Le pasteur Lezoka «a ruiné ma vie»

Le pasteur Mwinda Lesoka est accusé de fraude... (Photo Robert Skinner, archives La Presse)

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Le pasteur Mwinda Lesoka est accusé de fraude à l'endroit d'une douzaine d'anciens membres de la Communauté chrétienne de Béthel.

Photo Robert Skinner, archives La Presse

Une garderie en haut, une école quelque part dans le bâtiment, des condos dans le grand stationnement... Le pasteur Mwinda Lezoka avait de grands projets pour son église évangélique d'Ahuntsic. Aucun n'a vu le jour. Et depuis hier, d'anciens fidèles défilent en Cour du Québec pour raconter comment ils en sont venus à s'endetter, parfois même à se ruiner, pour prêter de l'argent au pasteur.

«J'ai perdu ma maison. Je n'ai plus rien. Je vis dans une chambre avec des boîtes en carton. Il a ruiné ma vie...», a sangloté Fortunato Orsini, alors qu'il témoignait à l'enquête préliminaire de M. Lezoka, hier. Ce dernier est accusé de fraude à l'endroit d'une douzaine d'anciens membres de la Communauté chrétienne de Béthel. La fraude alléguée, à hauteur de 600 000 $, se serait déroulée entre 2005 et 2010. L'église était située au 211, boulevard Henri-Bourassa Est, une ancienne école de quartier qui avait déjà abrité le restaurant La Vieille École.

M. Orsini, qui dit avoir exercé le métier de naturopathe, a raconté qu'il était allé à l'église Béthel pour la première fois en décembre 2002. De fil en aiguille, il s'est engagé, et est même devenu diacre. Le pasteur Lezoka lui confiait des tâches et de plus en plus de responsabilités, a-t-il expliqué. C'est lui qui s'occupait de faire le ménage, accueillir les gens, s'arranger pour que tout soit prêt quand il y avait des messes, des cours ou des rencontres. C'est lui aussi qui veillait au grain et installait des seaux quand le toit coulait. «Il m'a nommé surintendant du bâtiment», a raconté M. Orsini, qui assure n'avoir eu aucun salaire pour accompagner ce titre ronflant.

Dépossédé de sa maison

M. Orsini était propriétaire d'une petite maison entièrement payée depuis 1993. À un certain moment, il aurait hypothéqué sa maison pour 42 000 $, afin de prêter cet argent à M. Lezoka. Le prêt a été remboursé, ce qui a mis M. Orsini en confiance, dit-il.

En 2005, M. Lezoka ou son adjoint aurait demandé 50 000 $ à M. Orsini, lui assurant que ce serait vite remboursé, car le gouvernement allait octroyer une subvention de 250 000 $ pour faire la garderie en haut de l'église. M. Orsini dit s'être rendu chez un notaire, à Laval, avec l'adjoint, Lionel Eugène, et avoir signé des papiers qu'il n'a pas regardés, car il se sentait «en confiance». Il venait d'hypothéquer sa maison pour 80 000 $. Après, M. Orsini dit avoir aussi donné deux chèques totalisant 33 000 $ à M. Eugène.

Trois ans plus tard, en mars 2008, un huissier est venu chez M. Orsini pour l'aviser que sa maison ne lui appartenait plus et qu'il devait partir. M. Orsini a été expulsé et a dû aller vivre en appartement. Le pasteur a payé les deux premiers mois de loyer et ce fut tout, dit M. Orsini.

À l'été 2010, les allégations de malversations ont commencé à éclater, et ç'a été la débâcle à l'église. Plusieurs membres sont partis. M. Orsini a fini par s'en aller en septembre.

D'autres témoins

Quatre autres personnes ont témoigné, hier, à l'encontre de M. Lezoka. Parmi celles-ci, deux soeurs, Lucie et Céline Vital, disent avoir prêté 142 000$ au pasteur pour ses projets. Elles ont emprunté sur leurs cartes de crédit et hypothéqué leur maison pour prêter cet argent, qu'elles n'ont jamais revu. Elles croyaient aux projets du pasteur.

«On avait confiance dans le projet. Quand on voit un Noir faire quelque chose pour les Noirs, qui ne va pas l'appuyer?», a demandé Lucie Vital.

Assis dans la salle d'audience, M. Lezoka prenait des notes. Son enquête préliminaire se poursuit aujourd'hui devant le juge Jean-Paul Braun. M. Lezoka est défendu par Me Vincent Massignani, tandis que Me Marie-Josée Thériault représente la Couronne.

En mai, M. Lezoka doit avoir un autre procès, à Saint-Jean, en lien avec une fraude alléguée de 978 000 $ à l'égard du Parc Safari d'Hemmingford. Ruth Eugène, qui était membre de la Communauté chrétienne de Béthel et directrice des finances au Parc Safari, aurait «prêté» l'argent du Parc à Actions Béthel, une entité corporative distincte de l'Église, dont le pasteur Lezoka était président. Cette entité projetait le développement immobilier. Mme Eugène a été accusée de fraude dans cette affaire, car les transferts de fonds se seraient faits à l'insu du propriétaire du Parc Safari. Son procès a eu lieu, et le jugement doit être rendu en juin.




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