Les coyotes rôdent près de garderies, les parents affolés

Des coyotes téméraires qui rôdent autour des parcs ou près des garderies montréalaises affolent des parents dans les arrondissements d'Ahuntsic-Cartierville et de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension. Trois personnes qui disent s'en être plaintes à leur mairie d'arrondissement n'ont jamais été rappelées.

La mairesse Émilie Thuillier indique que l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville a... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE) - image 1.0

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La mairesse Émilie Thuillier indique que l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville a installé « 60 affiches dans les parcs pour expliquer aux gens comment se comporter s'ils en croisent un [coyote]. » Sur notre photo, l'une des affiches à l'entrée d'un sentier du parc-nature de l'Île-de-la-Visitation.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Jean-Marc Miller revenait d'une partie de hockey avec son fils de 12 ans, à la mi-décembre, lorsqu'ils ont aperçu un coyote qui suivait une vieille dame en train de promener un petit chien près du parc du Sault-au-Récollet, dans Ahuntsic.

« Quand j'ai averti la dame en criant, elle a eu peur, et le coyote s'est sauvé vers le parc du Sault-au-Récollet, raconte M. Miller. Comme il avait l'air calme, j'ai décidé de le filmer. J'avais demandé à mon fils de rester dans l'auto, mais à l'instant où je me suis rendu compte qu'il était à côté de moi, le coyote lui a subitement foncé dessus. Il s'est carrément dirigé vers lui. »

Le père et le fils ont alors crié et tenté d'effrayer la bête, qui « n'avait pas l'air d'avoir peur ». La vidéo ne montre pas ce qui s'est produit après que l'animal a chargé, mais M. Miller affirme que le coyote a foncé directement sur son fils. 

« Il n'a pas montré ses crocs, mais il était agressif. Il a fallu que je lève les bras en l'air et que je me montre menaçant pour qu'il s'enfuie », raconte Jean-Marc Miller.

Il a ensuite appelé le 911, mais aucun policier n'est venu immédiatement. « Je suis reparti chez nous après l'avoir filmé de ma voiture alors qu'il gambadait sur le trottoir, où marchaient d'autres gens. »

« J'ai écrit un courriel à la mairesse d'arrondissement, Émilie Thuillier, mais elle ne m'a jamais contacté », déplore M. Miller.

« J'AI EU EXTRÊMEMENT PEUR »

La semaine dernière, Marie-Hélène Giguère, mère de deux enfants qui fréquentent le CPE Le Camélia, près du boulevard Saint-Michel, attachait la ceinture de sécurité de son bébé de 1 an lorsqu'elle a aperçu un coyote à moins de cinq mètres de sa voiture. « Il était vraiment proche. Il était tranquille, mais il venait quand même vers nous. J'ai eu extrêmement peur », raconte-t-elle. Son autre enfant, âgé de 3 ans, jouait sur le trottoir en attendant que sa mère ait terminé d'installer le bébé dans la voiture.

« C'est terminé, je ne le laisserai plus une seule seconde sur le trottoir. Si le coyote se balade en plein boulevard à l'heure de pointe, c'est qu'il n'a plus peur », croit Marie-Hélène Giguère.

Le secteur, qui se trouve près de l'ancienne carrière Saint-Michel, est l'épicentre d'une recrudescence d'apparitions de coyotes depuis quelques mois. Plus de 250 signalements ont été rapportés depuis juin dernier. La Ville de Montréal considère que ces animaux ne sont pas dangereux si on ne les nourrit pas ou qu'on ne les pourchasse pas. Les élus incitent la population à apprendre à « cohabiter » avec eux.

« J'habite près du parc de la Visitation et on a l'habitude des renards. Je veux bien cohabiter avec les coyotes, mais s'ils n'ont plus peur des humains, ce n'est pas possible », dit M. Miller.

Le comportement décrit par ces citoyens justifierait « tout à fait » que ces coyotes soient relocalisés ou abattus, estime le directeur de la gestion de la faune pour Montréal au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Carl Patenaude-Levasseur. « Un coyote agressif n'a pas sa place dans une ville. Le défi, c'est que les probabilités que le coyote soit toujours là quand les policiers ou les agents de la faune arrivent sur place sont faibles », dit-il. 

La Ville de Montréal a jusqu'à maintenant obtenu trois permis de trappage spéciaux pour attraper des coyotes jugés « inopportuns ». Entre juin et octobre, 16 individus « problématiques » ont été capturés dans le cadre de ce programme. Du nombre 12 ont été relocalisés et 4 abattus, dont au moins un avec une arme à feu.

La Ville a présentement entre les mains un permis qui lui permettrait dès maintenant d'embaucher un trappeur pour attraper les individus agressifs, affirme M. Patenaude-Levasseur. Aucun mandat de trappage n'a cependant été donné depuis le mois d'octobre par les élus.

Les citoyens préoccupés avec qui La Presse s'est entretenue ont dit avoir l'impression que les autorités se lançaient la balle. Après sa rencontre avec le coyote, Mme Giguère dit avoir appelé la Ville, où on lui a suggéré de contacter le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs. Elle n'avait toujours pas eu de retour d'appel au milieu de la semaine.  

PEU DE RÉPONSES

Un peu plus à l'ouest, rue de Louvain, la directrice du CPE Domaine St-Sulpice, Claire Vaillancourt, a aussi vu la semaine dernière un coyote qui rôdait dans la cour même de la garderie. « C'est un parent qui m'a alertée. Quand je suis arrivée, il était déjà en train de s'en aller », explique-t-elle.

« J'ai appelé le 911, mais ils ne se sont pas présentés. J'ai tenté de communiquer avec la mairie d'Ahuntsic-Cartierville, mais ils ne m'ont jamais répondu », ajoute Mme Vaillancourt. Originaire de la Côte-Nord, elle dit ne pas avoir très peur de ces animaux sauvages. « Quand j'habitais là-bas, c'était plus les ours qui nous inquiétaient. Les coyotes, c'est assez peureux. Mais j'aimerais quand même comprendre quelle est la stratégie de la Ville et des arrondissements, s'il y en a une. Parce que pour l'instant, le seul pouvoir que j'ai, c'est de fournir de l'information aux éducatrices et aux enfants, et de m'assurer qu'il y a toujours présence d'un adulte dans les aires de jeu », explique la directrice.

La mairesse de l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier (Projet Montréal), assure ne pas rester les bras croisés devant le problème. Elle s'explique mal pourquoi les messages des citoyens ne lui sont pas parvenus. « Je suis bien consciente que les gens ont peur ! Il reste qu'on ne peut pas exterminer les coyotes ; ils vont revenir. C'est utopique de croire qu'ils vont disparaître ; la seule chose qu'on peut faire, c'est apprendre à cohabiter avec eux. On va y arriver en travaillant sur le sentiment de sécurité des gens », affirme la mairesse.

« UN DOUBLE DISCOURS »

L'arrondissement dit avoir pris différentes mesures à cet effet, mais continue d'inciter les gens à appeler le 911 s'ils croisent un coyote agressif. « Nous avons mis 60 affiches dans les parcs pour expliquer aux gens comment se comporter s'ils en croisent un, nous avons distribué des milliers de lettres de sensibilisation de porte en porte. Nous avons aussi travaillé avec plusieurs écoles : 700 élèves ont reçu une formation, et nous avons donné sept ateliers au grand public sur la question », explique Mme Thuillier.

Jean-Marc Miller estime que la Ville tient « un double discours » en demandant aux gens de cohabiter avec ces animaux.

« Moi, je possède un chien, et si j'ai le malheur de laisser mon chien libre ou sans laisse, j'ai une contravention. Il y a quelque chose qui ne marche pas », dit Jean-Marc Miller.

À la garderie Les Moussaillons, tout près du complexe sportif Claude-Robillard, le directeur Eddy Khalladi dit avoir lui-même vu deux coyotes qui fouillaient récemment dans les poubelles situées à proximité, ces dernières semaines. Après avoir discuté avec des représentants de la Ville, il a revu sa politique de promenades à l'extérieur pour interdire toute balade avec les enfants dans les boisés avoisinants. « Quand un groupe d'enfants sort, j'exige qu'il y ait au minimum deux éducatrices à cause des coyotes », dit M. Khalladi. « Les parents s'énervent parfois un peu à cause des coyotes, mais ils savent que c'est la vie », ajoute avec philosophie le propriétaire de garderie.

La mairesse dit maintenant chercher une façon « de faire en sorte que les coyotes aillent moins dans nos rues ». « Le problème, c'est qu'on a détruit l'habitat naturel de ces animaux, qui vivaient depuis des années dans la carrière Saint-Michel. C'est super beau, le parc Frédéric-Back qu'on y a aménagé, mais c'est aussi une partie du problème », croit-elle.

En chiffres

253: Nombre de signalements de coyotes à Montréal depuis juin

5*: Nombre d'humains mordus rapportés

9*: Nombre de chiens mordus rapportés

16: Nombre de bêtes capturées par des trappeurs

12: Nombre de bêtes déplacées

4: Nombre de bêtes abattues

* Aucun incident du genre n'a été rapporté depuis octobre. Ces dossiers ont été traités par le Service de police de la Ville de Montréal et par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Ce n'est donc pas la Ville qui a vérifié les informations provenant des plaignants. Source : Ville de Montréal




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