Incident entre deux avocats: intimidation ou stratégie?

Intimidation de la part de la Couronne? Stratégie de la part de la défense?... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE)

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PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Intimidation de la part de la Couronne? Stratégie de la part de la défense? Tempête dans un verre d'eau?

C'est maintenant au juge Normand Bonin de décider si un incident survenu en janvier dernier entre une procureure de la Couronne et un avocat de la défense, à Montréal, nécessite un arrêt des procédures comme le demande l'accusé, Marco Barquin Varela.

M. Barquin, 25 ans, est accusé d'avoir menacé et harcelé un procureur de la Couronne (Martin Joly) en pleine cour le 19 décembre dernier. L'accusé demande maintenant l'arrêt des procédures au motif que son droit à l'avocat de son choix a été violé. Cet avocat, Me Antonio Cabral, affirme s'être retiré du dossier « pour protéger sa pratique », car il craignait d'être ostracisé par la Couronne à l'avenir. Il considère avoir été intimidé en ce sens par la procureure de la Couronne Marilène Laviolette lors d'une rencontre, le 21 janvier dernier, à la cafétéria du Palais.

Me Laviolette est la conjointe de Me Joly, la cible des menaces reprochées à l'accusé Varela. Me Laviolette reconnaît avoir discuté du dossier avec Me Cabral lors de cette fameuse rencontre, mais assure ne l'avoir jamais intimidé. Elle s'étonnait qu'un avocat de Montréal prenne le dossier, et reconnaît avoir fait ce commentaire: « Vous ne trouvez pas ça particulier que par la suite, vous allez avoir à négocier avec Me Joly? »

Me Cabral ainsi qu'un autre avocat qui dit avoir entendu la conversation (Me James Dawson) soutiennent pour leur part que les propos étaient plus directs.

Du bruissement à l'orage

Cet incident, qui a fait bruisser les feuilles au palais de justice au début, s'est depuis transformé en cellule orageuse. L'Association des avocats de la défense de Montréal (AADM) a sauté dans le train. Lors de l'audition de la requête en arrêt des procédures cette semaine, l'AADM s'est fait représenter par l'avocat Rénald Beaudry, qui a demandé et obtenu le statut d'intervenant. Le président sortant de l'AADM, Me Richard Prihoda, est pour sa part venu témoigner de son implication dans ce dossier et de sa préoccupation concernant les relations entre la Couronne et la défense.

Plaidoiries

Lors des plaidoiries, Me John Philpot, nouvel avocat de l'accusé, a fait valoir qu'il s'agissait d'un grave incident contre lequel il fallait sévir. Selon lui, le seul remède à l'égard de son client est l'arrêt des procédures.

Me Beaudry s'insurge pour sa part contre le fait qu'un avocat de la défense soit ainsi associé à son client alors qu'il n'effectue que son travail. « Un médecin peut opérer un bandit un jour et un curé le lendemain », a-t-il illustré.

Me Pierre Lapointe, qui représente le Directeur des poursuites criminelles et pénales, estime que la crainte de Me Cabral d'être barré à la Couronne est purement suggestive. Il évalue aussi que son retrait du dossier est « stratégique pour obtenir un arrêt des procédures. » Me Cabral avait de toute façon des obligations qui l'appelaient à l'extérieur du pays.

Me Lapointe a poursuivi en disant que dans un monde idéal, on ne devrait pas être obligé d'avoir un avocat de l'extérieur, comme le souhaite Me Beaudry. « C'est vrai sur papier. Mais on n'est pas dans un monde idéal », a-t-il dit.

Ironiquement, pour éviter de possibles conflits d'intérêts, c'est justement un juge de Joliette (Normand Bonin) et un procureur de Québec (Pierre Lapointe) qui occupent dans le dossier. Même l'avocat de l'AADM, Me Beaudry, vient de Québec.

Le juge Bonin a pris l'affaire en délibéré et révélera le 22 juillet s'il accorde ou non cet arrêt des procédures.




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