Opération Matamore: le passé de trois policiers hante des procédures

Une perquisition est effectuée à Saint-Léonard dans le... (Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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Une perquisition est effectuée à Saint-Léonard dans le cadre du projet Matamore, le 8 juin 2011.

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Daniel Renaud
La Presse

Il n'est sûrement pas facile de mener des procédures judiciaires dans une importante enquête policière sur des importateurs de cocaïne lorsque trois des contrôleurs de sources dans le dossier sont Benoit Roberge, Philippe Paul et André Thibodeau, trois policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui ont respectivement été condamné, suspendu et accusé depuis 2013.

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Marcello Fensore

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C'est vraisemblablement la raison pour laquelle la poursuite et la défense se sont lancées dans des séances de facilitation devant un juge, ces derniers mois, et se sont entendues pour que les deux principaux acteurs du réseau, Salvatore D'Urso et Marcello Fensore, plaident coupables jeudi à des accusations de gangstérisme, complot pour importation de cocaïne, complot pour trafic et trafic de cocaïne, en échange du retrait de certains chefs. Les deux hommes ont aussitôt été condamnés à sept ans et trois mois; mais en soustrayant la détention préventive, il leur restait une journée à purger.

D'Urso employé chez Bombardier

D'Urso, 55 ans, et Fensore, 44 ans, respectivement no 1 et no 2 de l'organisation, et plusieurs autres individus ont été arrêtés le 7 septembre 2011 dans une enquête de la Division du crime organisé de la Sûreté du Québec (SQ) baptisée Matamore.

Selon des documents à l'origine de l'enquête en 2009-2010, les limiers considéraient Salvatore D'Urso comme l'un des principaux importateurs de cocaïne au Québec, avec deux autres individus dont les noms, très connus, ont auparavant été liés à la mafia montréalaise. La police faisait notamment valoir que D'Urso, un ancien employé de Bombardier, se rendait régulièrement à l'usine de l'entreprise à Querétaro, au Mexique, qu'il s'y serait fait des contacts, qu'il aurait utilisé le courrier de Bombardier pour importer de la cocaïne dans des boîtes de câblage électrique - ce qui n'a toutefois jamais été démontré - et qu'il cherchait maintenant d'autres méthodes pour importer de plus grosses quantités.

Mais la défense, représentée par Me François Bordeleau et Me Marie-Ève Beauregard, a présenté une requête pour contre-interroger le policier qui a rédigé les déclarations sous serment visant à obtenir les mandats. Les avocats ont soulevé des doutes sur certaines des affirmations faites par 13 sources codées à l'origine de l'enquête. Ils ont argué que les mandats n'auraient pas été autorisés par un juge et même que l'écoute aurait été illégale.

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Salvatore D'Urso

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C'est vraisemblablement dans ce contexte que les noms de trois des contrôleurs de sources auraient été évoqués: Benoit Roberge, ancien spécialiste des motards condamné à une peine de huit ans pour avoir vendu de l'information aux Hells Angels; Philippe Paul, suspendu pour de présumées relations douteuses et retraité depuis; et André Thibodeau, accusé dans une affaire de paris sportifs liés à la mafia.

Après négociations, D'Urso a reconnu avoir été la tête dirigeante, avoir été impliqué dans les négociations et avoir discuté d'une importation de 100 kg dans un café italien de Montréal, le 22 mai 2011. De son côté, Fensore a admis avoir été le patron du volet distribution du réseau et avoir été chargé du recrutement et de l'approvisionnement de stupéfiants auprès de revendeurs.

Sacrifices d'animaux

L'enquête Matamore est par ailleurs aussi marquée par un autre élément plus anecdotique, mais qui constitue tout de même un fait rare, sinon unique, dans les annales criminelles du Québec. Lors d'une enquête sur remise en liberté dans cette affaire devant le juge Michel Belhumeur, au palais de justice de Laval en octobre 2011, un enquêteur de la SQ a raconté que tous les nouveaux venus au sein du réseau devaient d'abord être rencontrés par la femme de D'Urso, surnommée «Maman», pour déterminer s'ils étaient acceptés ou non. Selon l'enquêteur, la femme aurait pratiqué certains rites «de santoria», tels des sacrifices d'animaux, notamment de volatiles, recommandé des offrandes et l'usage d'amulettes, et aurait communiqué parfois avec un individu surnommé le «parrain» - pas le chef de la mafia -, tout ça pour s'assurer qu'ils échapperaient à la surveillance de la police.

«Ici? Au Québec?», s'est étonné le juge Belhumeur. «Il fallait qu'ils aient une espèce de bénédiction?», a-t-il demandé.

«Oui. Nous avons capté beaucoup de conversations dans lesquelles ils parlaient d'offrandes, de gousses d'ail ou d'autres bébelles comme ça après leur miroir. Ils ont une philosophie, ils croient que s'ils font cela, il ne leur arrivera rien. Le parrain était un genre de voyant qui leur disait s'ils étaient surveillés, s'ils pouvaient continuer.

«On a des conversations où ils parlent d'aller chercher des coqs ou des chèvres pour faire des sacrifices. À l'arrière de la résidence, il y avait un garage dans lequel on a retrouvé beaucoup de sang. Il y avait des carcasses d'animaux morts dans des sacs et des cages d'oiseaux à l'arrière du garage», a décrit l'enquêteur.

***

Pour joindre Daniel Renaud en toute confidentialité, composez le 514 285-7000, poste 4918, ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.

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