Rivière Richelieu: elle se noie sous les yeux de ses amis

Au terme de plusieurs heures de recherches, les... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Au terme de plusieurs heures de recherches, les plongeurs de la Sûreté du Québec ont repêché le corps de Julia Latour, 19 ans, engloutie dans les eaux du Richelieu, dimanche après-midi.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Gabrielle Duchaine
La Presse

(Saint-Jean-sur-Richelieu) Le Québec compte déjà 39 noyades en 2012, dont 26 depuis le début de la saison chaude. C'est 14 de plus qu'à pareille date l'an dernier. Dans une dizaine de cas, les victimes se trouvaient dans un bateau au moment du drame. La majorité ne portait pas de gilet de sauvetage. Mardi, c'est la dépouille d'une étudiante dans la fleur de l'âge que les secouristes ont dû sortir du fond de la rivière, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Les proches de Julia Latour attendaient depuis près de 48 heures, les yeux rivés vers le large, lorsque son corps a finalement été trouvé, mardi vers 15h10, par les plongeurs de la Sûreté du Québec dans les eaux sombres de la rivière Richelieu.

Serrés les uns contre les autres sur la berge, ils ont été nombreux à éclater en sanglots. Tout espoir, aussi infime soit-il, de la retrouver vivante venait de s'envoler avec la macabre découverte. Lentement, ils ont décroché leurs regards des bateaux de sauvetage, dont un transportait la dépouille, et se sont rendus au Collège militaire de Saint-Jean pour identifier le corps.

La jeune femme, nageuse accomplie, assurent les policiers, est tombée à l'eau dimanche au moment où elle terminait une journée de planche nautique (wakeboard) avec des amis. Le bateau à moteur rentrait lentement à la marina Le Nautique de Saint-Jean-sur-Richelieu. Il faisait soleil. Julia était assise avec deux autres filles à l'arrière de l'embarcation, les pieds par-dessus bord. Tout à coup, elle a glissé dans la rivière. Elle n'est jamais remontée.

«Ses amies ont pensé qu'elle voulait se baigner, explique le sergent Serge Mainville, de la police de Saint-Jean. Ne la voyant pas réapparaître, ils sont tout de suite allés à son secours.» En moins de deux minutes, les jeunes étaient à l'eau. Un des passagers est sauté jusqu'à dix fois de suite dans l'espoir de la retrouver. En vain. Le fond de la rivière est tapissé d'algues et de roche. Sous l'eau, on ne voyait pas à deux pieds devant soi.

Pourquoi l'adolescente n'est-elle pas remontée d'elle-même? Les hypothèses sont nombreuses. Si l'alcool et la vitesse ont déjà été exclus par les policiers, il est possible qu'elle ait souffert d'un malaise avant de tomber. Elle s'est peut-être aussi cogné la tête sur la roche ou sur la coque. L'autopsie le dira. Une chose est sûre, toutefois, elle ne portait pas son gilet de sauvetage, qu'elle avait abandonné, comme les six autres passagers, au fond du bateau.

Malgré les appels répétés à la prudence, une recension menée par la Société de sauvetage entre 2000 et 2008 révèle que dans 70% des cas de noyadesimpliquant des embarcations nautiques, les victimes ne portaient pas de gilet. Dans 7% des cas, il n'était pas porté adéquatement.

Le week-end dernier, ce manque de prudence a fait de nouvelles victimes. Un homme de 25 ans a sombré dans le fleuve Saint-Laurent à Bécancour après avoir sauté à l'eau pour tenter de libérer un bateau enlisé. Vendredi soir, à Saint-Donat, dans Lanaudière, un père qui tentait de secourir son fils de 15 ans s'est noyé dans le lac Ouareau. Le fils s'en est sorti. Deux hommes sont morts dans la rivière des Outaouais. Puis, il y a le cas aussi tragique qu'inattendu de Julia Latour.

Sa mort a semé la consternation. «Nous sommes tous sous le choc», a confié une amie quelques heures avant que l'on trouve le corps. À la marina Le Nautique, où la jeune étudiante originaire de Saint-Hubert était une invitée, des employés traumatisés ont obtenu congé. «On les connaît tous, ces jeunes-là. On les salue, on leur sert de la crème glacée, ils viennent au poste d'essence», raconte le propriétaire, Pierre Sénécal. «C'est extrêmement triste. C'est tellement une belle jeunesse. C'est terrible, toutes ces noyades qui se succèdent.» Selon lui, le propriétaire du bateau, père d'un ami de la victime, est son client le plus «legit» (qui respecte le mieux les règles).

_____________________________________

Les noyades depuis le 1er janvier

39

Nombre de personnes noyées au Québec depuis le 1er janvier 2012, selon les chiffres de la Société de sauvetage.

25

Nombre de personnes qui s'étaient noyées à pareille date en 2011. L'année 2012 est donc marquée par une augmentation de 56% des noyades par rapport à l'an dernier, en date du 3 juillet.

3

Nombre de noyades causées par des accidents de motoneige et de VTT sous lesquels la glace a cédé cette année.

72

Âge de la victime de noyade la plus âgée cette année. La femme avait disparu au cours de la nuit du 4 au 5 janvier et a été repêchée dans la rivière des Prairies.

11 mois

Âge de la plus jeune victime de noyade cette année. Le bébé a été trouvé inanimé dans son bain, à Laval.

Mieux qu'à l'époque

Si l'année 2012 semble être jusqu'ici le théâtre d'une recrudescence des morts par noyade, il reste que le bilan des dernières années est plus reluisant que celui du milieu des années 90, période particulièrement funeste sur les cours d'eau et les piscines.

1992: 130 noyades

1993: 134 noyades

1994: 117 noyades

1995: 127 noyades

1996: 146 noyades

2007: 81 noyades

2008: 80 noyades

2009: 62* noyades

2010: 78* noyades

2011: 81* noyades

*Chiffres toujours non officiels

(Source: Société de sauvetage)

- Vincent Larouche

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