Stéphane «Godasse» Gagné: délateur, au péril de sa vie

Stéphane «Godasse» Gagné en 1997... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Stéphane «Godasse» Gagné en 1997

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Cocktail Molotov chez ses parents. Détention en isolement 23 h sur 24 durant sept ans. Pressions d'avocats de défense qui lui auraient même offert 600 000 $ pour qu'il témoigne « tout croche » contre l'ancien chef des Hells Maurice Boucher.

Le délateur Stéphane Gagné - surnommé Godasse dans ses années de motard - a vécu à la dure sa collaboration avec l'État. Et celui qui témoigne ces jours-ci sous haute surveillance policière continue d'en vivre les conséquences aujourd'hui.

L'ex-motard de 45 ans a décrit les conséquences de sa décision de retourner sa veste, ce lundi, au jury chargé de recommander sa libération anticipée.

Le délateur a tenu à préciser qu'il n'avait pas été rémunéré - contrairement à d'autres criminels - en échange de sa collaboration avec l'État.

« J'ai fait ça pour sauver ma vie, un point c'est tout », a-t-il insisté auprès des jurés.

Stéphane Gagné a retourné sa veste après avoir plaidé coupable au meurtre de la gardienne de prison, Diane Lavigne, et à la tentative de meurtre contre un autre gardien, Robert Corriveau.

C'est qu'au moment de son arrestation en 1997, la police l'a prévenu qu'un certain Steve Boies - qui l'avait aidé à éliminer des preuves des meurtres des gardiens - était devenu délateur. Or, Gagné avait caché à son patron, le chef des Hells, Maurice Boucher, qu'il avait reçu un coup de main de Boies après les meurtres.

« [En apprenant la nouvelle concernant Boies], je me suis dit: je suis un gars mort si je sors. Tu ne peux pas mentir aux Hells », a expliqué Gagné au jury.

En échange, la poursuite a laissé tomber l'accusation de meurtre prémédité du gardien Pierre Rondeau - que Gagné a aussi admis avoir tué. Par la suite, Gagné a fait condamner plusieurs motards criminalisés dont le chef des Hells Nomads, Maurice « Mom » Boucher qui avait commandé les meurtres des gardiens de prison. Le chef des Hells voulait faire cesser la délation au sein de ses troupes, selon Gagné. Boucher était convaincu que les auteurs des meurtres ne collaboreraient jamais avec la police car ils ne réussiraient jamais à se négocier des peines clémentes.

« Mom » Boucher m'avait dit qu'au prochain délateur, il s'attaquerait à sa famille comme ils font en Colombie. Le prochain délateur, ça a été moi », a raconté M. Gagné au jury. Dans son contrat avec l'État, Gagné a ainsi fait inclure une clause pour assurer la protection, la relocalisation et le changement d'identité de lui et de ses proches.

Or, certaines mesures ont vraisemblement pris du temps à se mettre en place puisqu'un cocktail Molotov a été lancé sur la maison de ses parents après que Boucher eut été acquitté au terme de son premier procès (il sera condamné au second). Ses parents ont été relocalisés par la suite.

Avec le recul, le délateur est convaincu que Maurice Boucher aurait poursuivi sa folie meurtrière s'il n'avait pas témoigné contre lui. Boucher lui avait déjà confié qu'après les « screws » (terme péjoratif pour désigner les gardiens) il s'attaquerait aux juges, aux procureurs de la Couronne et à la police. « Si je n'avais pas parlé, Mom - dans sa folie - aurait dit: on continue », affirme-t-il.

Révélation surprenante: le délateur affirme que des avocats des Hells lui avaient offert 600 000 $ pour qu'il témoigne « tout croche » contre Maurice Boucher; offre qu'il a refusée. Les avocats en question n'ont jamais été accusés dans cette affaire.

Dans le « trou »

Le délateur a passé les sept premières années de sa peine en isolement 23 h sur 24. « Les autorités ne savaient pas quoi faire avec moi. En population générale, je me serais fait tuer », a-t-il expliqué au jury.

Gagné vivait dans une cellule minuscule dans laquelle il n'y avait de la place que pour un lit, une tablette et une toilette. « Si je me levais les yeux pour manger, je regardais le bol de toilette [...] C'était vraiment un endroit rough », a-t-il poursuivi. Lors de ses rares contacts avec d'autres détenus, il se faisait insulter, cracher dessus et même lancer des excréments.

Son témoignage se poursuit cet après-midi.

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