Les raéliens ont gain de cause

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Le Journal de Montréal a utilisé des méthodes clandestines «non justifiées» lors d'un reportage d'infiltration chez les raéliens, estime le juge de la Cour du Québec, Charles G. Grenier.

Dans une décision rendue à la fin mars à la division des petites créances, le juge Grenier condamne conséquemment la Corporation Sun Media à payer des dommages totalisant environ 10 000$ à deux disciples de Raël, qui n'ont pas apprécié d'être identifiés dans le Journal. Monsieur A et Madame B (on ne peut plus les identifier), respectivement entrepreneur en construction et psychologue, se plaignaient d'atteinte à leur vie privée, en raison notamment de «l'utilisation non autorisée» de leur nom et de leur photo. 

L'article dans lequel ils apparaissaient a été publié le 12 octobre 2003, et s'inscrivait dans le cadre d'une série de reportages-chocs réalisés par la journaliste Brigitte McCann et la photographe Chantal Poirier. Sous de faux noms et de faux motifs, celles-ci s'étaient jointes aux raéliens pendant plusieurs mois pour glaner des informations de l'intérieur, et les étaler au grand jour. La série avait fait grand bruit et avait été suivie par la publication d'un livre, intitulé Raël: Le journal d'une infiltrée.

Plusieurs raéliens ont intenté des poursuites aux petites créances à la suite de ces reportages, mais la majorité a été déboutée en 2007 par un autre juge. Pour sa part, le juge Grenier a entendu les doléances de Monsieur A et Madame B, et il leur a donné raison.

«Ça te tenterait d'être raélienne?»

Aux petites créances, les parties ne sont pas représentées par un avocat. Serge Labrosse, cadre de la rédaction au Journal de Montréal, est venu expliquer le pourquoi et le comment de la série. Il n'y avait pas d'autre moyen pour savoir la vérité et aller «au-delà du miroir» que voulait bien donner le mouvement raélien, a-t-il fait valoir, en invoquant la manipulation médiatique par le groupe raélien, et le droit du public à l'information. Ces arguments n'ont manifestement pas convaincu le juge, qui a émis de «sérieuses réserves» face à ce raisonnement.

«Qui en effet va décider, sinon le média concerné lui-même si une organisation quelle qu'elle soit... manifeste un manque d'ouverture tel face aux interrogations du média, qu'elle doive faire l'objet de moyens d'enquête clandestins?», demande-t-il. Il poursuit en disant que si les activités d'un groupement ou d'une organisation sont légales et de nature privée, qu'est-ce qui peut bien justifier l'emploi de méthodes clandestines.

Le juge fustige également la «désinvolture» avec laquelle Sun Media a abordé cette affaire. Dans son livre, la journaliste McCann racontait que tout a commencé lorsque son patron, une journée, lui a lancé: «Est-ce que ça te tenterait d'être raëlienne? Elle n'avait que quelques secondes pour répondre. Elle a dit oui. Elle avait carte blanche. Ne sachant trop comment faire, elle s'est inspirée du film de fiction Reservoir Dogs, de Quentin Tarantino. Un aveu candide (dans son livre) qui a manifestement renversé le juge.

Outre le «manque de sérieux», le juge se demande si Sun Media réalise la portée de ce qu'il demande à ses employés, et le fait que ça pourrait mal tourner pour eux, au point de vue de leur sécurité. Au bout du compte, il donne raison aux deux raéliens.

Une décision aux petites créances est finale et sans appel. Ce jugement apparaît comme une charge en règle contre la méthode d'infiltration journalistique. «L'enjeu juridique et démocratique est donc de taille et des balises restent à venir en provenance des tribunaux supérieurs», note-t-il.

Quelle sera la portée de ce jugement? Me Bernard Pageau, de Quebecor, n'a pas voulu s'entretenir avec La Presse à ce sujet, hier. Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, François Bourque, n'avait pas encore pris connaissance du jugement, hier. Il faut dire que ce jugement est passé complètement inaperçu à la fin mars. En fait, c'est le mouvement raélien qui, fier de son coup, l'a rendu public récemment.

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