L'allaitement d'une jeune femme jugé non criminel

Donner le sein à une adolescente à peine majeure en guise de thérapie... (Photothèque Le Soleil)

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Donner le sein à une adolescente à peine majeure en guise de thérapie ésotérique ne constitue pas en soi une agression sexuelle, vient de trancher la Cour du Québec, qui qualifie tout de même la méthode de «malsaine».

À la fin de novembre, la juge Claire Desgens de Sherbrooke a acquitté une femme accusée d'avoir allaité à plusieurs reprises une jeune parente éloignée afin d'«effacer ses mauvais souvenirs d'enfance et [de] la guérir de ses vieilles blessures». La plaignante venait de fêter ses 18 ans.

Les séances «ont toujours présenté un caractère chaste», écrit la juge. «Le tribunal ne peut conclure que ce geste d'allaitement constitue un toucher de nature sexuelle.»

En 2003, l'adolescente s'était réfugiée chez «un membre de sa famille élargie», surnommée Mme B. dans le jugement.

L'adolescente était sur le point d'atteindre la majorité et devait se trouver un toit avant d'être poussée hors du centre d'accueil où elle habitait. Elle était dans un «état lamentable», était «angoissée, anorexique et suicidaire» après «avoir vécu dans la rue et dans l'enfer de la drogue».

Or, Mme B. traversait «elle aussi une période de désorganisation personnelle la poussant à franchir certaines limites au niveau de la sexualité». Elle a notamment montré des sites pornographiques à sa jeune parente, écrit la juge Desgens.

Après des montées de lait, Mme B. «a [eu] le réflexe d'offrir à la jeune fille de l'allaiter», un symbole représentant le «réconfort et la nouvelle vie qu'elle voulait offrir à sa jeune protégée», expose la juge. «La pensée de l'accusée à ce sujet est ésotérique.»

«À cette époque, les deux femmes y croient et veulent y croire», indique le jugement.

La pratique cesse toutefois après un «possible» contact suspect de Mme B. à la poitrine de la jeune femme.

Remords

Des années plus tard, à une date non précisée par le tribunal, l'adolescente, devenue infirmière, a porté plainte contre Mme B., se sentant «flouée, trahie, voire même salie par ce souvenir».

L'accusée qualifie elle-même ses gestes de «pervers», «malsains», «vilains» et «épouvantables». «Elle en éprouve de la honte», ajoute la juge Desgens. «Elle reconnaît ses fautes.»

Son avocat plaidera toutefois qu'il ne peut s'agir d'une agression sexuelle puisque la femme n'avait aucune intention de faire du mal à la jeune femme ou de combler un besoin sexuel par ces gestes.

Après avoir conclu que toutes les séances d'allaitement s'étaient produites après le 18e anniversaire de la jeune femme, la juge Desgens a écarté les accusations de «contacts sexuels» avec un mineur qui pesaient sur la femme.

Quant à l'accusation d'agression sexuelle, la responsabilité de Mme B. n'a pas été retenue. «Lorsque l'accusée allaitait la plaignante, elle n'accomplissait pas, de façon concomitante, d'autres gestes de nature sexuelle», a écrit le magistrat. «La plaignante se trouvait dans un état de détresse lorsqu'elle a acquiescé à cette forme malsaine de thérapie, mais elle a tout de même accepté, y a participé.»

L'avocat de l'accusée n'a pas voulu commenter le dossier.

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