La SQ met sur pied un grand centre de «cybersurveillance»

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«Aujourd'hui, on peut avoir de l'extorsion sur internet, des agressions sexuelles, de la pornographie juvénile ou de la radicalisation», a énuméré le directeur général de la Sûreté du Québec, Martin Prud'homme.

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(Québec) De plus en plus appelée à faire la police sur le web autant que dans les rues, la Sûreté du Québec (SQ) est en train de regrouper ses meilleurs spécialistes pour créer un grand centre de «vigie et cybersurveillance» qui traquera toute forme de crime sur les réseaux sociaux et l'internet en général.

Le directeur général de la SQ, Martin Prud'homme, a confirmé la création de cette équipe spéciale à La Presse, hier, lors de la conférence parrainée conjointement par l'UNESCO et le gouvernement québécois, à Québec, et ayant pour thème «Internet et la radicalisation des jeunes».

Une vingtaine de policiers travailleront sous peu dans cette unité centralisée sous les ordres du capitaine Jean Lafrenière. Et les budgets seront au rendez-vous, promet le patron du corps policier. Même si les logiciels, les équipements et la formation coûtent cher dans ce domaine. «C'est un des sujets de discussion à la conférence aujourd'hui: on se doit d'être au bon niveau dans l'ensemble des domaines. On veut regrouper nos équipes et augmenter leurs ressources humaines et matérielles. C'est vraiment une priorité», a affirmé M. Prud'homme.

Ces patrouilleurs du Net devront être à l'affût d'un ensemble de crimes, pas seulement de ce qu'on appelait autrefois la cybercriminalité.

«Aujourd'hui, on peut avoir de l'extorsion sur internet, des agressions sexuelles, de la pornographie juvénile ou de la radicalisation», dit M. Prud'homme.

Des policiers du Service de police de la Ville de Montréal et de la Gendarmerie royale du Canada participent déjà à l'initiative, dont le succès reposera aussi beaucoup sur la collaboration de la population, selon le directeur général, qui encourage les citoyens à dénoncer les gestes potentiellement criminels sur le web, même s'ils peuvent parfois avoir l'impression que leur signalement reste sans effet pendant longtemps.

«Un signalement n'est jamais fait pour rien. Mais ensuite, notre objectif, c'est d'accumuler de la preuve et de pouvoir la présenter devant les tribunaux. On ne va pas déposer d'accusations si on ne pense pas que ça va passer le processus judiciaire», a-t-il précisé.

Réinvestissement

Selon lui, la jeune génération de policiers et de policières démontre un intérêt «incroyable» pour le travail policier sur le web.

Il ne s'inquiète pas de trouver les fonds nécessaires pour augmenter la vigie en ligne. «Depuis mon arrivée, j'ai touché aux structures d'encadrement, les gestionnaires. J'ai coupé environ 20% des cadres, et j'ai l'intention de poursuivre jusqu'à 30, 35% pour réinvestir dans les enquêteurs, les patrouilleurs sur le terrain.»

Par ailleurs, la SQ veut profiter de la conférence qui se tient à Québec pour peaufiner la formation sur la radicalisation offerte aux policiers, dont les patrouilleurs routiers à l'extérieur des grands centres. «On peut avoir tendance à oublier nos régions, mais on a eu des cas à Sherbrooke et ailleurs. Nos patrouilleurs connaissent la communauté, ils peuvent identifier et prévenir des gestes de radicalisation, mais il faut leur donner les bons outils», croit M. Prud'homme.

Une conférence très courue

- Céline Dion en ouverture

La conférence de Québec sur l'internet et la radicalisation des jeunes s'est ouverte par une allocution enregistrée par la star de la chanson Céline Dion, qui avait été nommée artiste de l'UNESCO pour la paix en 1999. «Partout dans l'univers, la violence sous toutes ses formes et ses conséquences les plus horribles ont déjà fait trop de victimes. Des familles déchirées, dévastées, par le départ d'un enfant, d'un frère, d'un cousin, vers un désenchantement certain», a-t-elle lancé. «Je joins ma voix à la vôtre dans l'édification de sociétés ouvertes où chacun peut s'épanouir et se réaliser», a ajouté la chanteuse en souhaitant une bonne conférence aux participants.

- Témoignage de deux «ex»

Deux des témoignages les plus courus ont été ceux d'un garçon et d'une fille québécois qui ont été stoppés alors qu'ils projetaient de s'envoler vers la Syrie, après avoir été séduits par les idées des groupes djihadistes. Ils se sont exprimés en ombres chinoises derrière un paravent pour protéger leur identité. La jeune fille, «Sarah», a souligné que plusieurs jeunes croient pouvoir jouer un rôle positif une fois rendus en Syrie. «On écarte trop souvent la thèse humanitaire. Beaucoup de jeunes veulent se sentir utiles, ils veulent agir, et c'est frustrant de se sentir inutile quand on veut faire quelque chose.»

- Pas un blanc...

Mubin Shaikh, lui-même un ancien extrémiste islamiste devenu agent d'infiltration pour les services antiterroristes canadiens et qui a participé à l'enquête sur un complot terroriste par un groupe baptisé les «Toronto 18» en 2006, a souligné dans son allocution que les membres des différentes communautés à majorité musulmane sont aux premières lignes dans le combat contre les terroristes. «Ce n'est pas un Blanc qui fait le travail d'infiltration comme je l'ai fait et ce ne sont pas des Blancs qui se battent sur le front là-bas [en Syrie et en Irak]», a-t-il lancé.

- Une nouvelle chaire universitaire 

La ministre québécoise des Relations internationales a profité de l'événement pour annoncer la création prochaine d'une chaire de recherche universitaire qui regroupera des chercheurs de l'Université de Sherbrooke et de l'Université du Québec à Montréal pour étudier le phénomène de la radicalisation menant à la violence chez les jeunes. La chaire sera parrainée par l'UNESCO.

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