100 premiers jours de Valérie Plante: un début de mandat entaché par la hausse de taxes

La mairesse Valérie Plante... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse)

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La mairesse Valérie Plante

Photo Hugo-Sébastien Aubert, archives La Presse

Alors que Valérie Plante franchit aujourd'hui le cap symbolique des 100 premiers jours à la mairie de Montréal, la hausse de taxes dans son premier budget a « entaché » son début de mandat, estiment six experts consultés par La Presse. Au point où plusieurs bons coups ont carrément été éclipsés.

PREMIÈRE IMPRESSION

« Malheureusement, le budget a teinté cette espèce d'optimisme rayonnant qu'il y avait après les élections. Les lunettes roses se sont assombries », constate Rémy Trudel, ex-ministre des Affaires municipales, aujourd'hui professeur invité à l'École nationale d'administration publique (ENAP). Même son de cloche du côté de Louise Harel, ex-chef de l'opposition à Montréal et aussi ex-ministre des Affaires municipales. « Ç'a été très difficile depuis le dépôt du budget. Tous les bons coups, comme les 300 autobus hybrides ou les inspecteurs en insalubrité, sont entachés par un sentiment de perte de confiance dans la population », observe-t-elle.

PROMESSE DE CHANGEMENT

Valérie Plante n'est pas la première élue à augmenter les taxes davantage que promis en campagne - Denis Coderre et Gérald Tremblay l'ont fait avant elle -, mais les électeurs lui en tiennent davantage rigueur, constate Danielle Pilette, professeure associée à l'UQAM. « Ça a choqué parce qu'après s'être engagée en campagne, elle l'a répété après son élection et l'a réitéré après avoir découvert le supposé trou dans les finances. » Cette spécialiste en gestion municipale explique également le ressac par le fait que Valérie Plante a été élue sur une vague de changement. « La promesse symbolique était de faire les choses autrement, et augmenter les taxes de façon plus importante en première année de mandat, c'est justement un truc de vieux politicien. Ça ne cadrait pas avec le discours de changement pour lequel elle a été élue. »

DES BONS COUPS ÉCLIPSÉS

La grogne suscitée par la hausse de taxes a porté ombrage à plusieurs bonnes décisions, notent les observateurs. Danielle Pilette estime notamment que Valérie Plante a réalisé un « excellent coup » en annonçant en début de mandat le lancement d'un appel d'offres pour l'achat de 300 autobus hybrides. L'abandon de la Formule E envoyait aussi un bon signal. « Ça donne une bonne image de probité face aux demandes des promoteurs, particulièrement étrangers. Ça donne une image de redressement », poursuit la professeure de l'UQAM. Des petits gestes, comme le rétablissement du registre des visiteurs à l'hôtel de ville, ont également eu une forte valeur symbolique. Louise Harel salue pour sa part la décision d'ajouter des inspecteurs en insalubrité, ainsi que l'abolition du programme qui favorisait la réfection des terrains de baseball au détriment des autres plateaux sportifs.

VAGUE ORANGE MUNICIPALE ?

Ce départ difficile risque d'entacher le reste du mandat, croient certains observateurs. « Tout le monde savait que l'équipe n'avait pas beaucoup d'expérience, mais tout le monde était prêt à donner une chance parce qu'on voulait du changement. Maintenant, est-ce l'équivalent municipal de la vague orange qu'on a eue au Québec [aux élections fédérales de 2011] ? C'était une question au lendemain de l'élection et ça le demeure », dit Danielle Pilette. Louise Harel note que les électeurs ont la mémoire longue... mais peuvent pardonner. Elle rappelle que les Montréalais ont longtemps tenu rigueur à Jean Doré de ne pas s'être déplacé à l'été 1987 lors d'importantes inondations. « Ça lui a été reproché durant tout son mandat et il a pourtant fait de bonnes choses », se rappelle-t-elle. Celui-ci a néanmoins été réélu aux élections suivantes.

GESTE FORT ATTENDU

Plusieurs soulignent que Valérie Plante devra poser rapidement des gestes forts pour rétablir son image. « Son bilan n'étant pas complètement positif, elle va avoir besoin d'un autre 100 jours pour s'établir. Plus tôt que tard, elle devra démontrer qu'elle a toutes les compétences, les aptitudes pour gouverner. Elle devra poser des gestes pour démontrer qu'elle a bien en main les rênes de la Ville », dit Louis Aucoin, stratège en communications à la tête de la firme Tesla PR. Louise Harel abonde dans le même sens. « Si Denis Coderre a perdu, c'est parce que les gens avaient perdu confiance. Ils n'avaient plus l'impression d'avoir l'heure juste. Pour regagner la confiance, il va falloir une déclaration très forte, dire que ça ne se reproduira plus, que les taxes n'augmenteront plus au-delà de l'inflation. »

TIRER DES LEÇONS

Devant ce départ difficile, Rémy Trudel estime que l'administration Plante devra tirer d'importantes leçons. « C'est clair comme de l'eau de roche que ces 100 premiers jours ont été 100 jours d'apprentissage : apprendre comment travailler avec des structures lourdes comme celles de Montréal. Et l'apprentissage a été dur. » L'ex-ministre juge que la nouvelle administration devra ainsi mieux expliquer ses décisions, notamment aux villes liées qui ont mal digéré l'augmentation de leurs quotes-parts. « Quand on fait des hausses d'une telle ampleur, il y a des raisons. Elles deviennent de bonnes raisons quand elles sont bien expliquées. Et pour cela, il faut dépenser de la salive », illustre l'ex-ministre. Celui-ci espère ainsi voir la nouvelle administration entreprendre très rapidement la préparation de son prochain budget, même s'il ne sera pas présenté avant novembre.

MINCE MARGE DE MANOEUVRE

La mairesse doit aussi apprendre à composer avec une marge de manoeuvre réduite, estime Bertrand Schepper, chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS). « Projet Montréal s'est donné beaucoup de défis pour les prochaines années et va devoir être habile pour se donner une marge de manoeuvre. Sa marge est moins grande que pour Justin Trudeau ou Philippe Couillard parce que les citoyens se sentent plus proches. On a l'impression qu'on a plus de pouvoir que sur une élection provinciale ou fédérale, l'impression qu'on vit tous les jours les effets des décisions. » Louise Harel y voit également un effet du suffrage universel, un maire étant élu par tous les citoyens, contrairement aux premiers ministres, pour qui les électeurs ne votent pas directement.

MISER SUR L'ÉQUIPE

Louis Aucoin estime que Valérie Plante fait bien de miser sur son équipe pour défendre les dossiers, mais que son administration devra apprendre à mieux coordonner ses sorties. « Avec Denis Coderre, tout gravitait autour de lui. Valérie Plante n'a pas cette force gravitationnelle », constate Louis Aucoin. Miser sur l'équipe est d'autant plus important que le spécialiste en communication note que la mairesse fait face à une « opposition solide », plusieurs de ses membres ayant longtemps dirigé Montréal. En misant sur son entourage, Valérie Plante a réussi à marquer un important changement de style avec son prédécesseur, observe pour sa part Pascale Dufour, professeure de science politique de l'Université de Montréal. « L'épisode de M. Ferrandez [sur l'« amateurisme »] montre qu'elle ne va pas essayer de mettre le couvercle dès qu'il y a des dissensions. C'est une bonne nouvelle pour la politique municipale. »

Les 100 premiers jours en 10 dates

7 NOVEMBRE

Critiquée en campagne pour son manque de contacts politiques, Valérie Plante entame son mandat par un geste symbolique en rencontrant Martin Coiteux, ministre des Affaires municipales, deux jours à peine après son élection. Elle multipliera les rencontres officielles, recevant tour à tour le premier ministre canadien, Justin Trudeau, le 19 décembre, ainsi que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, le 18 janvier.

30 NOVEMBRE

La mairesse entreprend ses premiers voyages à l'étranger en se rendant à Toronto, à Chicago et enfin à Paris. Ces missions se déroulent principalement sous le signe des transports et des changements climatiques.

6 DÉCEMBRE

Crise au SPVM : le ministre Martin Coiteux annonce la suspension du chef de police de Montréal et la nomination temporaire de Martin Prud'homme.

12 DÉCEMBRE

Le réseau TVA diffuse un reportage sur une demande d'accommodement de la part d'une mosquée, informations qui s'avéreront fausses. La mairesse est toutefois critiquée pour sa réaction tardive.

18 DÉCEMBRE

Valérie Plante annonce que Montréal se retire de la Formule E en raison des coûts élevés pour maintenir l'événement.

20 DÉCEMBRE

L'administration Plante lève les interdictions qui touchaient les pitbulls dans le règlement sur les animaux dangereux adopté par la précédente administration.

9 JANVIER

Montréal annonce le lancement d'un appel d'offres pour l'achat de 300 autobus hybrides.

10 JANVIER

L'administration Plante présente son tout premier budget, prévoyant des hausses de taxes de 3,3 %.

31 JANVIER

Présentation du programme triennal d'immobilisations qui met l'accent sur la réfection des réseaux d'eau et des infrastructures routières. Le plan confirme la disparition des trottoirs chauffants du projet de réaménagement de la rue Sainte-Catherine et l'abolition d'un programme favorisant la réfection des terrains de baseball.

7 FÉVRIER

Invité à réagir à un sondage mené pour La Presse sur la satisfaction des électeurs envers les premiers mois de mandat, Luc Ferrandez qualifie d'« amateurisme » la promesse de Projet Montréal de plafonner les hausses de taxes. La déclaration crée une petite commotion à l'hôtel de ville, poussant le maire du Plateau à s'excuser auprès de la mairesse.




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