Couillard «perturbé» par le traitement réservé à une musulmane par une juge

Mère de trois enfants, Rania El-Alloul, s'était présentée... (PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE)

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Mère de trois enfants, Rania El-Alloul, s'était présentée devant le tribunal dans l'espoir de récupérer son véhicule, saisi par la Société d'assurance automobile du Québec.

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Martin Ouellet
La Presse Canadienne
Québec

Le traitement réservé à une femme de confession musulmane par une juge de la Cour du Québec trouble le premier ministre Phillippe Couillard.

«Je n'irai pas plus loin que de dire que cette décision me perturbe un peu», a déclaré M. Couillard, en point de presse, vendredi, après la prestation de serment de son nouveau ministre de l'Éducation, François Blais.

L'affaire, mise au jour jeudi, fait grand bruit au Canada et ailleurs dans le monde. La juge Eliana Marengo a exigé mardi dernier qu'une femme retire son hijab si elle voulait que la cour entende sa cause. Rania El-Alloul, une Montréalaise, a refusé d'obtempérer et entend porter plainte auprès du Conseil de la magistrature du Québec. Elle est toujours dans l'attente d'une nouvelle audience.

Le premier ministre n'a pas caché son malaise devant l'intervention de la magistrate, une intervention qui contrevient à la position du gouvernement libéral en regard du port des signes religieux.

«Nous sommes profondément convaincus que la seule limitation justifiable sur cette question des signes religieux, et pas seulement des musulmans mais aussi des gens de religion chrétienne, de religion juive et autres confessions, est liée à la communication, à l'identification et à la sécurité. Il n'y a pas d'autre façon de justifier une atteinte aux libertés», a soulevé M. Couillard.

Le hijab est un voile islamique qui recouvre la tête mais qui laisse le visage entièrement découvert. Incidemment, la prestation et la réception des services publics «à visage découvert» sont l'une des seules conditions qu'entend imposer le gouvernement dans son projet de loi - attendu depuis des mois par les partis d'opposition - sur les accommodements religieux.

M. Couillard n'a pas voulu s'avancer davantage dans le dossier précis de la Montréalaise rabrouée par la juge, rappelant que les magistrats sont «souverains» dans leur salle d'audience.

«Je n'irai pas plus loin que ça parce qu'on parle de la cour, on parle du tribunal, on parle de la souveraineté d'un juge dans sa salle d'audience et c'est à eux (les magistrats) de déterminer la suite des choses», a-t-il dit.

Mère monoparentale de trois enfants, Rania El-Alloul s'était présentée devant le tribunal dans l'espoir de récupérer son véhicule, saisi par la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ).

La juge lui a fait remarquer à son arrivée à la barre que les tribunaux sont des lieux où les symboles religieux n'ont pas leur place. Elle a invoqué l'article 13 des règles de pratique de la Cour du Québec, qui statue que toute personne se présentant en cour doit être «convenablement vêtue».

L'opposition péquiste, qui harcèle sans relâche le gouvernement pour qu'il fixe enfin des règles sur les accommodements religieux, a saisi l'occasion pour jeter le blâme sur les libéraux.

«C'est malheureusement ce qui arrive lorsqu'il n'y a aucune balise ou règle claire entourant ces questions. Le gouvernement doit sortir de son malaise et agir rapidement afin de clarifier les choses», a souligné, sans se prononcer sur le fond de la question, la porte-parole du Parti québécois en matière de laïcité, Agnès Maltais.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a décliné l'invitation à commenter le dossier.

Du côté fédéral, le chef du Parti libéral du Canada (PLC), Justin Trudeau, a condamné sans détour l'intervention de la juge Marengo.

«C'est une situation inacceptable, a-t-il lancé en point de presse après un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Au Canada, nous protégeons les droits des minorités, nous sommes un pays reconnu pour sa diversité et ça fonctionne justement parce que nous protégeons les droits individuels. Quiconque se présente devant les tribunaux doit pouvoir s'attendre à ce que ses droits soient respectés».

M. Trudeau a dit faire confiance au système de justice et «aux autorités appropriées» pour qu'ils rectifient le tir.

La semaine dernière, le chef du PLC s'était rangé derrière un jugement de la Cour fédérale autorisant le port du niqab pendant la prestation du serment de citoyenneté canadienne. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, lui a emboîté le pas ces derniers jours.

Le leader du NPD croit que la juge a erré au sujet de Mme El-Alloul et lui demande de s'amender dans les plus brefs délais.

«Je pense que la juge a commis une erreur et je m'attends à ce que la citoyenne puisse obtenir l'audience souhaitée le plus rapidement possible», a-t-il dit.

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement conservateur a annoncé qu'il porterait en appel la décision du tribunal fédéral rendue dans l'affaire du niqab, un voile qui recouvre tout le visage sauf les yeux.

En revanche, le premier ministre Stephen Harper estime que le port du hijab est tout à fait acceptable, y compris dans les cours de justice.

«Si quelqu'un ne couvre pas son visage, nous croyons qu'il devrait être autorisé à témoigner», a-t-il fait savoir par le biais d'un porte-parole.

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