Accident d'hélicoptère: mauvaise évaluation de l'altitude, dit le BST

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L'enquêteur du BST, Jean-Marc Ledoux, lors d'une conférence de presse lundi à Québec.

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Alexandre Robillard
La Presse Canadienne
Québec

Une mauvaise évaluation de l'altitude est probablement à l'origine d'un accident d'hélicoptère de la Garde côtière qui a fait trois morts en septembre 2013, indique un rapport d'enquête publié lundi.

Le Bureau de la sécurité des transports (BST) a constaté que l'appareil, qui s'est abîmé dans les Territoires du Nord-Ouest, a effectué une lente descente avant de plonger dans les eaux glaciales du détroit de M'Clure.

Lors d'une conférence de presse, lundi, l'enquêteur du BST, Jean-Marc Ledoux, a expliqué que l'appareil volait à 36 pieds au-dessus des glaces avant d'atteindre une zone d'eau libre du détroit de M'Clure, au large de l'île Banks, à environ 670 kilomètres à l'ouest de Resolute Bay.

Des images satellites et les données de suivi du vol indiquent que l'appareil a maintenu sa trajectoire durant 76 secondes avant d'entamer une lente descente précédant l'impact avec la surface de l'eau, a déclaré M. Ledoux.

«Lorsque l'hélicoptère est passé du survol de la surface des glaces et s'est retrouvé au-dessus du plan d'eau libre, à ce moment il est fort probable que le pilote ait perdu les repères visuels lui permettant de juger l'altitude à laquelle il était», a-t-il dit.

Aucune anomalie mécanique ou des commandes n'a été constatée sur l'appareil, dont le vol d'un peu plus d'une heure s'est déroulé dans des conditions météo favorables.

M. Ledoux n'a pas écarté la possibilité qu'une distraction quelconque, à l'intérieur ou à l'extérieur, ait pu nuire à la concentration du pilote et l'ait empêché de constater la descente avant l'impact.

Selon l'enquêteur, 66 pour cent du vol s'est fait à basse altitude, ce qui est plus fatiguant pour les pilotes d'hélicoptère.

«Il se peut que la concentration du pilote ait diminué au point qu'il n'ait pu reconnaître à temps la descente à faible pente afin d'éviter l'impact», a-t-il dit.

L'équipage du navire de la Garde côtière Amundsen, auquel l'hélicoptère était rattaché, a tenté en vain de contacter l'équipage de l'appareil après avoir constaté son retard.

Aucun signal de détresse n'a permis à l'équipage du navire d'être informé d'un incident, indique le rapport, qui ne contient aucune recommandation.

Les trois personnes à bord de l'appareil sont mortes noyées à cause d'une mauvaise utilisation de leur combinaison de survie et des lacunes de leur équipement de flottaison.

Le capitaine de l'Amundsen Marc Thibault, le pilote Daniel Dubé et le chercheur Klaus Hochheim, un scientifique spécialisé dans l'Arctique affilié à l'Université du Manitoba, ont tous trois péri dans l'accident, survenu le 9 septembre 2013.

L'hélicoptère de l'Amundsen, dont le port d'attache est Québec, effectuait un vol de reconnaissance des glaces au moment de l'accident.

L'appareil avait décollé à 16h38 et le pilote a informé le navire, une heure plus tard, de son retour prévu vers 17h48.

À 18h05, l'équipage de l'Amundsen a vérifié la position de l'hélicoptère sur un système de suivi des vols, qui le plaçait à une distance de 3,8 milles marins du navire.

Sans réponse du pilote, le navire a déclenché l'opération de recherche d'urgence et s'est mis en route, à 18h24, vers la dernière position de l'appareil.

Les trois occupants qui ont été repêchés montraient des signes de noyades et leur décès a ensuite été constaté une fois à bord de l'Amundsen.

M. Ledoux a affirmé que l'opération de sauvetage aurait été plus efficace si l'équipage du navire avait plus rapidement constaté le retard de l'hélicoptère.

Le plan de vol et les possibilités d'atterrissage sur la banquise ont fait en sorte que les personnes à bord de l'hélicoptère n'étaient pas obligées de porter des combinaisons thermiques d'immersion ou des vêtements de flottaison.

Les trois victimes portaient néanmoins des combinaisons, qui étaient remplies d'eau au moment où elles ont été récupérées. La fermeture éclair de celle du pilote Daniel Dubé était notamment ouverte partiellement, une pratique courante.

Au moment où il a été retrouvé, M. Dubé ne portait pas sa veste de flottaison, qui a été pourtant observée gonflée à la surface de l'eau. Le capitaine Marc Thibault portait la sienne, qui n'était pas gonflée mais en état de fonctionner.

L'équipement de Klaus Hochheim était à demi gonflé, et l'enquête du BST a permis de constater que cette défectuosité a été causée par un mauvais pliage des chambres de flottaison.

Selon le BST, les trois hommes sont décédés parce que l'eau froide leur a fait perdre une partie de leur capacité à bouger et à maintenir leurs voies respiratoires hors de l'eau.

À la suite de cet accident, la Garde côtière a annoncé l'achat d'hélicoptères plus modernes dotés notamment d'enregistreurs de données et de conversations en vol, ce dont n'était pas équipé l'appareil en cause.

«S'il avait été équipé de ces systèmes, les enquêteurs auraient pu mieux comprendre les circonstances et les événements qui ont mené à cet accident», a dit M. Ledoux.

Les nouveaux hélicoptères auront de meilleurs dispositifs de flottaison intégrés ainsi qu'un radeau de sauvetage extérieur.

La Garde côtière a également resserré les directives de suivi des vols et a publié des politiques qui exigent le port d'une combinaison étanche offrant une protection thermique appropriée lors des opérations par hélicoptère dans l'Arctique.

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