« Il y a de la crainte chez les femmes autochtones »

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Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a annoncé vendredi qu'il ne déposerait pas d'accusations relativement à la trentaine d'allégations criminelles qui visaient huit policiers de Val-d'Or.

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Peur de ne pas être prises au sérieux, peur d'être agressées à nouveau, peur de ne recevoir aucune aide des autorités : les femmes autochtones du Québec pâtissent beaucoup de la décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de ne pas déposer d'accusations relativement à la trentaine d'allégations criminelles envers huit policiers de Val-d'Or, selon deux dirigeantes autochtones interviewées par La Presse. Et ce, même si le DPCP précise que l'absence d'accusations ne signifie pas que les agressions n'ont pas eu lieu.

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Pamela Papatie, vice-chef du conseil de bande de Lac-Simon

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Françoise Ruperthouse, membre du conseil de bande de Pikogan

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« Quand elles ont appris la décision du DPCP, les femmes ont senti qu'elles retournaient dans la crainte », affirme Pamela Papatie, vice-chef du conseil de bande de Lac-Simon, en entrevue avec La Presse. « Elles craignent qu'à l'avenir, les gens ne les croient plus. »

Françoise Ruperthouse, du conseil de bande de Pikogan, renchérit : « Il y a une tension incroyable, de la crainte chez les femmes autochtones. Crainte d'autres agressions par des policiers, crainte pour les femmes qui les ont dénoncés. On ne dit pas que tous les policiers sont méchants et agressent des femmes, mais ceux qui ont fait ces gestes n'ont pas été punis. »

C'est à Pikogan que vivait Sindy Ruperthouse, dont la disparition, en avril 2014, a suscité le reportage d'Enquête de Radio-Canada levant le voile sur les allégations d'agression sexuelle et d'intimidation envers les policiers de Val-d'Or.

Les cinq dirigeants interviewés par La Presse sont unanimes : il faut une enquête indépendante sur ces allégations. « On a déjà pris position il y a un an sur une enquête qui pourrait faire la lumière autrement que par la voie pénale », dit Pierre Corbeil, le maire de Val-d'Or, ancien ministre sous Jean Charest. « Le DPCP n'a pas la capacité d'aller plus loin que la loi ne lui permet de faire. Je reçois aussi le rapport de Fannie Lafontaine, qui propose d'aller plus loin autrement. »

Me Lafontaine, l'observatrice civile indépendante de l'enquête ayant mené à l'annonce du DPCP, a affirmé mercredi que l'enquête avait été « impartiale », mais a avancé qu'un « racisme systémique » pouvait être présent chez les forces de l'ordre. M. Corbeil observe-t-il un tel racisme systémique ?

« Ce qui est soulevé, c'est que comme société, il faut se regarder sur le plan individuel, mais aussi collectif et organisationnel. Malheureusement, on a peut-être un peu trop de préjugés, d'opinions discriminatoires et d'attitudes racistes », dit Pierre Corbeil, maire de Val-d'Or.

« Ça se manifeste dans nos diverses organisations. On a juste à se rappeler l'actualité récente, ce qui s'est dit durant la campagne présidentielle américaine, les jugements sur des quartiers musulmans sur la Rive-Sud de Montréal », ajoute M. Corbeil.

M. Corbeil note que des accusations ont toutefois été portées contre deux policiers de la Côte-Nord pour des agressions sexuelles contre des femmes autochtones, dans la foulée de l'enquête menée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

ÉVENTUELLES POURSUITES CIVILES

Édith Cloutier, la directrice du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or qui, en mai 2015, a mis les femmes autochtones à l'origine de toute l'affaire en contact avec une équipe de l'émission Enquête de Radio-Canada, a accompagné la vingtaine de femmes ayant porté plainte qui ont collaboré avec les policiers du SPVM. « On savait qu'il y aurait une annonce du DPCP, alors on avait prévu une retraite », dit Mme Cloutier, qui n'a pas voulu décrire la réaction des femmes aux explications du DPCP pour des raisons de « confidentialité ».

« Elles s'étaient engagées il y a un an dans un processus judiciaire malgré certaines réserves. Certaines avaient déjà tissé un lien de confiance avec la police qui était ébranlé, chez d'autres, ce lien était brisé. Elles estiment que le système de justice les a laissées tomber. On peut se demander si le système de justice et d'enquête est vraiment adéquat dans le contexte des femmes autochtones. »

Durant la retraite, les plaignantes ont chargé l'avocate Marie-Christine Gagnon, Innue de Pessamit qui fait partie du cabinet Borden Ladner Gervais, de les représenter dans d'éventuelles poursuites civiles, selon Mme Cloutier. « Ça fait partie de leur programme "pro bono" », précise Mme Cloutier.

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