Un Hells ne veut pas que son fils suive ses traces

Mario Brouillette a plaidé coupable à une accusation... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Mario Brouillette a plaidé coupable à une accusation de complot pour meurtre, a été condamné et a été libéré d'office en 2013.

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Daniel Renaud
La Presse

Considéré comme l'un des membres les plus respectés des Hells Angels au Québec, Mario Brouillette affirme qu'il a choisi de quitter les motards pour ne pas que son fils adolescent suive ses traces.

«C'est la seule façon que j'ai trouvée pour aider mon gars. Tous mes efforts sont maintenant faits en fonction de lui. Je veux qu'il passe à côté de ce que j'ai vécu», a-t-il lancé au commissaire aux libérations conditionnelles devant lequel il a témoigné hier matin, dans un pénitencier de Laval.

Brouillette, dont la mère naturelle était irresponsable et le père, Aurèle, était déjà un motard, s'est retrouvé en logement à l'âge de 12 ans. Il a abandonné l'école en sixième année et ne savait ni lire ni écrire. Il a pris le chemin de la criminalité de façon précoce et a cofondé les Rowdy Crew, un ancien club école des Hells Angels à Lavaltrie dans les années 90.

Il a ensuite joint le «grand club» et est devenu tellement influent que la police le voyait comme un successeur potentiel à Maurice Boucher. Lui et son père, toujours membre des Hells Angels, ont été impliqués dans la création d'une section du club de motards à Cabarete en République dominicaine. Il était voisin de cellule de Nicolo Rizzuto et prenait soin du défunt patriarche de la mafia lorsque ce dernier était incarcéré à Bordeaux, avant sa condamnation dans l'opération Colisée.

Brouillette a plaidé coupable à une accusation de complot pour meurtre dans les superprocès SharQc, a été condamné et libéré d'office en 2013. Depuis, il est soumis à des conditions spéciales, dont l'assignation à une maison de transition. Il veut retourner vivre avec sa famille mais la Commission des libérations conditionnelles du Canada a demandé à le rencontrer.

Voeux empoisonnés

Brouillette a raconté avoir annoncé sa retraite à ses frères des Hells Angels en les réunissant dans la cour de Bordeaux avant son plaidoyer de culpabilité, pour se consacrer exclusivement à son fils. À Donnacona, il a obtenu un diplôme et appris à lire et écrire pour aider son enfant à l'école. Il l'accompagne également dans le sport, ce qui lui a permis de se tisser un nouveau réseau social, dit son agente de libération.

Témoignant avec transparence, Brouillette a toutefois été soumis à un barrage de questions de la part du commissaire à l'oeil suspicieux. Notamment sur son père et le parrain de son fils, tous deux membres des Hells Angels.

«Mon père est mon meilleur ami. Je ne peux le renier. Je sais ce que j'ai fait mais je ne peux pas me mettre à brailler ou me pendre. Je ne peux changer le passé mais je peux me changer moi», a-t-il répondu.

Encore à Noël dernier, des cartes de souhaits de quelques sections européennes des Hells Angels ont été envoyées à l'attention de Brouillette au pénitencier Leclerc. L'an dernier, il a reçu la visite d'une amie, ex femme d'un Hells Angels, en maison de transition. «C'était déjà une amie avant même qu'elle le marie. Elle n'est plus avec lui. Quant aux cartes de Noël, je n'ai aucun contrôle là dessus», a-t-il martelé.

Brouillette veut construire des maisons mais les Services correctionnels ne veulent pas. Pour le moment, il occupe un emploi dans une entreprise à 20$ de l'heure. Le fisc lui réclame 500 000$. Il dit que tous ses avoirs actuellement gelés par le gouvernement couvrent amplement sa dette et assure que ce n'est pas un facteur de stress qui le fera rechuter dans le crime.

«Je viens des HLM. J'ai vécu en prison, dans quatre mètres par quatre mètres pendant des années. Retourner vivre en logement, ça ne change rien dans ma vie», a-t-il conclu.

Son agente de libération recommande que Brouillette puisse retourner vivre dans sa maison. Elle croit que l'ancien motard respectera ses conditions et elle s'inquiète plutôt de ce qu'il se passera à la fin de sa sentence dans un an.

Le commissaire a pris sa décision en délibéré.

Mario Brouillette

  •  42 ans
  • Cofondateur des Rowdy Crew
  • 1994 : Membre des Hells Angels de Trois-Rivières
  • 1997 : Condamné à 6 ans pour complot de meurtre
  • 2008 : Condamné à 5 ans et 7 mois pour trafic de cocaïne en compagnie de l'importateur Yvan Cech
  • 2013 : Condamné à 10 ans et demi pour complot de meurtre (SharQc)

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