Volte-face spectaculaire d'un meurtrier pris de remords

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«Je ne peux pas ramener la victime à la vie. La seule chose que je peux faire pour sa famille, c'est de continuer ma sentence», a dit le meurtrier, André Vincent, ce matin au palais de justice de Montréal.

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Événement d'une rare intensité au palais de justice de Montréal: un meurtrier qui demandait à un jury de le libérer de prison avant la fin de sa peine a changé d'idée après avoir vu la douleur que sa demande causait à la famille de sa victime.

«Je ne peux pas ramener la victime à la vie. La seule chose que je peux faire pour sa famille, c'est de continuer ma sentence», a dit le meurtrier, André Vincent, la voix étranglée par l'émotion, dans cette surprenante volte-face.

Condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans pour le meurtre prémédité de Donald Duval, André Vincent a déjà passé 17 ans en prison. L'homme de 44 ans bénéficiait d'une mesure prévue dans le Code criminel qui permet à l'auteur d'un meurtre prémédité, et ce après 15 ans de détention, de s'adresser à un jury pour faire devancer sa date d'éligibilité à une libération conditionnelle.

Dans son cas, il lui restait huit ans à purger.

Le meurtrier doit ainsi faire la preuve au jury qu'il a adopté une bonne conduite en prison et qu'il est suffisamment «réhabilité» pour retrouver sa liberté avant la date prévue. 

Fait à noter, cet article de loi a été aboli par le gouvernement Harper en 2011. Or, comme le meurtre a été commis avant 2011, M. Vincent y avait droit. 

La cause avait pourtant débuté depuis la veille lorsque M. Vincent a fait part de sa décision au tribunal. Au terme de la journée d'hier, douze personnes avaient été choisies pour décider si le meurtrier méritait de retrouver sa liberté. 

Or, hier, André Vincent a eu une révélation en voyant tous ces candidats jurés défiler devant lui dont cette femme qui a demandé d'être exemptée puisque son propre père avait été assassiné.

«Je me suis dit criss, c'est à cause de moi que ces gens-là sont là puis ils ne veulent pas être là», a expliqué le meurtrier en se désistant de sa requête. 

Le meurtrier a surtout été ébranlé par la présence de deux des quatre enfants de la victime, assis dans la première rangée. «Si je me mets à leur place, je voudrais que le gars (qui a tué mon père) fasse son temps (...) La famille ne mérite pas de revivre ça.» 

Ce mercredi matin, après avoir entendu les explications du meurtrier,  le juge Michel Pennou, qui présidait l'audience, a donc averti les jurés que «cette affaire prenait une tournure inattendue». 

Le magistrat s'était auparavant assuré à plusieurs reprises auprès du meurtrier qu'il comprenait les conséquences de sa volte-face. En renonçant à sa requête, Vincent devra donc purger le reste de sa peine - soit huit ans de prison pour un total de 25 - avant de demander sa libération conditionnelle.

Tué pour 15 000$

La victime, Donald Duval, était un homme d'affaires sans histoire. Son partenaire d'affaires Louis-Philippe Rochon l'a fait assassiner dans l'espoir de toucher une prime d'assurance vie de 1,1 million de dollars que M. Duval avait contractée en cas de décès.

M.Rochon, qui a commandé le meurtre, avait de graves problèmes financiers en plus de devoir environ un demi million à M. Duval. Le meurtre a été minutieusement planifié.

C'est là qu'André Vincent entre en scène.

Rochon a embauché Vincent et son complice, Gaston St-Pierre, pour exécuter le contrat. Les deux hommes devaient toucher 15 000$ pour leur crime. 

Le 9 octobre 1996, M. Rochon a invité son partenaire d'affaires au restaurant. En sortant du resto, une fois rendu dans le stationnement, M. Duval, 67 ans, a été enlevé par les deux tueurs. Ces derniers ont caché la victime dans une voiture, puis Vincent s'est mis à la tabasser à coups de poings pour finalement l'étrangler avec une ceinture de sécurité.

Le cadavre a ensuite été abandonné sur le bord de la route. C'est un cycliste qui a découvert le corps de M. Duval plus tard ce soir-là. Les tueurs avaient pris le temps de lui voler ses bijoux et ses effets personnels. 

André Vincent a été trouvé coupable de meurtre prémédité au terme d'un procès en 1999.

Sa prise de conscience a été tardive. De son propre aveu, Vincent dit avoir commencé à réaliser les torts causés à la victime et à sa famille seulement en 2007. 

Puis, en 2010, l'accusé a perdu sa mère, décédée dans son sommeil. «Je pouvais me consoler en me disant qu'elle n'avait pas souffert. La famille de M. Duval, elle, ne pourra jamais se dire cela», a expliqué le meurtrier au jury. 

«Quand j'ai commis le meurtre en 1996, je me suis bâti un mur dans ma tête pour ne plus y penser», a raconté l'assassin. Or, après avoir suivi plusieurs programmes sur la gestion de la violence, son mur s'est mis à «s'effriter», a-t-il imagé. 

Hier, en voyant la famille de la victime et ces candidats jurés qui auraient aimé être ailleurs, «la dernière brique du mur» est tombée, a poursuivi le colosse aux bras tatoués debout dans le box des accusés.

«Je vais devenir un homme meilleur», a-t-il promis avant de reprendre le chemin des cellules.

La procureure de la poursuite, Me Rachelle Pitre, s'est ensuite adressée au meurtrier : «Les fils de la victime considèrent que c'est une bonne décision. Ils considèrent que c'est un pas de plus pour M. Vincent dans sa réhabilitation».

À leur sortie de la salle d'audience, deux des quatre enfants de la victime, devenus eux-mêmes pères de famille, étaient visiblement soulagés par la tournure des événements. 

«Ça a ouvert de vieilles plaies», a dit un des fils qui avait été obligé de témoigner au procès en 1999. A l'époque, l'accusé n'avait pas témoigné pour sa défense. Aujourd'hui, c'était donc la première fois que la famille de la victime entendait la version du meurtrier.

«Il semble être sur la bonne voie», a reconnu ce fils éploré. Du même souffle, il ajoute que l'abolition de cette mesure prévue dans le Code criminel par le gouvernement Harper est «vraiment une bonne chose». «On a vécu tellement de stress ces dernières temps à l'idée de devoir revenir à la cour», laisse tomber le fils de la victime qui a demandé à ne pas être identifié. 

L'avocate du meurtrier, Me Sandra Brouillette, n'avait jamais vécu un tel revirement dans sa carrière de criminaliste. «Mon client se sent libéré d'un poids. C'est une grande leçon d'humanisme et de réhabilitation je trouve», a-t-elle lancé aux médias présents.

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