Ce que des ossements peuvent révéler

Kathy Reichs, anthropologue judiciaire et auteure.... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Kathy Reichs, anthropologue judiciaire et auteure.

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L'anthropologue judiciaire devenue auteure à succès Kathy Reichs est passée maître dans l'art de «faire parler» les restes humains. Sans toutefois commenter le cas précis de Cédrika Provencher, l'Américaine a accordé une entrevue téléphonique à La Presse, hier, pour expliquer comment la découverte d'ossements peut faire progresser une enquête policière. Cela dit, si le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal recourt à ses services, la scientifique, qui vit en Caroline-du-Nord, est prête à sauter dans le premier avion pour venir donner un coup de main.

L'idéal: un squelette complet

Depuis près de 30 ans, l'anthropologue judiciaire la plus connue de la planète a contribué à identifier toutes sortes de dépouilles, parfois très partielles. « Avec un squelette complet, je peux dire l'âge, le sexe, la race, la grandeur, parfois même la cause et la date de la mort, explique Kathy Reichs. Les parties du corps qui nous éclairent le plus sont le crâne et le pelvis. »

Précieux crâne

Le crâne est particulièrement utile lorsque la mâchoire et les dents sont encore en place. « Lorsqu'on a déjà une idée de l'identité de la victime, on peut rapidement comparer les restes avec son fichier dentaire. Et lorsqu'on n'a aucune idée de son identité, le crâne nous renseigne sur son âge, sa race, son sexe, sa musculature », ajoute la spécialiste, qui a notamment travaillé au Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal.

De l'espoir malgré l'effet du temps

Son travail l'a menée dans les charniers du Rwanda et à New York après les attentats du 11-Septembre. Elle a même été appelée à confirmer l'identification de dépouilles de soldats morts lors de la Seconde Guerre mondiale. « Plus la dépouille est ancienne, plus il y a de risques qu'elle soit incomplète ou détériorée, indique Mme Reichs. Toutefois, j'ai vu des restes humains découverts une centaine d'années plus tard qui étaient mieux conservés qu'un squelette trouvé après 30 ans. Tout dépend des conditions auxquelles ils ont été exposés. » Le corps a-t-il été enterré - si oui, dans quel type de sol ? Ou abandonné à la surface ? A-t-il été en contact avec l'eau, rongé par des animaux ? « Il y a tellement de facteurs qui entrent en ligne de compte dans la préservation d'un corps ! », précise l'auteure de nombreux livres à succès.

Des traces du crime

Si on parle d'une mort violente, on peut retrouver sur les os des traces de coupures profondes, d'un traumatisme crânien, d'un trou de balle. « C'est le genre d'indices qu'on recherche », explique Kathy Reichs. La strangulation est accompagnée du bris de certains os du cou chez l'adulte. Les côtes cassées, les doigts fracturés, les brûlures profondes et les traumatismes crâniens sont perceptibles après des années. Si la personne a été empoisonnée, on ne réussira toutefois pas à le dire avec son squelette, précise-t-elle.

L'ADN, cet outil puissant

Les experts qui analysent une scène de crime sont à la recherche d'un « outil puissant » : l'ADN, explique la docteure en anthropologie. « On ne peut pas exclure d'en trouver sur des ossements, mais c'est plus probable d'en trouver sur des objets liés à la victime comme une pièce de vêtement ou un bijou », note-t-elle.

Les meurtres d'enfants, les cas les plus difficiles

L'anthropologue judiciaire ne veut pas commenter le cas de Cédrika Provencher, disparue en 2007 à Trois-Rivières à l'âge de 9 ans. Les meurtres d'enfants sur lesquels elle a travaillé durant sa carrière l'ont toutefois beaucoup marquée. « Chaque fois que tu travailles sur un cas de meurtre d'enfant, il faut vraiment que tu mettes tes émotions de côté, dit-elle. Tu dois garder ton objectivité d'expert scientifique et donner le meilleur de toi-même même si c'est impossible de rester complètement indifférent en tant qu'humain. » Son plus récent roman policier, dont la version française s'intitule Macabre retour - publié au Québec cet automne -, raconte d'ailleurs l'histoire de fillettes retrouvées mortes quelques semaines après leur enlèvement. Dans ce roman, l'auteure fait dire à son personnage de détective : quand des enfants tombent, « il y a quelque chose qui meurt en nous ».

Le travail de terrain

« L'idéal pour un anthropologue est de se rendre le plus tôt possible sur les lieux où les restes ont été découverts. Le contexte est très important pour nos recherches, surtout lorsque les restes n'ont pas été déplacés à la suite du meurtre. Nous pouvons alors aider les enquêteurs à trouver d'autres indices menant à la découverte des autres parties du corps », affirme Kathy Reichs, également scénariste et productrice pour la populaire série hollywoodienne Bones.

Une expertise rare

Ces dernières années, les avancées dans le domaine des sciences judiciaires et de la médecine légale ont été nombreuses, souligne Kathy Reichs. Or certaines personnes qui se prétendent « expertes » n'ont pas les qualifications nécessaires, déplore celle qui est au nombre des rares anthropologues judiciaires - moins d'une centaine au total - reconnus par l'American Board of Forensic Anthropology. À sa connaissance, personne au Québec ne détient cette certification. Une autopsie n'est pas l'oeuvre d'une seule personne, mais d'une équipe, nuance-t-elle toutefois. « Les pathologistes, les dentistes médico-légaux, les anthropologues judiciaires, les spécialistes de balistique et les enquêteurs de police font tous partie du processus », explique la romancière originaire de Chicago, qui enseigne l'anthropologie à l'Université de Caroline-du-Nord.

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