Procès en cour martiale: l'accusé avait prévenu la présumée victime

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Le manège militaire de Saint-Malo, à Québec

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Martin Ouellet
La Presse Canadienne
QUÉBEC

L'adjudant André Gagnon avait prévenu la caporale Stéphanie Raymond de son envie de la «swinger» le 15 décembre 2011 au terme d'un après-midi festif bien arrosé.

L'ancienne soldate de la réserve a relaté cet incident mardi lors de son témoignage au procès de Gagnon en cour martiale générale à Québec. Le militaire fait face à une accusation d'agression sexuelle contre l'ex-caporale en vertu de la Loi sur la défense nationale et du Code criminel.

La femme de 30 ans a dit au juge militaire Mario Dutil qu'elle ne voulait pas d'ordonnance de non-publication sur son identité.

Interrogée par la procureure de la poursuite, Marylène Trudel, la plaignante a raconté avec moult détails les circonstances entourant l'agression dont elle aurait été victime aux mains de Gagnon, un supérieur hiérarchique, au Régiment de la Chaudière à Lévis.

Elle a raconté qu'elle avait participé à un traditionnel dîner de fête le 15 décembre 2011 dans un restaurant de Lévis en compagnie de Gagnon et d'un groupe de collègues militaires en civil. Le vin coulait à flot et la présumée victime admet qu'elle se sentait «pas mal réchauffée» en fin d'après-midi.

Après le repas, la présumée victime a préféré laisser sa voiture au restaurant vu son état d'ébriété. Par le jeu des circonstances, elle s'est retrouvée seule avec Gagnon pour le retour.

La paire s'est rendue à la marche jusqu'au manège militaire, qui était désert à ce moment-là, afin d'appeler un taxi.

Une fois sur place, la jeune femme aurait été incapable d'actionner le système téléphonique pour rejoindre un taxi et aurait proposé à Gagnon de l'accompagner chez elle à quelques pâtés de maisons de là. Elle voulait, d'après ses dires, «continuer de boire» et trouver enfin un raccompagnement pour Gagnon.

C'est à ce moment que Gagnon aurait refusé l'invitation en prévenant la plaignante qu'il aurait envie de la «swinger» - une allusion de nature sexuelle - s'il se rendait chez elle.

Elle a témoigné que Gagnon l'a amenée dans une salle de réunion, prétextant «vouloir lui parler». Une fois dans la salle, il lui aurait monté son chandail au cou, baissé les bonnets de son soutien-gorge et commencé à lui caresser et lui sucer les seins. L'ex-réserviste dit qu'elle a protesté mais sans hausser le ton, de peur de le mettre en colère.

L'adjudant Gagnon, un membre des forces canadiennes depuis 1989, lui aurait par la suite baissé son pantalon et ses petites-culottes pour s'adonner à des attouchements génitaux et au sexe oral.

Pour qu'il lâche prise, elle lui aurait signifié qu'elle était mal à l'aise avec la situation, qu'elle n'était pas intéressée à avoir une relation intime avec lui et qu'il avait une femme à la maison.

Selon la plaignante, Gagnon répètait sans cesse qu'il la comprenait et la respectait mais revenait constamment à la charge. À un moment, il lui aurait exhibé au visage son pénis «semi en érection» dans l'espoir manifeste qu'elle lui prodigue une fellation. Devant son refus, Gagnon aurait voulu pénétrer la jeune femme par derrière.

«Là, je lui ai dit "Non, arrête!", il a répondu: "C'est correct, c'est beau, je te respecte"», a-t-elle raconté.

Mme Raymond a déclaré qu'elle avait choisi de «flatter» Gagnon «dans le sens du poil», en s'excusant abondamment de ne pas accepter ses avances. Elle voulait ainsi éviter de fâcher son supérieur hiérarchique et éviter qu'il ne lui fasse la vie dure au bureau. Elle a discuté avec lui pendant au moins une heure, notamment de ses déboires conjugaux, pour faire baisser la pression.

À la fin, au moment de quitter le manège, l'adjudant lui aurait lancé: «Ce n'est que partie remise». La plaignante et Gagnon ont marché tous les deux en direction du restaurant où se trouvaient leur véhicule respectif.

Lorsque la procureure de la poursuite lui a demandé pourquoi elle n'avait pas résisté physiquement aux attaques de son agresseur, l'ex-soldate a répliqué qu'elle avait préféré «être gentille» de peur de représailles au travail.

Elle a aussi demandé à Gagnon de ne pas parler de l'incident aux collègues du manège «pour ne pas faire partir la machine à rumeurs».

«J'ai tenté d'y aller avec la persuasion, j'avais l'impression que ça ne mènerait à rien d'user de la force», a-t-elle relaté.

L'ex-caporale Raymond a porté plainte contre Gagnon au début du mois de janvier 2012, quelques semaines après l'agression alléguée. Elle sera contre-interrogée par la défense mercredi. L'accusé est représenté par le major Philippe Luc Boutin.

Le procès se déroule devant la justice militaire parce que le crime allégué a été commis dans des installations militaires et que les deux protagonistes étaient membres des forces armées au moment des faits. Mme Raymond est aujourd'hui étudiante à temps complet et ne porte plus l'uniforme.

S'il est reconnu coupable du chef d'agression sexuelle qui pèse contre lui, Gagnon est passible d'un emprisonnement maximal de 10 ans.

En matinée, le juge militaire Dutil a émis ses directives au comité formé de cinq militaires - tous des hommes - qui auront à statuer sur le sort de l'accusé. Il leur a demandé «d'examiner la preuve avec l'esprit ouvert, sans préjugé ni sympathie à l'égard de quiconque» dans cette affaire.




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