Mort d'Alain Magloire: l'agent Bruneau a craint pour sa vie

Alain Magloire, 41 ans, a perdu la vie... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Alain Magloire, 41 ans, a perdu la vie le 3 février 2014 alors qu'il était vraisemblablement en pleine détresse psychologique.

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Sophie Allard
La Presse

«J'ai pensé mourir.» C'est ce qu'a raconté hier l'agente Jeanne Bruneau, impliquée dans l'intervention policière qui a mené à la mort d'Alain Magloire, au deuxième jour de l'enquête publique du coroner Luc Malouin, qui se déroule au Centre de services judiciaires Gouin.

Policière depuis moins de deux ans au moment du drame, elle dit avoir été menacée à plusieurs reprises par M. Magloire, qu'elle a qualifié de «danger».

Après avoir reçu un appel concernant un homme armé sur Saint-Denis, l'agente Bruneau et son coéquipier Alex Campeau ont repéré M. Magloire sur la rue Ontario. Il n'avait pas son marteau à la main à cet instant. L'agent Alex Campeau a garé sa voiture de patrouille à proximité de M. Magloire. Alors que sa fenêtre était baissée, l'agente Bruneau a vu le suspect s'approcher d'elle. Ce dernier a sorti son marteau du sac qu'il portait sur son ventre. 

«Il arrive près de moi. Il me regarde et s'enligne pour m'attaquer au visage avec son marteau. Je hurle de toutes mes forces et je sors mon arme.»

Elle a pensé mourir, a-t-elle alors déclaré. Après avoir repris son souffle et ses esprits, elle est sortie de sa voiture. M. Magloire, qui aurait été saisi par les cris du témoin, a poursuivi son chemin, marteau à la main.

Les deux agents ont suivi M. Magloire sur la rue Ontario vers l'est en marchant, armes à la main, et en maintenant une certaine distance. Ils avaient vu Alexandre Witter, l'employé de l'hôtel qui avait composé le 911, qui saignait de la tête. «Je savais qu'il y avait déjà un blessé, j'avais été attaquée. Je craignais qu'il ne blesse quelqu'un d'autre. Il y avait des passants à qui je disais de partir», a dit l'agente Bruneau.

Des gestes menaçants

M. Magloire faisait constamment des gestes menaçants; il fonçait et reculait en brandissant son marteau. Puis, il continuait à marcher sans se soucier de la présence des policiers. 

«Plusieurs fois, je lui ai dit de lâcher son marteau, sinon je devrais faire feu. Il a répondu: "Tire-moi, je m'en câlisse!" » Elle a demandé du renfort, en donnant une position erronée. «Probablement à cause du stress», a-t-elle justifié. D'où la confusion des agents en route. «T'es où? On te voit pas.»

Les agents Pascal Joly et Mathieu Brassard, qui témoigneront aujourd'hui, sont arrivés les premiers en renfort. Les quatre agents ont poursuivi d'un pas rapide le suspect, qui descendait la rue Berri. Devant le terminus Berri, les agents ont formé un demi-cercle autour de M. Magloire. L'agent Joly a tenté d'asperger M. Magloire avec du poivre de Cayenne. En raison du vent et de la distance, le jet n'a pas porté. Un policier a demandé un pistolet électrique. «Amenez-le, le taser, je suis prêt!» 

C'est alors que M. Magloire a déposé ses sacs à dos et s'est avancé vers les policiers. Tout pouvait arriver, selon l'agente Bruneau. «J'étais justifiée de tirer. J'étais rendue à l'étape où il fallait que ça arrête.» Quand elle a vu un véhicule policier arriver «à basse vitesse», elle était soulagée et a vu «une nouvelle opportunité pour arriver à le neutraliser sans faire feu».

La suite a été tout autre. La voiture conduite par le policier Denis Côté a touché M. Magloire, qui s'est retrouvé sur le capot. Était-ce un geste volontaire de M. Magloire ou ce dernier a-t-il été happé? Les perceptions des témoins entendus depuis lundi sont divergentes. «Je vois ensuite l'agent Joly qui empoigne Magloire, qui fait un geste pour frapper», a déclaré l'agente Bruneau. Puis, les coups de feu. L'agente Bruneau a retourné M. Magloire, toujours conscient, et lui a passé les menottes. Elle craignait qu'il se relève. «Je lui ai dit: "Lâche pas!" »

Témoignage du coéquipier

En après-midi, le coéquipier de l'agente Jeanne Bruneau, l'agent Alex Campeau, est venu témoigner à son tour. Il a donné une version similaire à celle de sa collègue, à quelques différences près. Pour sa part, il n'a jamais craint pour sa vie. «M. Magloire est toujours resté à l'extérieur de mon espace sécuritaire», a-t-il dit.

«Aurait-il pu s'agir d'une urgence médicale?», a demandé aux agents Me Pierre Poupart, l'avocat représentant la famille de la victime. «Je pensais au départ qu'il pouvait s'agir d'un homme intoxiqué par la drogue ou l'alcool, quelqu'un qui voulait s'en prendre à la police. Je ne savais pas à quel type d'individu j'avais affaire», a répondu l'agente Bruneau, anciennement intervenante auprès d'une clientèle vivant une déficience intellectuelle. 

Auraient-ils pu appeler les ambulanciers en prévention? «Dans l'immédiat, Magloire présentait un danger pour les policiers et les citoyens.» Elle a ajouté: «Urgence-Santé n'intervient que si le suspect est contrôlé. Il ne l'était pas.» 

Son collègue a eu les mêmes réponses. Avant qu'on tire sur M. Magloire, les agents Bruneau et Campeau n'ont eu à aucun moment le réflexe d'appeler les ambulanciers, pas plus que l'équipe d'intervention psychosociale de leur poste de quartier.

L'agent muni du pistolet électrique est arrivé moins de deux minutes après l'affrontement mortel.

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