture, M. Edmond accepte volontiers. Mais voilà, avant de sortir, M. Kapelli lui donne un coup de coude et claque fortement la porte de la voiture, assure M. Edmond.

« Je sors avec une bouteille de limonade. Je veux savoir ce qui s'est passé. S'il s'était excusé, c'aurait été terminé », a raconté M. Edmond, hier. Plutôt, une engueulade s'ensuit. Les images montrent que M. Kapelli a poussé le chauffeur et que celui-ci lui a lancé la bouteille, sans l'atteindre.

Méchant coup

M. Edmond revient ensuite dans son taxi. Il se souvient que Benoît Kapelli a donné alors un « méchant coup de pied » sur sa voiture. M. Edmond sort de voiture avec un balai à neige. Une bagarre s'engage. M. Edmond retourne dans son taxi, des passants rappliquent. « J'étais entouré de partout. »

M. Edmond tente d'appeler la police, mais ce faisant, il perd la maîtrise de son véhicule qui heurte un lampadaire, près duquel se trouvent Kapelli et ses amis.

M. Edmond assure qu'il ne voulait pas les heurter, il les a évités. Il admet avoir suivi M. Kapelli avec sa voiture par la suite, car il voulait le faire arrêter par la police.

Le taxi ne lui appartient pas, il le loue et ne peut pas remettre la voiture abîmée à son propriétaire, sans rapport de police.

Mais voilà, un attroupement se forme et on s'en prend à son taxi. Quelqu'un saute sur le toit. Le conducteur du taxi tente de s'échapper en mettant la voiture en mouvement avant et arrière. Il a verrouillé les portières. Il s'échappe finalement pour aller au poste de police. Il sent qu'il passe sur quelque chose.

Plus loin, il arrête un véhicule de patrouille et demande aux policiers de le protéger, car on veut le tuer. Un cycliste arrive et dit aux policiers que le taxi a passé sur le corps de quelqu'un.

M. Edmond est arrêté, et accusé.

Il poursuivra son témoignage aujourd'hui devant la juge Geneviève Graton. L'homme est défendu par Me Yves Vaillancourt, tandis que Me Josiane Laplante représente la Couronne.

Rappel des faits

Les trois passagers du taxi, incluant Benoît Kapelli, avaient passé la soirée dans un bar et en étaient sortis à la fermeture. Ils étaient ivres.

Les événements ont été filmés en bonne partie ce fameux soir, par des caméras de surveillance et des témoins.

Sur les images, on voit M. Kapelli s'élancer vers la voiture, manifestement pour donner un coup de pied. Il tombe et le taxi lui passe dessus.

Guercy Edmond est accusé de voie de fait grave et armée, conduite dangereuse et délit de fuite.

Benoît Kapelli a eu la vessie perforée, trois côtes fêlées et une coupure au menton qui lui laisse une cicatrice.

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