Deux «mineurs» séquestrés, ligotés et aspergés d'eau de Javel

Le vol a eu lieu vers 22h lundi... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le vol a eu lieu vers 22h lundi soir, lorsque cinq hommes se sont présentés dans les locaux de Crypto Technologies inc., un entrepôt qui abrite des serveurs informatiques voués au minage de cryptomonnaies. Sur la photo, David Dominguez, un des propriétaires des lieux.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Deux frères propriétaires d'une «mine de cryptomonnaies» de Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, ont été séquestrés, ligotés et aspergés d'eau de Javel, lundi soir, par cinq ravisseurs qui leur ont volé pour 800 000 $ d'équipement informatique.

Le vol a eu l'effet d'un électrochoc dans l'univers québécois des cryptomonnaies, dont plusieurs membres publient régulièrement des photos de leur équipement sur des forums de discussion publics.

Le vol a eu lieu vers 22h lundi soir, lorsque cinq hommes se sont présentés dans les locaux de Crypto Technologies inc., un entrepôt qui abrite des serveurs informatiques voués au minage de cryptomonnaies. Deux des agresseurs seraient repartis à bord d'un camion cube blanc, grâce auquel ils auraient dérobé des dizaines de cartes graphiques informatiques. Ces circuits informatiques servent à effectuer des calculs complexes nécessaires au fonctionnement des bitcoins et des autres monnaies virtuelles. Ils permettent aux «mineurs de cryptomonnaies» de récolter d'importantes sommes d'argent en participant au mécanisme de vérification des transactions.

Les deux suspects ont été arrêtés environ 30 minutes plus tard par les policiers du Service de police de la Ville de Québec, à une vingtaine de kilomètres des lieux du crime. Trois autres suspects ont pris la fuite, vraisemblablement à bord d'un véhicule qu'ils ont volé sur place.

Les cinq voleurs se seraient tout simplement pointés sur les lieux en prétendant être des investisseurs potentiels.

«Ils se sont présentés comme voulant investir et ne s'y connaissaient pas du tout [en cryptomonnaies]», a écrit Jonathan Dominguez sur une page Facebook spécialisée dans le minage de monnaies virtuelles au Québec.

M. Dominguez et son frère David, les deux propriétaires de l'entreprise, ont rapidement pu se défaire de leurs liens une fois les agresseurs repartis. Ils ont été traités sur place par les ambulanciers, mais ont refusé d'être transportés à l'hôpital, a indiqué la Corporation des techniciens ambulanciers de Québec.

Suspects au lourd passé

Le premier suspect, Yan Pichette, a déjà plaidé coupable en 2012 à des accusations d'enlèvement, de complot, de trafic de drogue et de voies de fait. Il a été accusé hier midi de vol qualifié, de séquestration et de possession d'un bien obtenu illégalement en lien avec les événements de lundi. Le second suspect, Dany Bouchard, 51 ans, a déjà plaidé coupable à des accusations d'incendie criminel en 2006. Il a été accusé hier midi de vol et de possession de biens obtenus illégalement.

La Presse avait visité en novembre dernier les installations de Crypto Technologies inc. Installée dans un ancien entrepôt de soudure, la «mine» ne semblait pas être protégée par des dispositifs de sécurité élaborés. Les propriétaires ont déjà publié des vidéos montrant leur équipement, mais ont toujours gardé l'endroit secret. «On va s'équiper avec le meilleur système après les péripéties de ce soir. On va revenir en force», a affirmé M. Dominguez sur Facebook.

Électrochoc dans la communauté

Le mot s'est vite passé hier sur les forums de discussion consacrés aux cryptomonnaies. Les mineurs et les investisseurs qui sont actifs dans ce domaine sont régulièrement la cible de pirates, qui cherchent à s'emparer de leurs portefeuilles virtuels.

Justin Duval, un autre mineur de cryptomonnaies de la région de Québec, croit que les voleurs se sont présentés chez lui quelques heures avant le vol de lundi et étaient à la recherche d'une cible à voler. «J'avais mis une annonce Kijiji pour vendre une de mes plateformes de minage. Ça vaut 10 000 $. Le gars qui est venu n'y connaissait absolument rien en minage de cryptomonnaies et avait l'air assez louche», affirme-t-il. Il dit avoir appelé les enquêteurs pour les informer de l'incident.

«C'est le far west! Tout le monde le dit», lance David Dubord, un mineur qui a lancé un appel à la prudence, invitant ses confrères à supprimer toutes les photos de leurs équipements publiées sur Facebook. «Là, il y a des gens qui viennent de se rendre compte que faire du minage, ce n'est pas juste d'acheter de l'équipement informatique, de peser sur "power" et d'imprimer de l'argent. Plusieurs commencent à se dire qu'il va falloir embaucher des gardiens de sécurité pour surveiller les installations.»

«Il faut éviter de se mettre sur la sellette. Si tu montres que tu as beaucoup de cartes graphiques, c'est parce que tu fais beaucoup d'argent, alors tu t'exposes à ce genre de chose», croit M. Dubord.

Pour s'y retrouver

Cryptomonnaie

Devise électronique échangeable, via l'internet, d'un appareil informatique branché à un autre. L'échange se fait de pair à pair, sans l'intervention d'un tiers (comme une banque), mais les transactions sont vérifiées par un vaste réseau décentralisé d'ordinateurs qui s'assurent de l'intégrité des transactions par consensus. 

Mineur

Pour être approuvées et compilées dans un bloc de données inaltérable, les transactions doivent passer à travers une série de calculs mathématiques complexes. Des milliers d'ordinateurs - généralement reliés en réseaux dans des installations que les propriétaires appellent des « mines » - participent simultanément à une course contre la montre pour être le premier à compléter un de ces blocs, en échange de quoi leurs propriétaires reçoivent un montant en cryptomonnaie en récompense. Les mineurs qui minent des bitcoin, par exemple, reçoivent 12,5 bitcoins en récompense lorsqu'ils sont les premiers à compiler un de ces blocs. Comme un bitcoin vaut près de 10 000 $, la récompense attire de nombreux investisseurs, qui voient un intérêt à acheter de l'équipement informatique coûteux et énergivore nécessaire à l'opération. 




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