Un pasteur fait face à 12 chefs d'accusation pour voies de fait

Claude Guillot, dirigeant de l'Église évangéliste baptiste de... (PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL)

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Claude Guillot, dirigeant de l'Église évangéliste baptiste de Québec-Est, a été arrêté ce matin à son domicile. Il fera face à 12 chefs d'accusation, pour des gestes qui auraient été commis entre 1983 et 2014.

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Non seulement le pasteur Claude Guillot aurait-il tenu ses jeunes victimes captives dans son domicile de Québec, a confié à La Presse un ancien résidant de son sous-sol, mais il les aurait aussi enfermées dans une prison psychologique à coups de sévices et de privations.

«Il te coupait le souffle [avec un coup de poing dans le ventre], et après ça, il te donnait deux, trois autres coups de suite, après une claque, puis il te bousculait», a déclaré cette personne qui a vécu des années chez Guillot. La loi nous interdit de dévoiler son nom. «Il nous privait de nourriture et d'eau pendant de longues périodes de temps. Il me gardait dans un état constant d'affaiblissement. C'était vraiment de l'esclavage.»

Guillot a été arrêté et accusé hier d'avoir commis des voies de fait contre cinq jeunes âgés de 4 à 15 ans de 1983 à 2014, dont quatre auxquels il aurait infligé des lésions corporelles. Trois d'entre eux auraient été séquestrés au cours des dernières années, selon l'acte d'accusation.

L'homme de 65 ans, pasteur de l'Église évangélique baptiste de Québec-Est, passera la nuit en détention, la Couronne s'étant opposée à sa mise en liberté.

Son arrestation survient presque exactement un an après que le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a perquisitionné dans sa maison en banlieue de Québec, où il aurait tenu captifs plusieurs jeunes au cours des dernières années.

La Presse avait révélé les allégations dont Guillot fait l'objet, plus tôt cet automne, en rapportant deux décisions du tribunal de la jeunesse qui faisaient état de «traitements inhumains» par le pasteur. Le juge avait ordonné le retrait des jeunes de la maison de Guillot, ainsi que de leurs familles, parce que celles-ci acceptaient directement ou tacitement la situation.

L'avocat de l'accusé, MStéphane Beaudoin, n'a pas rappelé La Presse hier.

«Je commence à peine à revivre»

Les «traitements inhumains» qu'aurait infligés Guillot n'auraient pas déclenché de réplique physique chez ses présumées victimes.

«Pour nous, dans notre tête, ce gars-là, c'était un homme de Dieu, c'était un homme intouchable et tout ce qu'il faisait, c'était bien et pour de bonnes raisons, a affirmé cette personne. Donc, même si t'aimes pas ce qu'il te fait ou si ça fait mal, t'as pas le droit de te révolter ni même de remettre en question ses agissements.»

Les jugements font état de «8000 redressements up-and-down au cours d'une seule journée, sans boire ni manger». L'exercice, aussi surnommé «burpee», consiste en une traction (push-up) et un bond dans les airs. La liste évoquée par les juges continue: privation «de nourriture pendant dix repas consécutifs», obligation de passer «près de 41 jours» debout face à un mur, entraînant ainsi «un état d'épuisement tel [que la victime] présentait des vomissements». La consommation d'eau était rationnée à tel point que les visites d'un jeune à la salle de bains devaient se faire «porte entrouverte afin qu'on s'assure qu'il ne boive pas à même les robinets», selon un témoignage.

«S'il te frappe ou te donne des conséquences, c'est que tu le mérites», a ajouté la victime avec laquelle La Presse s'est entretenue. «On se sentait impuissants, terrorisés.» «Je commence à peine à revivre», a confié cette personne.

L'interlocuteur de La Presse a aussi expliqué que Guillot aurait fait en sorte que les autorités et les services sociaux ne puissent pas contrôler la gestion de sa communauté.

«Ce n'est pas pour rien qu'il nous faisait faire l'école à la maison: il ne voulait pas que les gens de l'extérieur sachent ce qui se passait en dedans. On n'a jamais eu d'évaluation ou quoi que ce soit», a-t-il dit.

- Avec David Rémillard, Le Soleil

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