Un dangereux prédateur sexuel envisage la castration chimique

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En avril 2011, alors qu'il était patient de l'Institut médical Philippe-Pinel (notre photo) dans le cadre d'un programme thérapeutique pour délinquants sexuels, Alain Ducap a mené une triple prise d'otages.

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L'un des plus dangereux prédateurs sexuels du Canada se dit prêt à envisager une castration chimique afin de quitter l'« Unité spéciale de détention », un établissement ultrasécurisé, et retourner dans un pénitencier normal, en vertu d'une récente offre faite par le service correctionnel à un groupe de déviants particulièrement endurcis.

« J'ai dit que je suis capable de prendre de la médication pour une courte période. Je n'ai aucun problème », a lancé Alain Ducap, 55 ans, alors qu'il s'adressait cette semaine aux commissaires de la Commission des libérations conditionnelles à travers une grille de métal façonnée à la manière d'une cage pour le tenir à bonne distance de ses interlocuteurs.

Déclaré « délinquant dangereux » en 2003, Ducap purge présentement une peine à durée indéterminée pour une série d'agressions violentes. Il sait qu'il n'a aucune chance d'être libéré dans un avenir proche. Ce qu'il voudrait, c'est quitter la prison très spéciale où il est enfermé avec une poignée d'irréductibles.

Un endroit unique

À travers le Canada, il existe trois types de pénitenciers, où sont répartis les détenus selon leur degré de dangerosité : des établissements à sécurité minimum, moyenne, ou maximum. En outre, il existe une Unité spéciale de détention (USD), établissement unique au Canada, de catégorie « super-maximum », à Sainte-Anne-des-Plaines, au nord de Montréal.

Les criminels les plus dangereux du pays, les pires des pires, y sont gardés dans des conditions extrêmes. Ils n'ont presque pas de contacts directs avec le personnel ou les visiteurs : même leurs avocats les rencontrent derrière une vitre de protection.

L'établissement peut accueillir environ 80 personnes, mais il n'en compte en ce moment qu'une trentaine. Parmi eux, une dizaine de délinquants sexuels graves. Dont Alain Ducap, qui a dû être menotté et escorté par trois agents correctionnels dans un corridor évacué à l'avance afin de pouvoir s'adresser aux commissaires dans une salle de la prison spécialement aménagée.

Un cas difficile

Battu et agressé sexuellement à la maison pendant son enfance, Ducap a multiplié les condamnations : agressions sexuelles avec ou sans arme, tentative de meurtre, séquestrations, vols qualifiés. Il a raconté aux commissaires avoir longtemps fréquenté des proxénètes et des prostituées dans sa jeunesse et s'être ainsi forgé une vision de la femme comme objet sexuel.

En avril 2011, alors qu'il était patient de l'Institut médical Philippe-Pinel dans le cadre d'un programme thérapeutique pour délinquants sexuels, il a mené une triple prise d'otages.

En utilisant une réplique d'arme à feu et un couteau artisanal, Ducap avait réussi à ligoter un médecin, un criminologue et une infirmière sur qui il disait fantasmer depuis longtemps.

D'autres employés s'étaient finalement rués sur lui et avaient réussi non sans mal à le maîtriser.

Ce n'était pas sa première offense en milieu carcéral. Il avait déjà pris en otage un agent de libération conditionnelle, menacé une infirmière en milieu carcéral et caché des lames de couteau au palais de justice de Montréal.

Traitement pharmacologique

Les autorités carcérales ont proposé un « plan d'action » pour M. Ducap s'il souhaite un jour quitter l'USD pour aller dans un pénitencier à sécurité maximum, un endroit où les conditions de détention sont un peu plus souples.

Il faudrait qu'il soit suivi par des intervenants « uniquement masculins » dotés d'une grande expérience en traitement de la délinquance sexuelle. Le plan prévoit aussi un traitement pharmacologique sous supervision d'un psychiatre, soit une castration chimique visant à réduire ses pulsions.

L'avocate de Ducap, Me Marie-Claude Lacroix, a toutefois mis un bémol au projet devant la Commission. Le traitement pharmacologique proposé, offert à Ducap et à la dizaine de codétenus de son aile de cellules, devra être mieux défini, dit-elle.

« Il y a plusieurs détenus à l'USD à qui on a offert ça, un psychologue l'a proposé à plusieurs d'entre eux, mais c'est arrivé comme un cheveu sur la soupe. [Mon client] veut savoir c'est quoi et quels sont les effets. »

Le psychiatre devrait rencontrer Ducap au cours du prochain mois. Un porte-parole des services correctionnels, Jon Schofield, a expliqué à La Presse que « diverses approches de soins de santé pour les délinquants sexuels à risque élevé » sont discutées et que « la prise en compte de nouveaux traitements suit un processus rigoureux », dont un examen par un comité pancanadien.

Pas de pilule miracle

Sexologue clinicien et expert en délinquance sexuelle souvent appelé à témoigner devant les tribunaux, Mario Larrivée-Côté met en garde le gouvernement contre l'idée qu'une pilule miracle puisse tout régler.

« Ce n'est pas la panacée. C'est une modalité thérapeutique parmi d'autres, mais à elle seule, elle ne règle pas la fantasmatique déviante. Oui, ça va diminuer ses pulsions, mais il faut traiter ce qui se passe entre ses deux oreilles aussi », dit-il.

Alain Ducap a assuré aux commissaires qu'il était prêt à travailler fort sur lui-même. Il explique qu'autrefois, il avait du mal à s'ouvrir en thérapie, car les autres participants aux programmes de groupes racontaient à toute la prison ce qui se disait lors des réunions. Maintenant, il dit être capable de s'ouvrir. Il a d'ailleurs présenté ses excuses à ses victimes et mis beaucoup d'effort à écrire une lettre à l'une d'elles, lui qui suit en ce moment des cours d'alphabétisation.

La commission a salué son évolution et sa prise en main, mais tranché qu'il faudrait attendre ses rencontres avec le psychiatre avant de statuer sur un éventuel changement d'établissement de détention.

« Je comprends. Merci », a-t-il lancé avant d'être escorté vers sa cellule.

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