Agression dans NDG: l'accusé avait un risque de récidive «quasi inexistant»

Mathew Roberge est accusé d'avoir poignardé au cou... (PHOTO FOURNIE PAR LE SPVM)

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Mathew Roberge est accusé d'avoir poignardé au cou une jeune femme choisie au hasard qui marchait sur l'avenue Monkland dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, la semaine dernière, à Montréal.

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Le risque de récidive de Mathew Roberge était «quasi inexistant», selon la juge qui l'a condamné en 2014 à une peine clémente de quatre ans de prison pour avoir tué une innocente victime à Laval.

Or, 16 mois à peine après avoir été condamné, non seulement l'homme de 25 ans était libre, mais encore il aurait commis une nouvelle agression d'une rare violence à l'endroit d'une autre victime innocente.

Cette fois-ci, Roberge est accusé d'avoir poignardé au cou une jeune femme choisie au hasard qui sortait du métro et marchait sur l'avenue Monkland pour rentrer chez elle dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, la semaine dernière, à Montréal.

Au moment de sa condamnation à Laval en 2014, la Couronne avait mal informé le tribunal en faisant valoir que Mathew Roberge n'avait pas d'antécédents judiciaires, alors qu'il avait des antécédents de possession de cocaïne en vue d'en faire le trafic, si on se fie à la bande audio de l'audience obtenue par La Presse.

Cela a-t-il pu jouer dans la décision de la juge de la Cour du Québec Marie Suzanne Lauzon de lui imposer une peine clémente, environ 16 mois, avant la récidive alléguée ? Il semble que oui, si on se fie toujours à cette bande audio. La peine était une suggestion commune de la poursuite et la défense.

Questionné à ce sujet, le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me Jean Pascal Boucher, nous a répondu hier qu'il avait des vérifications à faire avant de commenter le dossier.

«Yes, je l'ai eu»

Le 16 février 2013, fortement intoxiqué, Mathew Roberge a donné un coup de poing au visage d'un homme qu'il ne connaissait pas, Jean Balthazar, 51 ans, convaincu que ce dernier voulait s'en prendre à un ami, selon le résumé fait par la juge. M. Balthazar est tombé et sa tête s'est fracassée contre le sol. Il a passé 15 jours dans le coma avant de rendre l'âme.

L'agression est survenue à la sortie d'un bar de Laval où Roberge venait de participer à un concours qui consistait à frapper le plus fort possible sur un punching-bag. Après avoir cogné sa victime, Roberge a crié: «Yes, je l'ai eu. One shot.»

«Les procureurs me disent évidemment qu'il s'agit d'un geste gratuit mais dans un contexte tel qu'il faut le différencier de celui des peines d'homicide involontaire habituellement prononcées», affirme la juge Lauzon au moment d'imposer la peine, le 18 septembre 2014.

«Les procureurs demandent au tribunal de tenir compte du fait que M. Roberge est âgé d'à peine 23 ans, qu'il n'a aucun antécédent judiciaire, que c'est un actif pour la société en vue d'espérer de sa part - et vu son jeune âge - qu'il puisse effectivement le devenir, poursuit la magistrate. Et pour ce faire, on me dit que depuis les événements, il s'est engagé dans des thérapies de gestion de la colère, des rencontres AA, et que, ce faisant, le risque de récidive est quasi inexistant.»

La peine suggérée par les avocats est «basse», souligne la juge Lauzon. La jurisprudence prévoit une peine de six à sept ans de prison dans les cas d'homicide involontaire coupable. Cependant, la juge dit se fier à la «sagesse» de la poursuite qui a analysé le dossier.

En plus des quatre ans de prison, la juge Lauzon impose une probation de deux ans avec un suivi obligatoire réalisé par un agent de libération conditionnelle en raison du problème de toxicomanie de l'accusé.

Or, la poursuite, représentée par Me Juliana Côté, admet alors qu'elle n'avait pas été mise au courant du problème de l'accusé avant de l'entendre brièvement témoigner à l'effet qu'il était motivé à poursuivre ses rencontres chez les Alcooliques Anonymes (AA), une fois sorti de prison.

Comment se fait-il qu'un accusé condamné à quatre ans de prison en septembre 2014 ait pu recouvrer sa liberté un an plus tard ?

Roberge avait purgé l'équivalent de 28 mois et demi en détention préventive (19 mois crédités à temps et demi). Il lui restait 19 mois et demi à passer derrière les barreaux. Or, il a ensuite bénéficié d'une libération automatique aux deux tiers de sa peine, a confirmé à La Presse son avocat, Me François Gauthier. Son cas n'a donc pas eu à être évalué au mérite par la Commission québécoise des libérations conditionnelles. Roberge est ainsi sorti de prison en octobre dernier.

Après avoir imposé la peine, la juge Lauzon s'est adressée directement à l'accusé: «M. Roberge, je pense que c'est le pire événement qui peut arriver dans une vie, à quelqu'un que vous ne connaissez pas, qui avait une vie de famille et qui, du jour au lendemain, n'a plus rien. Vous allez porter cette responsabilité-là toute votre vie. Ce que je souhaite que vous fassiez, durant les années de probation que je vous ai données, c'est d'expliquer à vos amis et aux autres qui vous entourent ce que ça peut faire un coup de poing, jusqu'où ça peut aller lorsqu'on ne contrôle pas sa force, sa violence.»

- Avec la collaboration de Vincent Larouche, La Presse

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