Tuer pour faire «full cash»

Gary Quenneville (à gauche) a été assassiné à... (Photo fournie par la famille)

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Gary Quenneville (à gauche) a été assassiné à son domicile de Sainte-Adèle il y a près de deux ans.

Photo fournie par la famille

Un couteau dans la main gauche, un marteau dans la main droite, David, 17 ans, a traversé chez le voisin pour mettre le plan «Mexico» à exécution.

Agglutinés à la fenêtre, ses amis l'ont regardé aller. Ils l'ont même filmé avec un cellulaire, parce que c'est comme ça qu'on fait maintenant.

Toc, toc, toc, a fait David à la porte du voisin, Gary Quenneville.

Le pharmacien de 60 ans est allé ouvrir, pour son plus grand malheur.

Le 26 février, cela fera deux ans que Gary Quenneville a été assassiné dans son domicile de Sainte-Adèle. Il a été poignardé à une épaule, battu à coups de poing, à coups de pied, puis étranglé avec la rallonge qu'il s'était fait voler dans sa maison, dans les semaines précédentes. Son corps a été trouvé deux jours plus tard, chez lui, au pied d'un escalier.

Hier, au palais de justice de Saint-Jérôme, David a reconnu qu'il avait tué M. Quenneville ce fameux soir de février 2012, et que ça s'était passé dans les circonstances terrifiantes décrites par la procureure de la Couronne. David a plaidé coupable à une accusation de meurtre prémédité. Reste maintenant à déterminer quelle peine devrait lui échoir.

David est un nom fictif, car il n'avait pas encore 18 ans au moment où il a commis le crime. Mais il n'était pas loin de sa majorité, et Me Marie-Claude Bourassa, de la Couronne, voudrait qu'il soit jugé comme un adulte. L'avocat de David, Me Khalid M'Seffar, s'y oppose. Ce sera à la juge Éliane Perreault de trancher, après le débat qui devrait avoir lieu en avril.

Des vols avant le meurtre

Pharmacien de profession, Gary Quenneville était bien connu à Sainte-Adèle, d'autant plus qu'il avait été conseiller municipal pendant plusieurs années. En 2012, il était à la retraite, mais il lui arrivait d'aller travailler en pharmacie à Rawdon. Il s'absentait alors pour quelques jours. Le 12 janvier 2012, à son retour, il a constaté qu'il s'était fait cambrioler. Il a barricadé quelques accès à sa maison.

Le manège s'est répété quand même un mois plus tard. En plus de voler pour environ 14 000 $, les intrus ont fait des dommages. Ils ont aussi planté trois couteaux dans les murs.

De plus en plus inquiet, M. Quenneville a encore renforcé la sécurité, et s'est procuré un système d'alarme. Il ignorait que les voleurs étaient ses voisins immédiats, et qu'ils pouvaient voir ses allées et venues de leur fenêtre.

Ces voleurs, c'était David et Maxime. Les deux garçons de 17 ans vivaient seuls dans un logement. Bien sûr, ils y recevaient souvent des amis.

Les documents volés par les garçons laissaient croire que M. Quenneville avait 160 000 $ en banque. Cela a fait germer un plan dans leur tête. Ils l'ont appelé le plan «Mexico». Ce plan consistait à aller chez M. Quenneville quand il était là, l'attacher, et le forcer à révéler son NIP. Avec l'argent, les deux garçons et leurs amis partiraient pour le Mexique.

Le 26 février, avec des amis, ils ont passé la journée à s'amuser et fumer du hasch dans leur logement. David a annoncé qu'il allait mettre le plan «Mexico» à exécution le soir même.

Dans la soirée, armé d'un couteau et d'un marteau, et avec une rallonge dans son sac à dos, il a traversé chez le voisin.

Il a attaqué M. Quenneville dès que celui-ci a ouvert la porte. Le sexagénaire a tenté de se sauver dans la maison. David l'a rattrapé, battu et achevé en l'étranglant avec la rallonge. Après, avec le cellulaire de M. Quenneville, David a appelé ses amis pour leur dire que c'était fait, que M. Quenneville était mort. Il leur a demandé de venir le rejoindre, en passant par en arrière. Il était 20h20, le 26 février.

David a filmé les lieux du crime avec un cellulaire, et a demandé aux filles de ne pas regarder le corps, qu'il avait recouvert d'une couverture. Les garçons ont pillé la maison. Ils ont fait plusieurs allées et venues entre le logement et la maison de M. Quenneville.

Pendant la nuit, pour calmer une fringale, David et Maxime sont allés se chercher des beignes avec la Jeep de M. Quenneville. Le lendemain, avec des amis, David est allé faire de la «trail» avec la Jeep, dans les pistes de motoneige sur la Rive-Sud. Bien sûr, les jeunes se sont filmés.

Lors d'une autre escapade du genre, sur la Rive-Sud, la Jeep s'est embourbée dans la neige. Il a fallu l'abandonner dans le champ. Des policiers l'ont trouvée, et ont avisé leurs collègues de Sainte-Adèle. C'est ainsi que, le matin du 28 février, les policiers se sont rendus chez M. Quenneville, et l'ont trouvé mort.

Pas discrets

David et Maxime n'ont pas péché par discrétion. Ils ont laissé beaucoup de traces, ont mis des amis dans la confidence, ont échangé des textos, et les films ont circulé. Ainsi, quelques jours avant le meurtre, David a envoyé ces messages textes à un ami, tels que lus hier Me Bourassa. «J'ai le goût de tuer le dude (...) avec ça je me fais full cash. J'ai le goût en crisse.»

Après la découverte du corps, certains jeunes, accompagnés de leurs parents, sont allés voir la police. Informé de cela, David s'est rendu à la police le lendemain. De son côté, Maxime a été accusé plusieurs mois plus tard. Il a plaidé coupable à des accusations de complot de meurtre et complicité après le fait. Avant les Fêtes, il a écopé de cinq ans et demi de prison, une peine pour adulte. Au fait, David n'a jamais demandé son NIP à M. Quenneville.




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