Froid extrême: sillonner le centre-ville à la recherche des sans-abri

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Les refuges pour sans-abri de Montréal étaient mobilisés, mercredi, en vue de fournir un refuge à toute personne qui en aurait besoin durant la vague de froid extrême qui frappe la métropole.

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Les organismes venant en aide aux sans-abri étaient mobilisés, hier, afin d'offrir vêtements chauds, nourriture et refuge pour la nuit à toute personne qui en aurait besoin. La Presse a suivi l'équipe de la mission Old Brewery qui sillonnait le centre-ville de Montréal, à la recherche de gens en détresse dans la nuit polaire.

« On forme une équipe. » Yolette prend place devant et Yahia, au volant, fait démarrer le minibus d'une vingtaine de places. Sur le coup de 17h30, le duo de la mission Old Brewery sillonne les rues du centre-ville à la recherche de sans-abri qui auraient bien besoin d'un peu de chaleur. Encore plus par une nuit de froid sibérien.

« On fait la navette toute l'année, mais des soirs comme ce soir, c'est particulièrement occupé », raconte Yolette. Elle et son collègue ouvrent l'oeil, roulent lentement. « Yolette, regarde. Va voir. » La femme s'exécute. L'intervenante entre ici, dans un restaurant de la rue Sainte-Catherine, ou là, à l'entrée du métro Atwater. Elle parle avec ceux qui errent.

« Il y a en qui sont reconnaissants, d'autres moins, mais c'est rare », explique Yahia pendant que sa collègue vérifie les alentours d'une autre station de métro.

« Je ne travaille avec la [mission Old Brewery] que l'hiver. Ce n'est pas difficile, au contraire. C'est quelque chose que j'aime. C'est venir aider les gens qui en ont besoin. »

Une femme finit par entrer à l'intérieur de la navette garée le long de la rue, raccompagnée par Yolette. Peu vêtue, elle empoigne le premier manteau d'une pile déposée sur la banquette avant. « Je peux le prendre ? Merci, thank you. » Son visage s'illumine un instant, en l'enfilant. Yolette lui tend une paire de chaussettes sèches et une bouteille d'eau. « Thank you! »

La tournée au centre-ville est plutôt calme. « Les magasins sont encore ouverts. Ça va bouger plus tard, vers 22h », estime l'intervenante. Il n'est pas rare non plus, les soirs de grand froid que les sans-abri aient déjà trouvé refuge. Sinon, Yolette et Yahia se chargent de raccompagner les autres, comme Mario, vers la bonne ressource.

Un autre « bien équipé » préfère attendre un peu plus tard, assis dans le petit portique d'un commerce vide de la rue Sainte-Catherine. Il prendra quand même la bouteille d'eau et la boîte de craquelins que lui tend Yolette. Elle essuiera par contre quelques insultes un peu plus loin, allant offrir la même aide à un homme demandant la charité près d'un guichet automatique.

« Il faut être humain », résume-t-elle, le sourire rempli d'empathie. Intervenante depuis des années, la dame d'origine haïtienne oeuvre depuis deux ans à la mission Old Brewery. Sur le terrain, dans « la navette », elle dit arriver à apaiser les plus agités. « Il faut garder une voix calme », confie celle que les habitués appellent affectueusement « Madame Navette ».

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Gaston quitte le minibus de la mission Old Brewery après s'être fait donner des vêtements chauds.

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Des bottes et un manteau

Autour de 20h, le duo se déplace vers le métro Guy-Concordia, où un homme a composé trois fois le numéro de la navette pour recevoir de l'aide. Gaston attend devant les portes tournantes quand Yahia gare le minibus. Il entre rapidement. Il a besoin de bottes de pointure 10. Les 11 sont trop grandes pour lui. Les 9 feront. « Mes bas sont minces, minces », dit-il.

Gaston prendra aussi des bas et une tuque. Louis est monté avec lui. C'est Louis qui a appelé pour Gaston, un peu plus tôt. Louis, qui a subi un traumatisme crânien, est aussi passé par la rue, à une autre époque. Il en est sorti, il y a maintenant quatre ans, mais il « regarde » encore ceux qui ont besoin d'aide, comme il en a eu besoin. « J'ai pas peur des yeux », illustre-t-il.

Pendant qu'il raconte son parcours à La Presse, Gaston a eu le temps de dénicher un grand manteau rouge à sa taille. « C'est beau, ça », s'exclame-t-il en remontant la fermeture éclair. « Demain matin 8h, tu peux te présenter à la mission Old Brewery », lui explique Yolette. Les hommes ressortent aussitôt. Louis reviendra pour noter les informations, Gaston les ayant oubliées.

Yolette et Yahia devaient veiller jusqu'à 22h avant qu'une autre « équipe » ne prenne le relais jusqu'au petit matin.

Yolette, intervenante de la mission Old Brewery, effectue... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE) - image 3.0

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Yolette, intervenante de la mission Old Brewery, effectue une tournée du centre-ville à bord d'un minibus, à la recherche de sans-abri qui auraient besoin de vêtements, d'eau ou d'un refuge pour la nuit.

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Des refuges débordés

À la mission Old Brewery, les hommes vêtus de gros manteaux faisaient la file pour obtenir un café. De bons Samaritains y apportaient des manteaux et des bottes. Le refuge, qui compte 266 places d'urgence, en a ajouté 10 supplémentaires au début de l'hiver. Dans la nuit de mardi à mercredi, les 276 places étaient occupées. « On est complets, mais on ne refuse personne, précise Émilie Fortier, directrice des services du refuge du boulevard Saint-Laurent. Si toutes les ressources sont pleines, on peut garder les gens à la cafétéria. »

À la Maison du Père, on a aussi ajouté 24 lits aux 170 habituellement offerts. Une quinzaine étaient vides dans la nuit de mardi à mercredi, mais on s'attendait à ce qu'ils soient occupés rapidement. « Quand il fait froid comme ça, ce n'est pas jojo. Ça joue sur la tension. Les gars sont plus sensibles, plus fébriles », explique Manon Dubois, directrice du développement et des communications. Elle dit aussi voir plusieurs cas de pneumonies.

L'Accueil Bonneau, qui accueille les personnes sans domicile fixe le jour, a ouvert ses portes dès 7h30, mercredi, une demi-heure plus tôt que d'habitude. « On les fait entrer plus tôt, on leur donne du café et on leur permet de se réchauffer. On est attentifs aux gars qui rentrent. On s'assure qu'ils sont bien vêtus, sinon on leur fournit ce qui manque. Et on porte attention aux engelures - jambes, pieds, mains », dit André Leroux, chef d'équipe de la première ligne à l'Accueil Bonneau.

Deux intervenants patrouillent aussi à l'extérieur. « On regarde dans les entrées d'immeubles pour s'assurer qu'il n'y a personne en situation de détresse. » Une ligne d'urgence a aussi été créée pour les propriétaires de bâtiments. « Ils peuvent nous appeler s'ils trouvent quelqu'un et nous allons sur les lieux », explique M. Leroux.

La St. Michael's Mission connaît aussi la popularité que lui vaut déjà sa « halte-chaleur », un endroit sur l'avenue du Président-Kennedy ouvert la nuit où les sans-abri peuvent se réchauffer. Ici, il n'y a pas de lits, mais on se montre plus tolérant que dans les refuges. Même les gens avec les facultés affaiblies ou accompagnés d'un chien peuvent y passer quelques heures, voire la nuit entière. En principe, l'endroit peut accueillir 60 personnes, mais pas moins de 88 y sont passées dans la nuit de mardi à mercredi. Au pic de la nuit, 74 personnes s'y trouvaient en même temps. « Il y a beaucoup de va-et-vient. Ce soir, on se prépare. On sait que ça risque d'être encore occupé », dit à La Presse George Greene, directeur de la St. Michael's Mission.

« Il y en a beaucoup qui arrivent presque gelés - les mains, les pieds. Nous avons des partenaires comme Médecins du monde, les CLSC ou les hôpitaux, où on peut les envoyer si le gel a déjà gagné les doigts ou les pieds », dit M. Greene.




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