Quand la lutte contre le terrorisme profite au crime organisé

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Le sous-commissaire Mike Cabana, patron des enquêtes de la GRC.

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Le crime organisé profite de toute l'attention et des ressources que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) affecte à la lutte contre le terrorisme depuis deux ans, si bien qu'il faudrait bientôt rééquilibrer les choses, croit un haut responsable de la police fédérale.

«Depuis octobre 2014, le crime organisé a eu une chance de développer de nouveaux réseaux et de s'ancrer dans certaines communautés. Ce que la communauté policière essaie de faire, pas juste la GRC, c'est de réajuster le tir, pour avoir une approche équilibrée», a déclaré le sous-commissaire Mike Cabana, patron des enquêtes de la Gendarmerie royale, lors d'une visite de La Presse.

« Présentement, notre attention est très axée sur le terrorisme. Si vous me demandez si le terrorisme représente le risque le plus élevé pour la population, la réponse est oui, il y a un risque. Est-ce qu'il y aura d'autres attaques ? Potentiellement, oui. Est-ce que des gens vont mourir ? Potentiellement, oui. C'est très dur de se protéger de ça. Mais le crime organisé cause des victimes chaque jour. Chaque année, il y a des centaines de personnes qui meurent au Canada à cause du crime organisé et on n'en parle pas. »

«Donc, quand je parle d'un équilibre, je parle d'avoir une approche qui va nous permettre de nous assurer que le terrorisme et le crime organisé soient traités de façon équitable. Présentement, je ne suis pas certain que ce soit le cas», a expliqué l'officier.

Il a fait siens les propos de son supérieur, le commissaire Bob Paulson, qui a déclaré il y a un mois que 600 enquêteurs d'expérience de la lutte contre le crime organisé et les stupéfiants ont été affectés à la lutte contre le terrorisme après les attentats de l'automne 2014, que 500 y sont toujours, et que des enquêtes majeures ont été mises en veilleuse depuis, par manque de ressources.

«On a eu une transition importante au niveau des ressources ayant un certain niveau d'expertise, ce qui a eu un impact et continue d'en avoir un sur notre capacité d'enquête contre le crime organisé. C'est certain que ça crée un vide», a admis M. Cabana.

Empêcher la floraison

Le haut responsable a expliqué que la GRC a lancé un appel à l'aide aux autres corps de police du pays après les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa, car elle s'est retrouvée avec des enquêtes qui devaient être faites, mais qu'elle n'avait plus les moyens de faire.

Il a ajouté que récemment, les corps de police ont mis au point un programme de partage de la surveillance des individus radicalisés, et de nouvelles approches en matière de lutte contre le terrorisme, de façon à permettre à une partie des effectifs de la GRC de revenir à leur mandat premier de lutte contre le crime organisé.

«Les corps de police travaillent étroitement ensemble, ça fonctionne, mais ce n'est pas quelque chose que l'on peut permettre de voir perdurer», a dit le sous-commissaire, qui craint que les prochaines années soient fastes pour le crime organisé.

«Cela dépend si les corps policiers savent s'adapter aux changements dans la criminalité et continuent d'intégrer leurs opérations comme ils le font. Cela dépendra aussi de ce qui va arriver au niveau de la sécurité nationale. Tout ce dont on a besoin, c'est d'une autre attaque comme celles d'octobre 2014, ou plus importante. Notre réalité policière va changer du jour au lendemain. Si cela arrive, oui, la criminalité organisée au Canada va avoir l'opportunité de fleurir», a conclu M. Cabana.

***

Les cibles principales

La GRC a inscrit 14 organisations criminelles sur sa liste des priorités en raison des risques qu'elles représentent pour la sécurité des Canadiens. La police fédérale a répertorié environ 670 organisations criminelles au Canada, mais en fait il y en aurait plus de 1200. De nouveaux groupes apparaissent et disparaissent régulièrement, mais leur nombre est stable depuis les cinq dernières années.

Des cartels au Canada

Alors que dans un passé pas si lointain, les criminels d'ici se rendaient au Mexique ou en Amérique centrale ou du Sud pour négocier l'importation de cocaïne, les cartels ont maintenant leurs propres réseaux au Canada. Ils importent la cocaïne et la distribuent aux groupes criminels canadiens. «Vous allez voir une progression. C'est raisonnable de croire qu'un jour, ils auront leurs propres réseaux de revente. S'ils sont capables de le faire, pourquoi le feraient-ils faire par quelqu'un d'autre?», demande le sous-commissaire Mike Cabana.

Moins d'accusés

La police ne vise plus nécessairement les chefs d'une organisation criminelle, mais la partie où elle est le plus vulnérable et où les impacts seront les plus importants pour elle. Selon M. Cabana, les enquêtes contre le crime organisé seront désormais plus courtes, et viseront moins d'accusés. «C'est la tendance, en raison de la complexité des enquêtes et de la capacité du système judiciaire à gérer les dossiers d'envergure», dit-il. On verra de plus en plus d'enquêtes dans lesquelles les corps de police joueront chacun leur rôle, comme Magot-Mastiff en novembre dernier. «Le niveau de partenariat au Québec est un modèle», ajoute le haut responsable.

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