Une «forteresse» appréciée des criminels

Le 1000 de la Commune.... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Le 1000 de la Commune.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

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Le 1000, rue de la Commune est une signature prestigieuse dans le paysage montréalais. Pour les policiers, c'est aussi un immeuble d'intérêt. Au moins une vingtaine de membres et de relations du crime organisé y ont vécu ou y ont acheté une propriété, et l'immeuble est mentionné dans plusieurs enquêtes. Même sa construction aurait été au coeur de luttes mafieuses.

Des occupants actuels ou passés du 1000 de la Commune

L'immeuble se dresse comme une forteresse au bord du fleuve. Sa transformation en condos de luxe après des décennies d'abandon - un projet pharaonique de 80 millions - a fait la fierté de Montréal.

Mais depuis quelques années, les policiers constatent qu'il y a un côté sombre à la revitalisation de l'ancien entrepôt frigorifique du Vieux-Port.

En plus d'accueillir des juges, des médecins, des avocats et des vedettes internationales du sport, du cinéma, des affaires et des arts, l'endroit est devenu un véritable sanctuaire pour le crime organisé, a appris La Presse.

Depuis la mise en vente des appartements, au début des années 2000, au moins une vingtaine de membres et de relations du crime organisé y auraient habité ou auraient acheté une propriété (voir tableau). Parmi les locataires ou propriétaires les plus connus, on trouve les noms du parrain Vito Rizzuto et des influents Hells Angels Normand Ouimet et Salvatore Cazzetta.

L'immeuble situé au 1000, rue de la Commune est apparu sur le radar des policiers pour des affaires de drogue, d'extorsion, de meurtre, de corruption et même... de financement politique, ont confié plusieurs sources à La Presse.

Selon nos informations, la commission Charbonneau est d'ailleurs à vérifier si le chic immeuble a été le théâtre de rencontres de financement.

La Presse a recensé plusieurs opérations de la Sûreté du Québec, de l'Unité permanente anticorruption, du Service de police de la Ville de Montréal et de la Gendarmerie royale du Canada qui ont ciblé des résidants du luxueux immeuble au cours des dernières années.

Par exemple, lors de l'enquête Axe, en 2008-2009, les policiers y ont fréquemment suivi l'un des accusés, Pasquale Mangiola, qui s'y rendait pour rencontrer l'ancien joueur du Canadien Andrei Kostitsyn, qu'il fournissait notamment en vodka.

Confort, luxe, sécurité

Le confort et le luxe de l'endroit sont évidemment des avantages recherchés: vue sur le centre-ville, le fleuve et le quai de l'Horloge, gymnase, piscine, sans oublier le chic design des quelque 200 appartements - qui se détaillent sur le marché de quelque 300 000$ pour les plus petits à 6 millions pour l'appartement-terrasse du sommet.

Des enquêteurs ont d'ailleurs constaté que certains résidants liés aux gangs de rue ne faisaient pas honneur à leurs voisins en matière de décoration. «Tu entrais et le condo était vide, avec juste un matelas par terre», raconte une source. «Ils font mine d'avoir fait des rénovations pour le revendre à un prix plus élevé», nous a confié une autre source.

Mais l'isolement et la sécurité des lieux constituent aussi des attraits non négligeables pour plusieurs membres du crime organisé. L'immeuble est planté au milieu d'un no man's land, avec sécurité à l'entrée, garage souterrain et caméras de surveillance.

Dernièrement, devant les tribunaux, des policiers ont décrit les difficultés auxquelles ils font face lorsqu'ils ciblent des suspects qui habitent l'endroit ou des immeubles similaires.

«Les chefs de l'organisation habitaient dans de véritables forteresses dont le garage et l'ascenseur sont à accès contrôlé. Les clés des condos sont impossibles à copier et ces immeubles ont souvent des garages souterrains avec des gardiens de sécurité», a témoigné un enquêteur principal.

Des rumeurs circulent parmi les policiers au sujet de certains occupants du 1000, rue de la Commune, qui «paient les gardiens de sécurité pour qu'ils les avertissent aussitôt que les enquêteurs débarquent», a indiqué l'un de nos informateurs.

Pas de micros

Selon nos sources, au début des années 2000, les enquêteurs de l'opération antimafia Colisée ont songé à installer des micros dans l'édifice, où le parrain Vito Rizzuto était soupçonné de posséder un appartement-terrasse. Ils ont eu tôt fait d'abandonner l'idée.

«Ils sont chez eux. C'est leur château fort. Il n'y a qu'une seule rue pour s'y rendre et c'est très difficile d'accès. Ils ont leurs contacts dans l'immeuble et les policiers n'en ont pas. Comment veux-tu entrer incognito là-dedans? Il aurait fallu acheter un condo. C'était plus facile d'aller au Consenza que d'aller là», nous a confié une source digne de foi.

Évidemment, les gangsters sont noyés parmi les honnêtes citoyens qui habitent le chic édifice de 200 appartements. Les policiers de Montréal n'ont d'ailleurs presque jamais à répondre à des appels d'urgence à cet endroit.

La sécurité de l'immeuble veille en outre à ce que la vie privée de tous les résidants soit complètement protégée, peu importe qui ils sont. Des employés ont immédiatement indiqué la porte aux représentants de La Presse qui se sont présentés sur les lieux cette semaine aux fins de ce reportage.

Joint au téléphone, le promoteur Terry Pomerantz, qui a terminé le projet et y vend toujours des logements, s'est montré peu bavard. «Je ne donnerai pas d'entrevue. On sait ce que vous voulez écrire et ce que vous cherchez. Pas de commentaire», a-t-il poliment répondu.

-Avec la collaboration de Francis Vailles et de Fabrice de Pierrebourg

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