La cocaïne saisie en Ohio s'en venait à Montréal

Sylvain Desjardins et David Ayotte ont posé d'urgence... (PHOTO FOURNIE PAR LA U.S. CUSTOMS AND BORDER PROTECTION)

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Sylvain Desjardins et David Ayotte ont posé d'urgence leur petit avion bourré de stupéfiants sur une piste en Ohio, le 29 mars.

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Daniel Renaud
La Presse

Les deux Québécois arrêtés avec 130 kg de cocaïne après que leur petit avion s'est posé d'urgence à la fin du mois de mars en Ohio auraient voulu importer la drogue à Montréal pour le compte d'une organisation criminelle démantelée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) la semaine dernière.

Durant des années, cette organisation autonome, dirigée prétendument par quatre frères d'origine libanaise, est passée sous le radar de la police, et en aurait profité.

Mais mardi de la semaine dernière, les enquêteurs de la division du crime organisé (DCO) du SPVM ont sonné la fin de la récréation dans l'une de leurs plus importantes frappes des dernières années, baptisée Affliction.

Le SPVM soupçonne cette organisation d'avoir importé de la cocaïne et d'avoir écoulé jusqu'à 50 kg par semaine, surtout à Montréal et dans la couronne nord. Elle aurait approvisionné des clans de la mafia italienne, les Hells Angels et un réseau de trafiquants de cocaïne opérant dans le quartier Pointe-aux-Trembles, à Montréal.

L'organisation criminelle avait son propre commerce d'appareils de communication cryptée sur le boulevard Saint-Martin Ouest, à Laval, où se seraient d'ailleurs approvisionnés plusieurs autres groupes du crime organisé montréalais. «Ils vendaient des appareils à tous les membres du crime organisé. C'était 600 $ en argent comptant, pour trois mois, et c'était uniquement sur référence. N'entrait pas dans le commerce qui voulait. La porte était déverrouillée avec un avertisseur sonore», affirme le commandant Nicodemo Milano, de la division du crime organisé du SPVM.

Les suspects avaient également un laboratoire à Lachute, où un équipement sophistiqué leur aurait permis de transformer la cocaïne de façon à faire 3 kg avec 2, et d'ainsi maximiser les profits, allègue la police.

Panne en Ohio

L'enquête a permis d'établir un lien entre cette organisation et les deux Québécois - David Ayotte, 46 ans, et Sylvain Desjardins, 57 ans - arrêtés le 29 mars après avoir posé d'urgence leur vieux bimoteur Piper Navajo sur la piste de l'aéroport de l'Université de l'Ohio, à la suite d'un problème mécanique.

L'avion, piloté par Desjardins, avait décollé des Bahamas et se dirigeait vers Windsor, en Ontario, à 300 kilomètres du lieu de l'atterrissage d'urgence. Dans des sacs disséminés un peu partout à l'intérieur de l'appareil, les policiers ont ensuite trouvé les 130 kg de cocaïne.

«Durant l'enquête qui a débuté en 2016, nous avons vu Ayotte en compagnie de l'une des têtes dirigeantes du réseau. Les autorités américaines poursuivent leur enquête, mais on sait déjà que cette drogue s'en venait ici. Nous pensons que cette arrivée était liée, en partie du moins, avec l'organisation que nous avons ciblée», explique le commandant Milano.

Lors d'une perquisition effectuée la semaine dernière, les policiers ont également trouvé une recette de carburant pour avion.

Ayotte et Desjardins ont été accusés devant un tribunal de Colombus. Ayotte a renoncé à demander sa liberté, alors que Desjardins a essuyé un refus hier, ses antécédents criminels de possession d'héroïne et de production de marijuana au Québec ayant joué contre lui.

Des détours

Le démantèlement de cette organisation criminelle démontre une fois de plus que l'importation de cocaïne au Québec n'est plus seulement l'affaire de la mafia ou des Hells Angels.

«Maintenant, ce n'est plus vrai. C'est le réseautage qui permet cela. Le plus difficile, c'est de trouver de nouvelles routes. On remarque que les organisations criminelles font des détours et s'éloignent de plus en plus, avant de ramener la drogue vers Montréal. Les organisations criminelles vont partager les ressources, pour diminuer les risques et les pertes en cas d'échec», conclut le commandant Milano.

Les quatre frères, têtes présumées du réseau, ont été arrêtés, mais pas encore accusés. Cela s'explique par l'arrêt Jordan rendu à l'été 2016 par la Cour suprême, qui limite les délais du processus judiciaire et qui incite la police et la Couronne à accumuler toute la preuve avant de porter des accusations.

***

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou à l'adresse postale de La Presse.

Les accusés

  • Daniel Poulin, 54 ans
  • Jihad Saoumaa, 25 ans
  • Jean Saoumaa, 57 ans
  • Tony George Saoumaa, 26 ans
  • Michel Jacques, 52 ans
  • Martin Lauzon, 45 ans

Le projet Affliction en chiffres

  • 225 policiers du SPVM, de Laval, de la SQ et autres
  • 21 perquisitions à Montréal, Laval, Lachute et Sainte-Agathe-des-Monts
  • 11 arrestations

SAISIES

  • 34 kg de cocaïne
  • 1 pistolet .40 avec silencieux
  • 1 revolver .38 avec silencieux
  • 4 pistolets 9 mm avec chargeurs à haute capacité prohibés
  • 35 armes longues
  • 3 arbalètes
  • 47 000 $ en argent
  • 4 kg de tabac à chicha
  • 6 coffres-forts
  • Équipements divers




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