Construction: terreur à Beaconsfield

La fameuse maison que se faisait construire l'agent... (Photo Olivier Jean, La Presse)

Agrandir

La fameuse maison que se faisait construire l'agent de la SQ a mené à un conflit avec la Ville de Beaconsfield car elle ne respectait pas les règles d'urbanisme. Elle a été vendue depuis à un nouveau propriétaire qui n'a rien à voir avec l'enquête.

Photo Olivier Jean, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Une bande d'entrepreneurs en construction qui se sont acoquinés avec un policier de la Sûreté du Québec (SQ) ont semé la terreur dans la paisible banlieue de Beaconsfield, après que la Ville a mis des bâtons dans les roues d'un de leurs luxueux projets résidentiels, selon la première enquête de la nouvelle Escouade de protection de l'intégrité municipale (EPIM) - l'unité anticorruption de la police de Montréal.

Depuis plusieurs mois, différentes sources ont confié à La Presse que des fonctionnaires et élus de la petite banlieue défusionnée de 20 000 habitants, dans l'ouest de l'île de Montréal, craignaient certains membres du groupe, qui en menaient large. Surtout depuis qu'un fonctionnaire qui s'occupait de leur dossier avait été battu à coups de bâton de baseball.

Quatre personnes ont finalement été arrêtées entre mardi soir et hier matin pour avoir intimidé des titulaires de charge publique. Il s'agit du policier Peter de Castris, de son frère Dominic de Castris, de l'entrepreneur Johnny Di Girolamo et du constructeur Rob Brunet. Tous ont été relâchés sous promesse de comparaître. Les détails des gestes faits n'ont pas été dévoilés. Personne n'est accusé d'agression armée pour l'instant.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est avare de détails et refuse de confirmer l'implication de l'EPIM. «C'est le SPVM qui mène ce dossier, mais comme l'enquête est toujours en cours, on ne donnera pas de détails. Quelle unité? Je vais garder ça pour nous pour le moment», a laissé tomber le commandant Ian Lafrenière.

Selon nos informations, un conflit au sujet de la construction de la maison du policier de Castris est à l'origine de l'affaire.

Ce dernier avait acheté une vieille résidence, qu'il a fait retaper pour la transformer en luxueux palace. Il a fait appel à l'entreprise Constructions Renaissance, dirigée par Rob Brunet et Riccardo Ottoni. Ce dernier, qui n'a pas été arrêté et n'est accusé de rien, est connu pour avoir été impliqué jusqu'à récemment dans la vente de condos avec un ancien proche de l'organisation Rizzuto arrêté dans la foulée d¹un complot d'importation de 32 tonnes de haschich. *

Constructions Renaissance est très active à Beaconsfield, où il existe un marché intéressant pour la transformation et la reconstruction de maisons, puisque pratiquement aucun terrain n'est disponible pour de nouvelles constructions. Les contrôles municipaux y sont toutefois sévères en matière d'harmonisation avec le voisinage. La maison du policier a posé problème, et le dossier a été bloqué plusieurs fois au Comité consultatif d'urbanisme ainsi qu'au conseil municipal de Beaconsfield - même après le début des travaux.

Malgré l'opposition de certains élus, le conseil municipal a voté en juin 2012 pour entreprendre des recours judiciaires contre ce projet, jugé non conforme. Le conseiller Mike Montagano, directeur du Comité consultatif d'urbanisme, était opposé aux recours judiciaires. En entrevue à The Gazette, il avait déploré que l'affaire soit devenue "personnelle", sans en dire davantage.

C'est le 5 octobre suivant, alors qu'il était allé jouer au golf à Vaudreuil-Dorion, que le directeur de la planification urbaine de Beaconsfield, Denis Chabot, a été agressé. Deux suspects non identifiés l'ont battu dans le stationnement du club de golf. Chabot a été hospitalisé. Peu après, il a reçu au moins un appel de menaces qui semblaient liées à son travail. Il a quitté son poste pour un long congé de maladie.

Douze jours plus tard, le conseiller Mike Montagano démissionnait. Le 22 octobre, le projet de construction de la maison a de nouveau été soumis au vote du conseil municipal. Il a obtenu le feu vert, malgré une recommandation de refus émise par le comité consultatif.

Le maire David Pollock et le conseiller Pierre Demers ont voté contre, mais les conseillers Karin Essen, Wade Staddon, Roy Baird et Rhonda Massad ont voté pour.

La maison a été terminée, et Peter de Castris a pu la revendre à fort prix. Alors qu'il avait acheté l'ancienne maison pour 500 000$, il a revendu le nouveau palace 1,34 million cet été. Le policier est suspendu avec solde pour l'instant.

Rappelons que c'est le maire de l'époque, Michael Applebaum, qui a créé l'EPIM, en février dernier. Ironiquement, deux anciens associés de M. Applebaum se sont vu passer les menottes ce matin dans le cadre de la première opération de l'escouade.

Entre 1996 et 1999, M. Applebaum possédait, avec Peter de Castris et son frère, un centre de karting intérieur. M. Applebaum a expliqué à La Presse hier qu'il a perdu de vue les deux frères depuis la fermeture de l'entreprise.

________________________________________________

LE POLICIER

Peter de Castris a commencé sa carrière de policier dans un corps municipal à l'ouest de Montréal, avant de passer à la Sûreté du Québec, où il avait une très bonne réputation, selon nos sources. Affecté à la division autoroutière de la région métropolitaine, il était très actif sur la route, volontaire et disponible dès qu'on avait besoin de lui. Il a aussi agi comme conférencier sur la cruauté envers les animaux.

LE FRÈRE

Dominic de Castris est très proche de son frère Peter, qu'il a suivi toute sa vie. Dans sa jeunesse, il a travaillé avec lui au magasin de chaussures du père de Michael Applebaum. C'est là qu'il a rencontré le futur maire. M. Applebaum a expliqué hier que les frères de Castris sont de grands amateurs de voitures, et c'est pourquoi ils se sont joints à lui dans l'ouverture d'un centre de karting. La police croit qu'il a participé à l'entreprise d'intimidation pour aider son frère.

LE PRÊTEUR

Le prêteur sur gages Johnny Di Girolamo est mêlé aux activités des Constructions Renaissance ainsi qu'aux manoeuvres d'intimidation, selon la police. Il a déjà été condamné à des amendes pour des contrats non conformes dans son commerce de prêts. En 2007, il s'est placé sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, lorsque le fisc est venu lui réclamer 1,3 million en impôts impayés. Copropriétaire d'un petit avion, il est actuellement accusé dans un autre dossier de complot et fraude de 5000$ à l'endroit d'un vendeur de carburant pour aéronefs.

LE BÂTISSEUR

Rob Brunet est le plus jeune des suspects mêlés au dossier d'intimidation. Il est identifié comme le « superviseur » des Constructions Renaissance, sur le site web de l'entreprise. Selon plusieurs sources, il s'est présenté à des réunions du comité consultatif d'urbanisme, où il ne cachait pas son mécontentement envers la Ville et ses représentants. Il a déjà habité à proximité de la maison litigieuse de Peter de Castris.

________________________________________________

* PRÉCISION

Dans ce texte paru le 19 septembre dernier, nous avons écrit que M. Ricardo Ottoni était «connu pour avoir été impliqué jusqu'à récemment dans la vente de condos avec un ancien proche de l'organisation Rizzuto dans la foulée d'un complot d'importation de 32 tonnes de haschich». Il aurait plutôt fallu lire que M. Ottoni était «connu pour avoir été impliqué jusqu'à récemment dans la vente de condos avec un ancien proche de l'organisation Rizzuto arrêté dans la foulée d¹un complot d'importation de 32 tonnes de haschich». Nos excuses.




publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer