Filature électronique: nouvelle technique policière plus précise

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Depuis longtemps, les policiers sont en mesure de repérer un téléphone cellulaire grâce aux antennes des opérateurs mobiles.

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Les mandats obtenus par le SPVM pour filer Patrick Lagacé ont levé un coin du voile sur une nouvelle technique policière: l'utilisation de la puce GPS des téléphones intelligents de leurs cibles.

C'est la première fois qu'une telle méthode est exposée au Canada, sinon sur la planète.

Parmi les 24 mandats visant le chroniqueur figure un « mandat de localisation ». Interrogé à ce sujet lors de sa visite dans nos bureaux, le 28 octobre dernier, l'enquêteur Normand Borduas avait indiqué que ce type de mandat « permettrait, si on voulait activer la puce GPS d'un téléphone cellulaire, de localiser votre téléphone cellulaire à un certain moment donné ».

Son collègue Iad Hanna avait décrit cette nouvelle technologie, offerte depuis « un certain temps », comme étant « plus précise qu'une tour, mais avant, on faisait la même chose avec une tour ».

Depuis longtemps, en effet, les policiers sont en mesure de repérer un téléphone cellulaire grâce aux antennes (tours) des opérateurs mobiles.

Pour assurer la meilleure connexion possible, un téléphone mobile est constamment à la recherche d'antennes à proximité. Par un processus de triangulation, qui tient compte des délais de communication avec chacune des tours, il est possible d'en déterminer la position.

La précision de la localisation dépend toutefois du nombre d'antennes avec lesquelles l'appareil communique simultanément. En ville, où les antennes sont nombreuses, elle peut être assez précise. À l'extérieur, où une seule antenne peut couvrir un grand territoire, son efficacité diminue grandement.

Protocole obscur

Selon les recherches menées par La Presse, c'est un obscur protocole, connu sous l'acronyme RRLP (Radio Resource Location Services), ou encore sa version plus récente LPP (LTE Positioning Protocol), qui permet aux opérateurs de réseaux sans fil d'envoyer aux appareils qui y sont connectés une requête les forçant à dévoiler leur position.

Sans être en mesure de préciser la méthode utilisée, une porte-parole de Telus, Luiza Staniec, a confirmé à La Presse que l'entreprise disposait bien des capacités décrites par les policiers.

« On ne peut pas accéder à l'historique des emplacements GPS, mais on peut obtenir un emplacement précis à un moment donné. »

Il y a toutefois un bémol. L'opérateur ne serait pas en mesure d'activer lui-même la puce GPS d'un téléphone intelligent. Celle-ci doit déjà être active parce qu'une application en fait usage, par exemple.

« La puce est activée par défaut dans la plupart des appareils », convient Mme Staniec.

Ces informations correspondent aux capacités annoncées des protocoles RRLP et LPP. Un document descriptif de ce dernier va toutefois plus loin. Il prévoit trois types de requêtes de localisation : le premier amorcé par le téléphone lui-même et les deux autres lancés par le réseau.

Dans cette deuxième catégorie, le premier type de requêtes (Mobile Terminated Location Request ou MT-LR) peut être bloqué par l'utilisateur si celui-ci configure adéquatement les réglages de confidentialité de son appareil.

Le second (Network Induced Location Request ou NI-LR) n'est pas touché par les réglages de confidentialité de l'usager, annonce-t-on.

Aucun des trois grands opérateurs de réseaux mobiles canadiens (Bell, Rogers et Telus) n'a voulu répondre avec précision à nos questions sur le sujet, notamment pour déterminer si ces requêtes fonctionnaient avec tous les appareils.

La documentation disponible en ligne sur les protocoles RRLP et LPP laissent croire qu'ils font partie intégrante des normes du sans-fil actuelles, ce qui laisserait croire que tous les appareils sont en mesure d'y répondre.

Un expert en réseaux mobiles, qui n'a pas voulu être identifié, apporte toutefois un bémol.

« Tout ce que je peux voir, c'est que ce sont des fonctionnalités qui sont dans le standard. Après, est-ce qu'elles ont été intégrées par chaque manufacturier, je ne le sais pas. »

Contactée par La Presse, Apple a nié que cette opération soit possible avec ses appareils iPhone, du moins depuis l'introduction d'iOS 7, en septembre 2013. Un internaute avait déjà publié, cette année-là, une expérience réussie avec un iPhone 5, sans préciser la version d'iOS employée.

Pour le 911

C'est pour faciliter le travail des opérateurs de centres d'appels d'urgence de type « 911 » qu'ont été développés les protocoles RRLP ou LLP. Selon Apple, un appel au 911 déclenché par l'utilisateur lui-même est d'ailleurs le seul moment où son appareil transmettra au réseau une position géographique précise. Cette position est déterminée en combinant des informations provenant des antennes mobiles, des réseaux WiFi et des appareils Bluetooth à proximité, ainsi que de la puce GPS. L'information fournie aux policiers, que ce soit volontairement ou non, ne provient donc pas uniquement du capteur GPS.

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