Guerre des motards: la méthode forte

Alors que des bombes explosaient partout et que des meurtres étaient commis à... (Photo La Presse)

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Daniel Renaux
La Presse

Alors que des bombes explosaient partout et que des meurtres étaient commis à répétition à Montréal et ailleurs, la police a dû prendre des mesures immédiates et parfois utiliser la méthode forte pour ramener la paix sociale et augmenter le sentiment de sécurité dans la population. C'est dans ce contexte que le SPVM a créé une escouade particulière qui constitue l'un des chapitres les moins connus de la guerre des motards : l'Alliance.

Formée en 1995, cette escouade, qui s'est ensuite appelée GAM (Groupe anti-motards) et HARM (Hells Angels-Rock Machine) était composée d'une vingtaine de policiers qui n'avaient pas froid aux yeux. Leur mandat était de vider les bars de tous les revendeurs de stupéfiants qu'ils croiseraient, de fermer les débits de boisson illégaux et d'interpeller toute personne liée aux motards sous n'importe quel prétexte légal, même une banale entorse à un règlement municipal. Chaque personne était rencontrée, interrogée et photographiée lorsque possible, pour permettre la conception d'albums photo utiles aux policiers.

« Il faut se rappeler que c'était la guerre. Le but était de faire nous aussi une démonstration de force contre les motards. Nous étions partout dans les bars et sur le terrain, nous étions en première ligne et menions des opérations de visibilité. Pour que la population voie que la police était là et faisait son travail. Nous voulions déstabiliser les motards de bas niveau et leur donner la réplique », résume l'un des responsables de l'escouade à l'époque, Clément Rose.

Ayant l'air de motards eux-mêmes, arborant barbe, cheveux longs et veste affichant le mot « police », les membres de l'Alliance, dont l'un était armé d'un fusil de calibre 12 à pompe, n'entendaient pas à rire. Ils arrivaient parfois en autobus pour vider les débits de boisson de leurs revendeurs, surtout les soirs de grosse affluence, idéalement en pleine prestation d'un groupe musical, pour que le message soit entendu. Ils étaient souvent précédés d'une armée d'agents doubles qui se faisaient passer pour des clients et piégeaient les revendeurs, en plus de préparer le terrain pour l'imminente entrée en scène des enquêteurs.

En 1995, durant à peine six mois, les hommes de Clément Rose et de son collègue Richard Nardozza ont investi pas moins de 200 bars et débits de boisson illégaux et arrêté près de 300 personnes. Le premier nom tout en haut de leur tableau de chasse a été un proche du chef des Rock Machine, aujourd'hui membre influent des Hells Angels, Salvatore Cazzetta, se rappelle Clément Rose. Après le départ de ce dernier, l'Alliance, devenue HARM, a été dirigée par l'ancien commandant des crimes majeurs du SPVM André Bouchard.

« L'Alliance était nécessaire à l'époque en raison du contexte de guerre mais je ne sais pas si on pourrait revoir ce type d'escouade aujourd'hui. Mais il fallait ramener la paix sociale, et nous avons contribué à le faire », conclut Clément Rose.

Quelques faits d'armes de l'Alliance au printemps 1995 

À coups de bélier... et d'excavatrice

Les policiers de l'Alliance encerclent un débit de boisson clandestin contrôlé par les motards dans la rue Sainte-Catherine, dans l'est de Montréal. Environ 75 personnes se trouvent à l'intérieur, dont des agents doubles qui informent leurs collègues sur ce qui se passe à l'intérieur du bar. Les enquêteurs munis de mandats intiment au portier d'ouvrir, mais ce dernier ne veut rien savoir. Les policiers ont beau s'acharner sur la lourde porte de métal à coups de bélier, celle-ci refuse de céder. Qu'à cela ne tienne, le sergent détective Clément Rose fait venir sur place une excavatrice et menace de défoncer la porte. À la vue du mastodonte mécanique et au son du lent crescendo des chenilles roulant sur le ciment de la ruelle, les tenanciers obtempèrent immédiatement.

Des vidéopokers dans la piscine

Sans demander la permission du propriétaire, des personnes liées aux Rock Machine s'emparent d'un penthouse, assorti d'une piscine, aménagé sur le toit d'un immeuble de l'est de Montréal, et le transforment en bar clandestin. Désespéré, le propriétaire se plaint à la police qui envoie l'Alliance. Une quinzaine d'hommes débarquent et cassent le party. Dans le tumulte de l'intervention, des machines de vidéopoker qui se trouvent sur place prennent le chemin de la piscine. C'est la dernière fois que les motards font des vagues à cet endroit. Le propriétaire reprend possession de son penthouse avec autant d'étonnement que de gratitude.

«Police!»

À 11 reprises, les policiers somment les responsables d'un débit de boisson clandestin aménagé dans un 5 1/2 en haut d'un duplex de cesser leurs activités, mais rien n'y fit. « La 12e sera la bonne », promet Clément Rose. Ce dernier débarque dans l'endroit, avec une douzaine d'hommes. Leur irruption en hurlant « police » provoque la stupeur chez la cinquantaine de clients entassés dans le logement. C'est le tumulte. Dans l'échauffourée, des coups sont portés de part et d'autre. Le calme revient enfin. La lumière aussi, faisant apparaître quelques visages tuméfiés. Les clés du logement sont remises au propriétaire qui ne croyait jamais les policiers capables de mettre à la porte ces indésirables qui ne payaient même pas leur loyer.




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