Mort de Fredy Villanueva: des recommandations tardent à être appliquées

Une veillée à la chandelle a été tenue... (PHOTO ANNE GAUTHIER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Une veillée à la chandelle a été tenue l'année dernière à Montréal-Nord pour souligner le cinquième anniversaire de la mort de Fredy Villanueva.

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Il y a un an, le coroner André Perreault rendait public un rapport critique au sujet de l'intervention policière qui s'est soldée par la mort Fredy Villanueva, en 2008. Il avait formulé 22 recommandations pour éviter que ce genre d'événement ne se reproduise. Un an plus tard, le SPVM a appliqué la plupart des recommandations, ce qui n'est pas le cas du gouvernement. La Presse fait le point.

L'enquête du coroner aura mis quatre ans à aboutir. Quatre ans pour expliquer ces 90 secondes au cours desquelles un jeune homme de 18 ans est mort et deux de ses amis ont été blessés, après quoi tout un quartier de Montréal-Nord s'est embrasé.

«La mort de M. Villanueva a entraîné beaucoup de remises en question et nous a obligés à enrichir le programme», affirme le porte-parole de l'École nationale de police du Québec (ENPQ), Pierre St-Antoine.

Il faut dire que la moitié des recommandations du coroner visait les policiers. En 2013, une formation de trois heures sur le profilage racial et social a été ajoutée au programme de l'ENPQ, et plusieurs formations ont été enrichies.

Un grand chantier sur le profilage a aussi été entrepris au SPVM.

Ce dossier a été piloté par Fady Dagher, directeur adjoint de développement des processus d'innovation et des pratiques opérationnelles.

En 2011, le SPVM s'est notamment doté d'un plan stratégique de trois ans sur le profilage racial et social qui comprend notamment un programme d'échange avec les leaders des communautés culturelles.

«Les préjugés, les stéréotypes, tous les êtres humains en ont. Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable et se dire qu'on n'en a pas. La question est de savoir comment on les gère et on les détecte, surtout quand on porte un uniforme», indique M. Dagher.

Le plan prévoit également la création prochaine d'un bureau de service à la clientèle, a appris La Presse. «Ça permettra aux citoyens de communiquer avec le SPVM à un guichet unique pour les plaintes, les commentaires, les félicitations. Ça permettra de connaître la tendance du service donné aux citoyens.» Il existe déjà un bureau des plaintes, mais il ne relèvera plus des affaires internes.

Le coroner recommandait à la police de rendre publics les «indicateurs de performance» en matière de profilage. Le SPVM est actuellement en négociation avec une firme extérieure indépendante pour évaluer le plan stratégique des dernières années. «Je veux qu'on aille au fond des choses. Mon intention est de présenter les résultats au printemps 2015», affirme M. Dagher.

Malgré ces changements, Alexandre Popovic, de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), est d'avis que des tensions subsistent entre les jeunes du quartier et la police. «J'ai des échos de situations tendues et de contrôles d'identité injustifiés», soutient-il.

Bilan mitigé

Au ministère de la Sécurité publique (MSP), les progrès sont beaucoup plus difficiles à évaluer. Le coroner demandait qu'un document explicatif semblable à celui de l'ENPQ soit produit et contienne des indications claires sur l'emploi de la force, les circonstances où un policier peut dégainer son arme et les cas où il est justifié de viser les «centres masses», notamment.

«Le MSP n'a pas produit de document explicatif et il ne prévoit pas en produire un puisque celui de l'ENPQ est complet», a expliqué le porte-parole du Ministère, Clément Falardeau. Le MSP a toutefois entériné la décision de l'ENPQ d'adopter le modèle national d'emploi de la force en 2012. Ce document sera intégré dans la prochaine mise à jour de la pratique en matière d'emploi de la force.

«La recommandation posait problème. On ne sait pas trop ce que voulait dire le coroner. Voulait-il un résumé, une collecte de données ou des explications supplémentaires?», dit le criminologue de l'UdeM Rémi Boivin, qui estime que le modèle national d'emploi de la force adopté en 2012 est suffisant. Le coroner, Me Perrault, tout comme le sous-comité consultatif permanent en emploi de la force au MSP, ont décliné nos demandes d'entrevue.

Le coroner demandait aussi au MSP de s'assurer que les services de police ne munissent pas les patrouilleurs d'armes à feu capables de tirer de 3 à 8 balles en 1,5 seconde.

L'agent Lapointe a tiré quatre balles en moins de deux secondes, dont deux ont atteint Fredy Villanueva au thorax. Jeffrey Sagor Metellus a reçu une balle dans le dos et Denis Meas a été touché à l'épaule.

«Puisque les experts de l'ENPQ estiment que la rapidité de la séquence de tir pour les armes utilisées fait peu de différence dans ces circonstances, nous avons plutôt concentré nos actions sur la formation ainsi que sur les motifs de l'emploi de la force», a expliqué M. Falardeau.

Enfin, le coroner demandait que l'on enseigne aux élèves du secondaire les comportements à adopter en cas d'intervention ou d'interpellation policière. Cette recommandation n'est pas encore appliquée, mais Esther Chouinard, porte-parole du ministère de l'Éducation, assure que les travaux sont en cours.

La pauvreté toujours présente

Dans son rapport, le coroner recommande aussi à la Ville de Montréal et à l'arrondissement de Montréal-Nord d'établir un plan d'action pour contrer la pauvreté et l'exclusion sociale.

Sur le terrain, les intervenants n'ont pas attendu le rapport pour agir. Une table de concertation appelée Montréal-Nord en santé, qui regroupe des organismes et des élus, a mis sur pied un plan d'action en 2008. La Ville a aussi augmenté les budgets de l'arrondissement pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. De 760 000$ en 2008, ils sont passés à près de 1 million de dollars en 2013.

Plus de 7 millions ont été investis dans les infrastructures de sport et les parcs. «Il y a eu surtout des initiatives de revitalisation du territoire, et on voit les résultats», constate Brunilda Reyes, membre de la table de concertation.

«Mais on ne peut pas éradiquer la pauvreté avec un beau parc, il faut de la formation et travailler à la persévérance scolaire», poursuit-elle. La pauvreté est toujours bien présente dans le quartier, où un ménage sur trois est considéré comme à faible revenu, selon la table de concertation.

Les efforts se poursuivent et un plan de développement social vient d'être établi pour la période 2014-2019. L'emploi, l'éducation et les logements abordables comptent parmi les priorités.

«Maintenant, ce plan a besoin des engagements du gouvernement, mais quand on voit les coupes qui sont faites en ce moment... ça n'aide pas notre cause», s'inquiète-t-elle.

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