Surveillance des groupes d'extrême gauche: les dessous d'un projet controversé

«On a mis fin à ça parce que... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

«On a mis fin à ça parce que ce n'est pas ce qui est prôné et ce n'est pas ce qu'on voulait. On ne cible pas les gens de telle communauté, de telle origine ou de tel secteur.», affirme le commandant Ian Lafrenière du SPVM.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

C'est la multiplication d'actes criminels liés aux groupes d'extrême gauche à Montréal qui a motivé la création d'un groupe voué à la surveillance de cette mouvance au sein du SPVM, révèlent des documents policiers confidentiels obtenus par La Presse. La création du GAMMA - projet controversé que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) décrit à présent comme une erreur de forme - a été proposée à peine trois semaines après que 11 véhicules de patrouille eurent été vandalisés dans Saint-Henri, la veille d'une manifestation contre la brutalité policière.

Le Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes (GAMMA) est né en 2010 alors que ces mouvances «étaient en émergence», indique le directeur adjoint Pierre Brochet dans un message interne envoyé à des policiers en 2011. Le projet était «porté par la Section antigang» de la Division du crime organisé, ajoute-t-il.

Le message de M. Brochet a été lancé dans la foulée de l'arrestation de quatre individus «qui s'en étaient pris physiquement à cinq de nos policiers lors de la Marche des travailleurs le 1er mai» 2011, leur infligeant des blessures sérieuses. C'est la principale opération effectuée par GAMMA. La médiatisation de son existence a entraîné sa chute à la même époque.

Dans la ligne de mire

En plus du message interne de Pierre Brochet, La Presse a aussi obtenu deux rapports datant de 2010 qui recommandent la mise sur pied du projet. Dans l'un d'eux, le commandant Patrick Lamarre évoque les actes criminels commis lors des manifestations annuelles contre la brutalité policière et du 1er mai, mais aussi la pose de colis piégés par le «Comité antigentrification» du Centre-Sud et d'Hochelaga-Maisonneuve en 2004 et les activités d'un groupe baptisé «Stop Huntingdon Animal Cruelty». Ces groupes n'ont pas donné suite aux appels de La Presse.

M. Lamarre précise toutefois que les actions du SPVM doivent porter sur les «acteurs planifiant ou responsables d'actes de vandalisme et de violence [sic] et non les mouvements en tant que tels».

«Des associations du Cégep du Vieux Montréal et de l'UQAM»

Si les groupes dont les actes justifieraient la création de GAMMA sont assez bien identifiés, ceux qui feront l'objet de surveillance sont beaucoup plus vagues. Le document évoque «les anarchistes, les anticapitalistes, les altermondialistes, les antiautoritaires» sans toutefois indiquer clairement qui serait visé. «Certains mouvements entretiennent des liens avec des associations du Cégep du Vieux Montréal et de l'UQAM», précise-t-on quand même. «D'ailleurs, la population étudiante représente un bassin de recrutement pour ces groupes.»

Des défis particuliers

Dans le même document, le commandant Lamarre souligne que «l'instabilité au sein de ces mouvements» rend «plus difficile la connaissance du milieu» et des «liens entre toutes les personnes impliquées». Leur antiautoritarisme entraîne aussi «des communications très difficiles, voire inexistantes», avec la police.

La «crédibilité du SPVM» en jeu

En plus de la sécurité des policiers et des citoyens, la protection de «la crédibilité du SPVM» a été évoquée par les policiers pour défendre la mise sur pied de GAMMA. La police semble être particulièrement troublée par les dommages causés à en tout 17 véhicules de patrouille juste avant les manifestations contre la brutalité policière, en 2008 et 2010. «Les actes de vandalisme commis à l'endroit de la propriété du SPVM et les débordements lors de manifestations rendent le SPVM vulnérable aux critiques sur ses capacités à protéger la société et de gérer certaines situations problématiques», peut-on lire dans le rapport «Prise de décision. Projet GAMMA» du commandant Lamarre.

Des documents confidentiels

Les documents obtenus par La Presse ont été transmis par le SPVM à Pascal Dominique-Legault, candidat au doctorat en sociologie de l'Université Laval, après une victoire partielle devant la Commission d'accès à l'information (CAI). Le SPVM s'était battu pour que ces documents ne soient pas dévoilés parce qu'ils sont «très sensibles» et «couverts par le privilège policier», résume la décision de la CAI rendue en mai dernier. Au moins un «rapport de recommandation» diffusé par le SPVM porte la marque «CONFIDENTIEL» et «PROTÉGÉ B».

Ce type de document et le projet GAMMA en tant que tel «enjoint [aux policiers de faire preuve de] suspicion générale envers les mouvements sociaux», a analysé M. Dominique-Legault en entrevue avec La Presse. «L'objet d'enquête, disons qu'il est très vaste et, donc, que ça pourrait inquiéter.»

«Ce n'est pas ce qu'on voulait»

En entrevue avec La Presse, le patron des communications du SPVM a reconnu que la forme du projet GAMMA était problématique en raison de l'accent mis sur les idées politiques plutôt que les crimes et les auteurs de crimes. «On a mis fin à ça parce que ce n'est pas ce qui est prôné et ce n'est pas ce qu'on voulait, a affirmé le commandant Ian Lafrenière. On ne cible pas les gens de telle communauté, de telle origine ou de tel secteur.» Il a ajouté que le SPVM continuerait à enquêter sur les évènements où se produisent des infractions criminelles de façon récurrente: «C'est notre job», a dit M. Lafrenière.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer