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Une usine et 1000 emplois sur le golf d'Anjou?

Le terrain du Club de golf Métropolitain Anjou,... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Le terrain du Club de golf Métropolitain Anjou, dans l'est de Montréal, est dans la ligne de mire d'une entreprise étrangère du secteur des énergies propres pour y déployer un projet de 1,8 milliard US et créer 1000 emplois directs, a appris La Presse.

Photo Olivier Jean, La Presse

L'immense terrain du Club de golf Métropolitain Anjou, dans l'est de Montréal, est dans la ligne de mire d'une entreprise étrangère du secteur des énergies propres pour y déployer un projet de 1,8 milliard US et créer 1000 emplois directs, a appris La Presse.

Rajdeep Basu, président de Solargise, une entreprise étrangère du secteur... (Photo Edouard Plante-Fréchette, Archives La Presse) - image 1.0

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Rajdeep Basu, président de Solargise, une entreprise étrangère du secteur des énergies propres.

Photo Edouard Plante-Fréchette, Archives La Presse

La société britannique Solargise a mis au point une nouvelle technologie de panneaux solaires sans plastique et presque entièrement recyclables. Elle a déjà des ententes de principe avec deux États du sud de l'Inde pour la vente de 2,5 GW d'énergie. Il ne lui reste qu'à construire une usine, et Montréal est l'endroit privilégié, selon le président de Solargise, Rajdeep Basu.

« Montréal est au sommet de la liste des concurrents », a confirmé hier M. Basu en entrevue à La Presse. Ce dernier souhaite conclure le dossier d'ici à la fin de l'été et entreprendre la construction de l'usine avant la fin de l'année.

Le projet n'a pas encore obtenu l'aval de la Ville de Montréal, qui a annoncé en mai l'annexion de la moitié de la superficie du Club de golf Métropolitain Anjou pour agrandir le parc-nature du Bois-d'Anjou.

Montréal n'est toutefois pas la seule terre d'accueil ciblée. Au Québec, Valleyfield et Gatineau sont également sur les rangs. Le véritable concurrent est toutefois l'Ontario, confirme M. Basu, sans dévoiler quels sont les endroits dans cette province où il pourrait implanter l'usine de Solargise.

Selon Rajdeep Basu, le terrain dans l'est de Montréal présente tous les avantages recherchés. Il compte 200 acres, bénéficie de la proximité d'une ligne de transmission électrique, alors que l'entreprise aura besoin de 550 MW, offre l'accès aux autoroutes, au transport par train et par voie maritime, et se trouve au coeur d'un important bassin de travailleurs.

Lors de la première phase de développement, l'embauche de 800 personnes est évoquée. Il s'agit d'emplois qualifiés (salaire d'environ 60 000 $/année) pour lesquels l'entreprise fournira la formation. À terme, ce sont 1000 personnes qui pourraient travailler chez Solargise, affirme son président.

ACCOMPAGNEMENT GOUVERNEMENTAL

À quelques semaines du déclenchement des élections, plusieurs ministères et organismes du gouvernement du Québec accompagnent l'entreprise dans le développement de son projet. La firme de relations publiques National a été mandatée pour ouvrir des portes politiques et administratives depuis décembre dernier.

Au cabinet de la ministre du Développement économique, Dominique Anglade, on confirme que le Ministère soutient Solargise. « Il s'agit d'un projet intéressant », a souligné Guillaume Bérubé, attaché de presse de Mme Anglade, qui a rencontré les représentants de l'entreprise il y a déjà quelques mois.

Investissement Québec, la Caisse de dépôt et placement, Montréal International, Hydro-Québec et la Chambre de commerce de l'est de Montréal collaborent au projet Solargise.

« Oui, nous sommes dans ce projet-là, qui est d'une grande importance dans le domaine des "cleantechs", excessivement intéressant pour le Grand Montréal et tout le Québec. C'est rare que ça arrive, un projet de cette envergure avec un investissement étranger », mentionne Hubert Bolduc, président-directeur général de Montréal International. 

Fayolle Canada, à qui appartient l'entrepreneur Magil Construction, est également impliqué dans le projet à titre de constructeur. « C'est un projet très porteur. Solargise produira de l'énergie verte avec de l'énergie verte, puisque l'on prend de l'hydroélectricité pour produire des panneaux solaires dans un processus qui est peu polluant. [...] C'est ce que l'on appelle des cleantechs », souligne le vice-président Denis Choquette.

INVESTISSEMENTS

À la Chambre de commerce de l'est de Montréal, la présidente-directrice générale Christine Fréchette voit l'occasion de redonner un élan à l'Est. « Ce serait une excellente nouvelle si ce projet se réalise, par son ampleur. Cela compenserait la perte de Molson [qui déménagera à Longueuil]. Mais ce sont des emplois encore mieux que ceux de Molson, puisque l'on parle d'économie du savoir. L'Est a besoin de se renouveler et d'actualiser son image économique. Et les technologies propres sont un créneau d'avenir », a indiqué Mme Fréchette.

Le projet de Solargise totalise un investissement de 1,8 milliard US ou 2,3 milliards CAN. Jusqu'à maintenant, 560 millions sont garantis, ce qui correspond à la phase 1 du projet, explique M. Basu.

Quant à la possibilité d'une aide gouvernementale, il n'en est pas encore question pour le moment. D'ailleurs, M. Basu souligne que son entreprise ne demande pas de traitement de faveur, mais souhaite bénéficier des programmes offerts, notamment en matière de recherche et développement.

Aucune demande formelle n'a été déposée.

ALÉAS MUNICIPAUX

Chose certaine, Rajdeep Basu se montre satisfait de l'intérêt suscité par son projet. 

« Tout le monde a apporté du soutien, mais pour aller de l'avant, il faut maintenant sélectionner le site et engager des discussions avec la municipalité », explique-t-il. 

À l'arrondissement d'Anjou, le maire Luis Miranda est enthousiaste. Une rencontre a eu lieu jeudi dernier, ce qui a conforté le maire dans son appui au projet. « Les financiers et les représentants de l'entreprise voulaient savoir à quelle vitesse ils pourraient obtenir les approbations nécessaires, parce qu'ils veulent débuter la construction... hier, si vous voyez ce que je veux dire », a relaté M. Miranda.

Le maire soutient qu'habituellement, 30 jours sont nécessaires aux fonctionnaires d'Anjou pour délivrer les permis nécessaires. « Mais je leur ai dit : pour un projet comme le vôtre, même s'il faut que je fasse travailler les gens en temps supplémentaire samedi et dimanche pour sortir les permis, on va le faire. Quand on parle d'un projet comme celui-là, il faut sortir le tapis rouge », a lancé M. Miranda.

Le hic, c'est que le responsable des parcs au comité exécutif de la Ville de Montréal, Luc Ferrandez, a annoncé l'agrandissement du parc-nature du Bois-d'Anjou en mai dernier. Selon Luis Miranda, cela équivaut « à mettre des bâtons dans les roues du projet ».

Le projet de M. Ferrandez, qui a été adopté par le comité exécutif de Montréal, prévoit l'annexion de terrains, dont près de la moitié de la superficie du Club de golf Métropolitain Anjou. Le terrain de golf est une propriété privée. Il appartient à la famille Di Lillo. L'actuel boisé d'Anjou qui appartient à Montréal est situé au nord du terrain de golf, dans une zone industrielle lourde.

Il a été impossible de parler à Luc Ferrandez, qui est en vacances. On souligne toutefois que le projet Solargise ne respecte pas le schéma d'aménagement de l'agglomération de Montréal. Tout au plus indique-t-on que le projet a été présenté au Service de développement économique et qu'« il est présentement à l'étude ».

Chez National, André Bouthillier insiste pour dire qu'il y a des « discussions constructives avec Montréal ». « Ils sont conscients que c'est un excellent projet qui répond à la nouvelle stratégie de développement économique présentée par la mairesse en avril dernier », a-t-il assuré.

M. Bouthillier précise qu'une demande de rencontre a été formulée auprès du cabinet de Valérie Plante. Cette dernière est en vacances pour quelques semaines.

QUI EST SOLARGISE ?

Solargise est une entreprise britannique créée il y a 10 ans par Rajdeep Basu. Une filiale canadienne a été mise en place en mai dernier, selon le Registre des entreprises du Québec. On y précise que l'activité de Solargise est l'exploitation d'une usine de fabrication de silicium polycristallin brut, « un composant essentiel dans l'industrie de la fabrication de panneaux solaires photovoltaïques ». M. Basu est à l'origine de cette nouvelle technologie brevetée. Une usine-pilote a été aménagée en Italie, puis des tests que M. Basu estime « concluants » ont été réalisés dans un désert aux Émirats arabes unis pendant deux ans. Ce sont ces résultats qui ont permis à Solargise de signer des ententes de principe avec les États de l'Inde Andhra Pradesh et Karnataka pour la vente de panneaux solaires qui sont garantis pour 30 ans. Solargise ne compte actuellement qu'une quarantaine d'employés, principalement des chercheurs.




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