Sécurité nationale: espionne suspendue à Ottawa

Arian Azarbar... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Arian Azarbar

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Un drame digne de la télésérie Homeland secoue Ottawa : La Presse a appris qu'une enquêteuse senior d'une équipe mixte sur la sécurité nationale vient d'être suspendue, car elle est soupçonnée d'avoir entretenu une liaison amoureuse avec l'une de ses cibles, un homme d'affaires d'origine iranienne qui s'est retrouvé dans la ligne de mire de la GRC.

« Hey chéri ! J'ai un petit quelque chose que je voulais te donner pour Noël. ;) J'espère que tu passeras un Noël super. Parlons-nous bientôt ok ? Je t'aime et je m'ennuie de toi xxo »

Le message texte, envoyé d'un cellulaire de la région de la capitale fédérale le 21 décembre 2011, semble anodin. Mais pour le gouvernement canadien, il pourrait témoigner d'une grave faille sécuritaire.

Qu'est-ce que la série Homeland?

Homeland est une série télévisée américaine conçue par Howard Gordon et Alex Gansa, mettant en scène une agente de la CIA qui tombe amoureuse d'un ancien prisonnier de guerre sur qui elle enquête. Le drame d'espionnage a remporté deux fois le Golden Globe de la meilleure série dramatique.

Selon nos sources, la jeune enquêteuse québécoise qui l'a envoyé est une employée de Passeport Canada qui avait été prêtée à l'Équipe intégrée de la sécurité nationale (EISN), un regroupement antiterroriste aux activités ultra-secrètes, formé en 2002 en réaction aux attaques du 11-Septembre et placé sous l'autorité du ministère de la Sécurité publique.

L'enquêteuse connaissait bien Arian Azarbar, l'homme avec qui elle flirtait par messages textes. Car elle avait été chargée d'enquêter sur ses allées et venues. Ses échanges avec lui ont duré plus d'un an.

Le ministre demande des comptes

La Presse a appris de source sûre qu'une enquête interne vient d'être déclenchée sur cette liaison. L'enquêteuse a été suspendue jusqu'à ce que la lumière soit faite sur la nature de la relation qu'elle a entretenue avec son ancienne cible. Elle a perdu tous ses accès aux bureaux fédéraux et au système informatique d'ici la conclusion de l'enquête. Les autorités veulent notamment s'assurer qu'aucune information confidentielle n'a fait l'objet de fuites.

Passeport Canada n'a pas voulu émettre de commentaire, mais Alexis Pavlich, attachée de presse du ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration Chris Alexander, confirme que le ministre a demandé des comptes à ses fonctionnaires.

« Notre gouvernement prend de telles allégations très au sérieux », a déclaré la porte-parole.

« Aussitôt informé de ces allégations, le ministre Alexander a demandé aux fonctionnaires de prendre des actions rapides et sérieuses pour s'assurer que la sécurité et l'intégrité du programme n'ont pas été compromises », affirme-t-elle.

Jointe sur son cellulaire, l'enquêteuse suspendue a dit ne pas être en mesure de nous parler.

L'homme avec qui elle est soupçonnée d'avoir entretenu une liaison est Arian Azarbar, un homme d'affaires montréalais d'origine iranienne impliqué dans plusieurs projets de développement immobilier au Venezuela.

Depuis plusieurs années, le gouvernement canadien adopte un ton très dur envers le gouvernement iranien. Quant au Venezuela, le premier ministre Harper a déjà critiqué ses politiques, qu'il a assimilées à de l'autoritarisme et à une forme de « guerre des classes ».

Les allers-retours de M. Azarbar entre le Canada et le Venezuela, un pays où il rencontrait des Iraniens impliqués dans des projets conjoints entre Téhéran et Caracas, ont attiré l'attention des autorités canadiennes ces dernières années. La GRC, notamment, a tenté de vérifier des allégations selon lesquelles il aurait pu travailler pour le régime iranien.

Victime de jalousie ?

M. Azarbar a été interrogé longuement sur ses voyages. C'est plus tard qu'il aurait noué une relation avec l'enquêteuse canadienne, qui comptait sur lui pour l'aider dans des enquêtes de sécurité nationale canadienne.

L'homme d'affaires n'est accusé de rien. Il possède des antécédents pour une affaire de voies de fait et d'extorsion à Montréal. En entrevue à La Presse, il dit être traité plus durement par les autorités simplement parce qu'il a entretenu une relation avec l'enquêteuse canadienne.

« J'ai été traité comme de la merde après ça. Chaque fois que je passais les douanes, c'était l'enfer. J'ai même pensé changer de nom », lance-t-il.

« Je suis victime de jalousie. Ça ne plaisait pas à tout le monde que je couche avec elle. C'est pour ça que j'ai été fiché comme un espion iranien ! C'est ridicule ! Si j'avais été une menace, on ne m'aurait pas laissé là. Je ne suis qu'un homme d'affaires ! Qu'est-ce que je pourrais bien avoir d'intéressant à transmettre au gouvernement iranien ? », demande-t-il.

L'enquêteuse de Passeport Canada n'est pas la seule à avoir eu des problèmes parce qu'elle fréquentait Azarbar. Un policier vedette du SPVM a été récemment retiré de ses fonctions parce que son employeur avait reçu plusieurs signalements de confrères qui s'inquiétaient de la nature de ses liens avec des informateurs ou des individus à la réputation sulfureuse. Azarbar faisait partie des personnages qui dérangeaient les policiers.




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