Le chef du SPVM Philippe Pichet sur la sellette

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Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Philippe Pichet

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Le rapport sur les pratiques internes au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) commandé par Québec dans la foulée de l'affaire Lagacé est « dévastateur » pour le corps policier. Écorché, le chef Philippe Pichet pourrait être forcé de démissionner, sans quoi il risque le congédiement.

Selon des sources fiables, tout indique que le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, suggérera aujourd'hui le remplacement du chef de police de Montréal à la suite de dépôt du rapport commandé à Me Michel Bouchard. À l'issue de son enquête administrative, celui-ci a constaté que l'équipe de direction mise en place n'a pas été en mesure de régler les problèmes minant le SPVM, un dur constat.

Radio-Canada a rapporté hier soir que le rapport commandé à Me Bouchard serait rendu public aujourd'hui, à l'issue d'une rencontre du Conseil des ministres. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a reçu les recommandations jeudi dernier. Tant à son bureau qu'à celui du premier ministre, on se refusait toutefois à tout commentaire hier soir.

Des échos avaient toutefois commencé à transpirer jusqu'à l'hôtel de ville de Montréal, où son contenu est décrit comme « dévastateur » pour le SPVM, selon ce que La Presse a pu confirmer.

Devant ces constats, nos sources ont indiqué que Philippe Pichet serait contraint de démissionner, sans quoi il serait congédié.

Des sources policières ont indiqué que le rapport était dur avec le chef de police et l'ensemble de l'administration du corps policier. On constate des problèmes qui ne se règlent pas en dépit des changements et du temps passé. Le SPVM ne parvient pas à régler ses enquêtes internes qui se retrouvent systématiquement dans la cour de la Sûreté du Québec.

La publication du rapport tombe alors que Valérie Plante fait une série de voyages à l'étranger. Elle doit toutefois être brièvement de passage à Montréal aujourd'hui, entre une mission à Chicago et une autre à Paris. Elle participe notamment ce matin à une rencontre de son comité exécutif, qui abordera assurément le cas du chef de police.

DEMANDE DE TRANSPARENCE

Peu après son élection le 5 novembre, Valérie Plante avait rencontré Philippe Pichet pour s'entretenir avec lui de la crise qui ébranle le SPVM depuis un an. Il avait été question d'améliorer les pratiques du corps policier, notamment de faire preuve de davantage de transparence. Projet Montréal a maintes fois été critique envers le SPVM dans l'affaire de la surveillance électronique des journalistes.

L'administration Plante, qui n'a jamais donné publiquement sa confiance à Philippe Pichet, attendait toutefois le contenu du rapport Bouchard pour trancher sur le sort de celui-ci et réclamer ou non son congédiement à Québec.

Le dernier mot revient en effet au ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. Seul le gouvernement peut destituer le chef de police et non la mairesse, en vertu de la Charte de la Ville de Montréal.

Philippe Pichet a été nommé à l'été 2015 à la tête du SPVM. Le mandat d'un chef de police étant de cinq ans, il devait donc rester en poste jusqu'en 2020. Celui-ci était présent hier en fin d'après-midi au lancement d'un livre écrit par un agent du SPVM sur les 175 ans de la police à Montréal. Plusieurs cadres de son organisation et d'anciens directeurs étaient sur place. Habillé en civil, il a fait une brève allocution et est parti rapidement, avant que l'auteur de l'ouvrage ne prenne la parole. Quelques heures plus tard, Radio-Canada évoquait son remplacement à la tête de l'organisation.

ENQUÊTES ADMINISTRATIVE ET CRIMINELLES

Le ministre Martin Coiteux a mis en place une enquête administrative sur les pratiques du SPVM en mars dernier, à la suite des révélations sur la surveillance électronique du journaliste Patrick Lagacé et de plusieurs autres journalistes, ainsi que sur les plaintes de plusieurs policiers au sujet des pratiques des enquêtes internes du corps policier.

Le travail de Me Bouchard visait ainsi à faire la lumière sur les pratiques aux enquêtes internes, « notamment sur la gestion, l'encadrement, les processus et les difficultés liés à ce type d'enquêtes ». Son rapport devait être déposé avant le 15 septembre, mais Michel Bouchard avait demandé l'été dernier un report de trois mois.

Dès le départ, il avait toujours été question de rendre son rapport public, mais tout en évitant de nuire aux enquêtes criminelles en cours.

Ce mandat confié à Me Bouchard se déroulait en effet parallèlement à des enquêtes criminelles menées par un groupe mixte de policiers piloté par la Sûreté du Québec. Ceux-ci avaient effectué une perquisition à la fin d'octobre au quartier général du SPVM.

***

CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS

26 OCTOBRE 2017: La SQ perquisitionne au quartier général du SPVM. Suspension du chef de cabinet et inspecteur Imad Sawaya.

SEPTEMBRE 2017: Suspension de l'inspecteur-chef Costa Labos

MAI 2017: Suspension du commandant Patrice Vilceus, qui dirige le groupe Éclipse

MARS 2017: Suspension du commandant Pascal Leclair - qui a ensuite été blanchi par l'enquête de la SQ - et de l'inspecteur Martin Renaud. Suspension du directeur adjoint Bernard Lamothe. Réactivation de quatre enquêtes de la SQ sur Costa Labos.

FÉVRIER 2017: Un reportage de TVA révèle que deux anciens officiers du SPVM, Jimmy Cacchione et Giovanni Di Feo, ont accusé les Affaires internes de fabriquer des éléments de preuve contre eux alors qu'ils s'apprêtaient à dévoiler des cas de corruption au SPVM. Québec déclenche une enquête administrative sur le SPVM en raison d'allégations de nature criminelle qui pèsent sur certains cadres.

OCTOBRE 2016: La Presse apprend l'existence de 24 mandats de surveillance autorisés contre le cellulaire de Patrick Lagacé.

AVRIL 2016: Déclenchement de l'enquête « F8 » pour tenter de trouver qui a fourni des informations sensibles à des journalistes. (Révélation faite devant la commission Chamberland, mai 2017)

JANVIER 2016: Philippe Pichet avalise la surveillance du journaliste Patrick Lagacé. (Admis lors de la commission Chamberland, en avril 2017)

- Fanny Lévesque, La Presse




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