Le DG s'engage à faire évaluer le cas à l'interne

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Le directeur général de la Sûreté du Québec, Martin Prud'homme, a suivi de près tout ce qui s'est écrit cette semaine sur la décision du directeur des poursuites criminelles et pénales.

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Le nouveau directeur général de la Sûreté du Québec a offert ses condoléances à la famille de l'enfant tué par une voiture de filature et pris un engagement formel hier: cette histoire «ne s'arrêtera pas là».

«On a perdu un petit gars de 5 ans. Ce n'est pas normal. Nous, on veut protéger les gens, pas le contraire», a martelé Martin Prud'homme lorsqu'il a rencontré La Presse tôt hier, avant que ne surviennent de nouveaux éléments dans cette affaire.

«J'offre mes condoléances à la famille. Et je peux assurer que le dossier ne s'arrêtera pas là», a poursuivi celui qui était sous-ministre de la Sécurité publique jusqu'à sa nomination à la tête du corps policier à la fin d'octobre.

Le directeur général a suivi de près tout ce qui s'est écrit cette semaine sur la décision du directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de ne pas porter d'accusations contre le policier à l'origine de l'accident alors qu'il roulait à plus de 120 km/h dans une zone où la vitesse maximale est de 50.

«On a une décision du DPCP de ne pas porter d'accusation criminelle, et ça, j'ose croire que c'est neutre. Mais je sais qu'il y a des gens qui se posent des questions. Et la grande question, c'est: est-ce qu'il y a des critiques à faire à nos membres ou à nos règles de travail?», demande-t-il.

«Je vais recevoir le dossier du SPVM et du DPCP dès que possible et je vais le faire évaluer par les gens des normes professionnelles chez nous. Par la suite, s'il y a des reproches à faire aux membres, il y a un tribunal disciplinaire pour ça. S'il y a de nouvelles directives à donner à cette escouade, ce sera fait», dit-il.

En faveur d'un bureau d'enquête indépendant

Lorsqu'il chapeautait des équipes d'enquêteurs de la SQ, il y a des années, Martin Prud'homme a vu ses troupes réaliser des centaines d'enquêtes indépendantes sur des morts survenues lors d'interventions d'autres corps de police. Même s'il était très satisfait de leur travail, il voit toujours d'un bon oeil la création prochaine d'un bureau d'enquête indépendant qui se pencherait sur les incidents mortels survenant lors des opérations policières.

«Je crois au bureau d'enquête indépendant, j'ai travaillé à sa mise en place quand j'étais sous-ministre», souligne-t-il.

La tragédie vue par...

Des documents obtenus par La Presse jettent un nouvel éclairage sur l'accident impliquant le policier qui a tué un garçon de 5 ans, l'an dernier à Longueuil. Plongeon minute par minute dans un matin d'horreur.

- Par Gabrielle Duchaine

... le policier

7 h. L'enquêteur de 29 ans de la Sûreté du Québec arrive au bureau, où son chef d'équipe lui explique la mission du jour. Il devra relever l'équipe de filature de nuit en poste à Saint-Hubert. 

7 h 30. Le policier se met en route. Il est seul à bord d'une Toyota Camry noire, une voiture banalisée aux fins de la mission. Deux membres de son équipe suivent chacun dans leur véhicule. Il fait -20 °C, mais la chaussée est sèche. 

7 h 50. Les trois voitures banalisées roulent l'une derrière l'autre sur le boulevard Gaétan-Boucher, séparées par quelques centaines de mètres. Les policiers sont pressés. Un seul de leurs collègues arrive à suivre le sujet de leur filature. Ils doivent le rattraper afin de ne pas perdre le poisson. 

7 h 54. À l'approche du boulevard Davis, le policier file à toute allure. Le feu est vert devant lui. À peine 60 mètres le séparent de l'intersection lorsqu'il aperçoit la Kia grise qui s'apprête à tourner. Le policier roule alors à 122 km/h dans une zone de 50. Il écrase les freins, persuadé que le véhicule devant lui n'aura pas le temps de passer. Il a raison. Sa voiture fonce tout droit dans les portières droites de l'autre. Les coussins gonflables se déploient dans l'habitacle et l'automobile dérape jusque dans le terre-plein.  

7 h 55. Complètement sonné, le policier sort de sa voiture pour voir s'il y a des blessés. Son collègue s'est déjà immobilisé près de la Kia défoncée qui a été projetée de l'autre côté de la rue. Il lui crie que deux enfants sont à bord et qu'ils sont inconscients. L'homme compose le 911. Des citoyens s'approchent de lui pour s'assurer qu'il va bien. L'ambulance arrive rapidement.

8 h. Quand une policière de la Ville de Longueuil vient à sa rencontre, le conducteur regarde la scène les larmes aux yeux. Devant lui, des pompiers, des ambulanciers et deux infirmières s'affairent autour des passagers de l'autre auto. L'enquêteur est sous le choc, mais il arrive à raconter ce qui vient de se passer. Le véhicule gris s'est engagé alors qu'il n'avait pas le temps de passer, dit-il. Le jeune homme estime avoir heurté l'autre auto à une vitesse de 80 à 100 km/h. En fait, il roulait à 108 km/h au moment de l'impact. Une analyse révèle qu'il aurait eu le temps de freiner s'il avait roulé à 65 km/h.  

8 h 05. Des paramédicaux s'approchent de lui pour évaluer son état. Ils lui proposent de l'emmener à l'hôpital, mais il ne veut rien entendre. Il a simplement mal au poignet, dit-il. Il veut savoir dans quel état sont les enfants. La policière lui explique que le garçon de 5 ans qui était assis sur la banquette arrière est dans un état critique. Le jeune homme est ébranlé. Il se sent mal. Son collègue le trouve blême. Inquiet, il l'envoie s'asseoir dans une autre voiture. C'est de là que l'enquêteur regarde les victimes de l'accident partir en ambulance.

... le père de la victime

Vers 7 h 30. Comme chaque matin, Mike Belance quitte sa maison de Saint-Hubert en voiture pour aller reconduire son fils de 5 ans et sa belle-fille de 10 ans à l'école. La fillette s'assoit en avant à côté de lui. Le petit est installé derrière dans un siège pour bébé conforme aux normes du côté passager. 

7 h 53. La Kia grise de Mike Belance roule sur le boulevard Gaétan-Boucher. Le feu est vert devant lui lorsqu'il arrive à l'intersection du boulevard Davis. 

7 h 54. Lorsqu'il amorce son virage à gauche, Mike Belance voit une voiture noire qui arrive dans l'autre sens. Elle roule vite, remarque-t-il, mais il croit avoir le temps. Il est déjà engagé quand il se rend compte que le véhicule file tout droit vers le sien. Paniqué, il appuie sur l'accélérateur dans l'espoir de passer avant que l'autre n'arrive. Trop tard. L'impact est si violent que sa voiture est projetée sur le trottoir. 

7 h 55. À bord de la Kia accidentée, les deux enfants sont inconscients. Le garçon a une profonde coupure sur le front. Du sang lui coule par le nez, mais il a un pouls et il respire. En avant, sa demi-soeur ne semble pas blessée. Elle aussi respire. Son beau-père est conscient, mais il est complètement sonné. 

8 h. Les pompiers s'affairent à sortir le petit de la voiture. Il est toujours inconscient. Les portières sont tellement enfoncées qu'ils ont besoin des pinces de désincarcération. Un policier de la Ville de Longueuil remarque que la jeune fille en avant a repris connaissance. Elle pleure et elle crie. Elle dit qu'elle a mal au bras. Le policier lui immobilise la tête. À côté d'elle, Mike Belance est sous le choc. Il a le regard vide. On lui demande si ce sont ses enfants. L'homme dans la quarantaine est incapable de répondre. 

8 h 02. Un pompier coupe la ceinture qui retient le siège de bébé au siège de l'auto. Immédiatement, les paramédicaux sortent l'enfant de la carcasse métallique. Ils l'intubent afin de l'aider à respirer. Des collègues sortent la petite fille et l'immobilisent sur une planche dorsale. Le père est classé « code rouge » parce qu'il ne répond toujours pas aux questions qu'on lui pose. 

8 h 05. Les trois passagers de la Kia partent en ambulance. Les médecins détermineront que Mike Belance n'a subi aucune blessure et que sa belle fille n'est blessée que légèrement. Mais le petit est dans un état critique. Il souffre d'un trauma crânien. Après cinq jours de lutte, il meurt le 17 février à l'hôpital Sainte-Justine.

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