Tuée après avoir fait libérer son mari

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Anuja Baskaran

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Malgré le fait que son mari venait de plaider coupable à trois accusations de violence conjugale à son égard, Anuja Baskaran a imploré la cour de le libérer en attendant le prononcé de sa peine. C'était le 29 juin dernier, à Montréal. Le voeu de la femme de 21 ans a été exaucé. Son mari a été libéré. Six semaines plus tard, Anuja, originaire du Sri Lanka, est morte la gorge tranchée.

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Sivaloganathan Thanabalasingam

Depuis, les dossiers du mari devenu veuf, Sivaloganathan Thanabalasingam, 27 ans, se succèdent devant les tribunaux: des dossiers de violence conjugale pour lesquels il doit recevoir sa peine, en principe mercredi, et un procès pour meurtre à venir. En cette période de sensibilisation à la violence faite aux femmes, du 25 novembre au 10 décembre, l'histoire d'Anuja fait ressortir les enjeux relativement nouveaux de cette bataille qui n'est pas gagnée: les particularités culturelles viennent complexifier le travail, à la fois sur le terrain et devant les cours de justice.

Quand elle a témoigné en Cour du Québec, le 29 juin dernier, les mots en tamoul déboulaient en cascades de la bouche d'Anuja pendant que l'interprète traduisait. Elle n'en avait plus que pour deux jours à la maison d'hébergement où on l'avait accueillie, a-t-elle dit.

D'un ton égal, presque comme une récitation, elle a assuré qu'elle aimait beaucoup son mari et que lui aussi l'aimait beaucoup. «Je n'ai pas peur de mon mari. Je peux garantir qu'il n'y aura plus de problème entre moi et mon mari.»

Précédemment, lors de l'un des incidents, Anuja avait pourtant confié aux policiers qu'elle s'était retrouvée mariée à Sival sans trop savoir pourquoi. Un mariage arrangé, qui impliquerait un prêt de 50 000$ de la famille de Sival à celle d'Anuja. C'est du moins ce qu'a fait valoir la Couronne.

Des incidents

Arrangé ou pas, le mariage, qui aurait été célébré le 17 avril 2011, s'est vite révélé houleux. Après avoir été évincé d'un logement pour non-paiement de loyer, le couple s'est retrouvé à vivre dans le sous-sol chez les parents d'Anuja. Le premier incident signalé à la police est survenu le 5 décembre 2011 et s'est produit dans le contexte d'une dispute pour un «document de mariage». Sival a frappé Anuja une dizaine de fois à la tête, l'a poussée au sol et l'a traînée. Il a été accusé et remis en liberté.

Le deuxième incident est survenu le 2 janvier 2012, vers 16h. Anuja essayait de capter l'attention de son mari parce qu'ils avaient une course à faire. N'y parvenant pas, elle l'a poussé. Sival a rétorqué en l'agrippant par les cheveux et lui a donné plusieurs coups de poing. Il a été arrêté et remis en liberté sous conditions, dont celle de ne pas s'approcher d'Anuja.

Il n'a pas respecté cette condition puisque le troisième incident s'est produit vers 1h, le matin du 30 mai, dans le sous-sol des parents d'Anuja. Une querelle a dégénéré. Les policiers sont arrivés, et le père d'Anuja leur a demandé de ne pas arrêter son gendre, qu'il aurait décrit comme «un bon garçon». Ce dernier a tout de même été arrêté et accusé. Cette fois, le juge Salvatore Mascia l'a gardé détenu.

Très solide

Que s'est-il passé ensuite avec Anuja? Selon ses dires, elle s'est retrouvée dans une ressource d'hébergement. Le 28 juin, le dossier est retourné devant le juge Mascia. Anuja voulait manifestement retirer ses plaintes, car la Couronne a signalé que «peu importe l'intention de la victime, c'est la Couronne qui décide d'aller de l'avant», avec un dossier «très solide». L'accusé n'avait pas encore la citoyenneté canadienne. La Couronne a choisi de procéder par voie sommaire plutôt que par acte criminel, ce qui lui laissait plus de chances vis-à-vis de l'immigration. Sival a plaidé coupable sous tous les chefs. Il était prêt à poursuivre une thérapie contre la colère, qu'il avait plus ou moins commencée dans le passé. On faisait aussi valoir qu'il avait besoin de sa femme dans son commerce de vente de légumes.

Comme la Couronne était d'accord, le juge a consenti à la libération de Sival et lui a imposé diverses conditions, dont celle de ne pas avoir de couteau, sauf pour se nourrir et aux fins de son travail. Il devait retourner devant le juge Mascia le 17 octobre.

Le couple est allé demeurer dans un logement en sous-sol à Ahuntsic. Le 11 août, Anuja est morte poignardée au cou dans ce logement. Accusé de meurtre non prémédité, Sival attend derrière les barreaux d'être jugé.

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