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Les Hells Angels donnent des «contrats» à vie

Les Hells Angels ne renoncent jamais à venger... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les Hells Angels ne renoncent jamais à venger l'un des leurs.

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Daniel Renaud
La Presse

La vengeance des Hells Angels n'a pas de date de péremption. Un individu condamné pour avoir tué un des leurs en sait quelque chose : les événements ont beau s'être déroulés il y a 25 ans, l'homme fait encore l'objet d'une vendetta des motards qui veulent à tout prix sa peau, selon des documents judiciaires obtenus par La Presse.

En septembre 1992, Yves Bellavance, alors âgé de 28 ans, était impliqué dans le trafic de stupéfiants à Saint-Jean-sur-Richelieu. Les Hells Angels auraient lorgné son territoire, mais Bellavance leur a tenu tête. Ils auraient alors donné à un certain Jacques Boutin, 41 ans, le contrat de l'assassiner. Mais Bellavance avait prévu le coup et a tué Boutin d'une décharge de fusil de calibre 12 avant que l'autre s'exécute, selon un résumé des faits contenu dans les documents judiciaires. Bellavance a ensuite été jugé pour meurtre non prémédité et condamné à la prison à vie.

Boutin venait de purger une peine pour tentative de meurtre lorsqu'il a été tué par Bellavance. Il était très proche des Hells Angels, dont plusieurs membres ont assisté à ses funérailles. Pour eux, le pardon n'était visiblement pas une option.

Proche des Hells, Jacques Boutin a été tué... (PHOTO FOURNIE PAR AXON MÉDIAS) - image 2.0

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Proche des Hells, Jacques Boutin a été tué par Yves Bellavance en septembre 1992.

PHOTO FOURNIE PAR AXON MÉDIAS

Toujours aux aguets

Le pénitencier n'a jamais été un gage de sécurité pour Bellavance, même si ce dernier a passé la majeure partie de sa peine en protection.

Toutes les demandes de transfert vers un pénitencier à sécurité minimum lui ont été refusées, car des Hells Angels s'y trouvaient.

Durant sa peine, Bellavance avait obtenu des droits de sortie avec escorte. Mais après qu'un enquêteur s'est fait voler un ordinateur contenant des informations sur les motards et leurs relations, dans les années 90, ses droits de sortie ont été annulés pour sa sécurité.

En 2005, alors qu'il purgeait sa peine au pénitencier  Leclerc, à Laval, un détenu s'est dit prêt à exécuter le contrat sur Bellavance une fois qu'il sortirait de prison.

Un an plus tard, au pénitencier de La Macaza, dans les Laurentides, un autre détenu a avisé les autorités carcérales «qu'un contrat de meurtre était toujours en vigueur sur la tête de Bellavance par les Hells Angels, que ce contrat est "à vie" et qu'il a été commandé par des membres en règle», peut-on lire dans les documents judiciaires.

Yves Bellavance était impliqué dans le trafic de... (PHOTO FOURNIE PAR AXON MÉDIAS) - image 3.0

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Yves Bellavance était impliqué dans le trafic de stupéfiants à Saint-Jean-sur-Richelieu.

PHOTO FOURNIE PAR AXON MÉDIAS

Le passé revient

Yves Bellavance a obtenu sa libération conditionnelle en 2006 et s'est installé dans une grande ville. Durant une dizaine d'années, il est parvenu à refaire sa vie sans être trop importuné, jusqu'à ce que la sonnerie de son téléphone retentisse, il y a un an. Un homme, disant être un employé de la Régie de l'assurance maladie du Québec, lui a demandé son adresse.

Bellavance a donné l'adresse d'un proche, mais le mystérieux interlocuteur n'était pas dupe. «C'est pas vrai, dis-moi où tu couches», a renchéri l'homme, avant que Bellavance ne raccroche. Depuis, il a reçu plusieurs appels de numéros inconnus. Il n'a jamais répondu, croyant que c'était les Hells Angels qui tentaient de retrouver sa trace.

Le 24 mars dernier, Yves Bellavance s'est rendu dans une épicerie. Alors qu'il circulait dans les allées, il a remarqué un individu qui errait, sans but précis, et qui l'observait. Après un court contact visuel, le suspect a fui le regard de Bellavance, s'est engouffré dans une allée puis s'est retourné en portant sa main droite du côté gauche, comme s'il avait une arme. Dans les instants suivants, le suspect a été rejoint par un deuxième individu, et les deux hommes se sont parlé. Bellavance a quitté les lieux rapidement, convaincu que les suspects voulaient le tuer. Il a porté plainte à la police, qui a ouvert une enquête. Sa libération conditionnelle a été suspendue et il a été renvoyé au pénitencier, pour sa protection. Les contrats des Hells Angels sont ainsi plus longs que les peines à vie.

***

Quelques infos provenant des médias de l'époque :

En 1986, Jacques Boutin avait été condamné à sept ans pour un meurtre et une tentative de meurtre survenus un an plus tôt. Il venait de quitter la maison de transition depuis quelques jours à peine lorsqu'il a été tué d'un coup de 12 dans le dos. Boutin vivait chez sa mère et il entrait chez cette dernière lorsqu'il a été abattu.

Il semble que les Hells Angels attendaient que Boutin finissent sa peine pour l'accueillir dans leur famille. Une quarantaine de Hells Angels et de membres des défunts Evil Ones, Jokers, Death Riders, Rockers et Missiles ont assisté à ses funérailles. Les membres du cortège funèbre ont roulé en moto sans casque, par respect pour le défunt, et sont passés devant la résidence de la mère de Boutin.

Yves Bellavance aurait été un prospère trafiquant de stupéfiants et aurait même profité de la détention de Boutin pour accroître ses activités. Il aurait appréhendé la libération et le retour de Boutin. Il aurait toujours refusé de travailler pour les Hells Angels et se serait même donné comme mission de les éliminer, écrivent les journaux de l'époque.

Sources : La Presse, Journal de Montréal, Allô Police

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Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.




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