Des enquêteurs de la CSST accusent Maskimo de faire «obstruction»

Trois travailleurs s'affairaient dans la zone d'affaissement au... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse)

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Trois travailleurs s'affairaient dans la zone d'affaissement au moment du drame. Le conducteur de pelle mécanique Benoît Robert a eu plus de chance que ses collègues camionneurs Marie-Claude Laporte et Daniel Brisebois. Il a été secouru par un hélicoptère de la Sûreté du Québec le jour même de l'accident.

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse

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L'enquête de la Commission de la santé et de la sécurité (CSST) sur le glissement de terrain qui a coûté la vie à deux camionneurs à la carrière Maskimo de L'Épiphanie, dans Lanaudière, est bien mal amorcée. Les enquêteurs accusent Maskimo de faire «obstruction» à leur enquête en ne leur donnant pas accès aux lieux du drame, selon des sources proches du dossier. La société rétorque que la CSST n'a qu'à attendre son tour, qui viendra après celui de la Sûreté du Québec (SQ).

Deux enquêtes sont en cours pour tenter d'élucider le drame du 29 janvier, dans lequel Marie-Claude Laporte et Daniel Brisebois ont péri. Les funérailles de M. Brisebois ont d'ailleurs eu lieu hier.

L'enquête de la SQ vise à établir s'il y a ou non responsabilité criminelle des intervenants dans cette affaire. Les enquêteurs de la CSST travaillent à déterminer si toutes les mesures de sécurité avaient été mises en place sur le terrain pour protéger les travailleurs.

La SQ affirme que son enquête, complètement indépendante de celle de la CSST, suit son cours normal. Officiellement, la CSST fait à peu près la même affirmation.

Des enquêteurs en colère

Mais La Presse a appris de sources bien au fait de l'enquête de la CSST que les enquêteurs de l'organisme sont en furie contre la direction de l'entreprise de Trois-Rivières. Ils accusent Maskimo de carrément faire de «l'obstruction» en leur refusant l'accès au lieu de la tragédie et en ne leur remettant pas certains documents qu'ils réclament.

«Ils nous ont donné des documents expliquant leur programme de prévention», indique l'une de nos sources. Mais les enquêteurs de la CSST en veulent bien plus.

«Ils refusent de nous donner les documents sur leur évaluation géologique des sols, la structure de la carrière, et ils nous refusent même l'accès au site. Nous étions là pendant les recherches, mais pas pour mener une enquête. Nous y étions pour nous assurer de la sécurité des travailleurs qui participaient à l'opération de secours. Ce n'est qu'après la découverte des corps que l'enquête a commencé. Et elle aurait dû commencer dans la semaine suivante», poursuit cette même source.

Les enquêteurs de la CSST souhaitent se rendre sur les lieux avec des géologues qui feront des prélèvements du sol, ainsi qu'avec le conducteur de pelle mécanique qui a survécu, Benoît Robert, pour qu'il leur explique en détail la succession des événements.

M. Robert a affirmé à La Presse avoir hâte d'aller expliquer le tout aux enquêteurs, mais dit ne pas être au courant des difficultés auxquelles ils font face. Tout comme les deux sous-traitants de longue date dont les employés sont morts dans la carrière, qui affirment qu'il serait «surprenant» que Maskimo ne collabore pas à l'enquête comme elle avait promis de le faire peu après le drame.

Si l'impasse ne se dénoue pas, la CSST dit même envisager de s'adresser aux tribunaux pour forcer Maskimo à obtempérer à ses requêtes.

Maskimo «veut collaborer»

Chez Maskimo, on assure ne pas faire obstruction à l'enquête de la CSST.

«L'entreprise veut toujours collaborer, mais on ne veut pas le faire tout croche. Nous nous retrouvons avec deux enquêtes en même temps. C'est trop prenant, ça cause trop de confusion. Nos conseillers juridiques nous recommandent de ne pas mélanger les deux. Nous collaborons actuellement avec la SQ, et quand elle aura terminé, nous nous mettrons à la disposition de la CSST. C'est fréquent, de toute façon, qu'une enquête dure trois ou quatre mois. Pendant ce temps, le site est toujours protégé par un périmètre et le restera jusqu'à ce que la CSST y ait accès», explique le porte-parole de Maskimo, Daniel Granger.

Il décoche en outre une flèche aux gens de la CSST qui, selon lui, «induisent en erreur» la SQ en l'informant du fait que Maskimo ne détenait pas de certificat d'exploitation pour cette carrière. Il croit que cela rallonge l'enquête de la SQ et la rend plus complexe.

La SQ et la CSST se sont montrées surprises de cette affirmation, puisqu'elles martèlent que leurs enquêtes sont indépendantes.

Vérification faite auprès du ministère de l'Environnement, Maskimo ne détient effectivement pas de certificat d'exploitation d'une carrière comme le prévoit l'article 22 de la Loi sur la qualité de l'environnement. Mais comme la carrière a entamé ses activités avant l'entrée en vigueur de cette loi en 1972, elle possède un droit acquis qui ne l'oblige pas à détenir un tel certificat.

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