Une nuit dans la jungle urbaine

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Hugo Meunier
La Presse

Avec le retour de l'été, les policiers en ont plein les bras avec les fêtards qui envahissent les rues à 3h du matin, moins de deux semaines après la mort du projet-pilote visant l'extension des heures d'ouverture de certains bars jusqu'aux aurores. Devant la demande importante à la sortie des bars, Urgences-santé a, de son côté, mis sur la route des ambulanciers à vélo pour intervenir plus rapidement dans les secteurs chauds et encombrés.

Trois heures du matin, dans le Village, dans la nuit de dimanche. Une mer de fêtards déferle dans la rue Sainte-Catherine, piétonnière entre Papineau et Saint-Hubert.

Ils sortent massivement du Sky, de l'Apollon ou du Stock. Les plus jeunes quittent l'Unity. Une fille avec une couronne vomit sur le bord du trottoir, devant le cabaret chez Mado. Rapidement, des centaines de personnes, des hommes pour la plupart, s'éparpillent à perte de vue dans l'artère commerciale. Certains sont ivres, titubent bras dessus, bras dessous, sous les 175 000 boules roses suspendues au-dessus de ce tronçon populaire.

Pour le profane, c'est un peu la jungle. Pour Benoit Boisselle et Pascal Proulx, deux policiers du poste de quartier 22, c'est juste une soirée comme les autres. Tranquille, même, grâce à une brise légère.

«Certains soirs, il y a une douzaine d'appels pour des conflits, des bagarres, des gens poignardés. Les drogues, comme les amphétamines, le speed, le GHB sont très présentes dans le secteur et ne sont pas toujours de bonne qualité», explique Benoit Boisselle, qui patrouille dans le coin depuis huit ans.

Aucun établissement de son territoire ne faisait partie du projet-pilote, qui autorisait 19 bars, surtout situés dans la rue Saint-Denis, à ouvrir leurs portes jusqu'à 6h pendant quatre semaines. Un projet-pilote qui n'a même pas vu le jour, puisque la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec a jugé le projet trop improvisé.

Le Service de police de la Ville de Montréal refuse de s'immiscer dans un dossier qu'il qualifie de «politique», mais se montrait plutôt favorable au projet. Une façon d'espacer l'affluence à la sortie des bars et, peut-être, d'éviter les débordements. «C'est sûr que des amas de personnes comme ça peuvent créer des flammèches et faire augmenter le nombre d'appels», croit l'agent Boisselle.

Le policier explique que les conflits débutent la plupart du temps à l'intérieur des bars et se transportent dehors à la fermeture. L'affluence monstre et l'obligation de sortir sont alors susceptibles de jeter de l'huile sur le feu. Déjà que le quotidien Le Devoir a récemment rapporté que des épisodes de violence, notamment des crimes homophobes, gangrénaient le village depuis quelques mois. La police s'est montrée rassurante sur le sujet, mais a admis qu'un sentiment d'insécurité est palpable dans le quartier.

Gangs de rue

C'est sans compter les groupes criminels, comme les gangs de rue, qui s'installent de plus en plus confortablement dans des établissements du Village certains soirs. L'agent Boisselle et ses collègues bénéficient du soutien des policiers du groupe Éclipse, qui connaissent bien le milieu interlope et ses acteurs.

Si aucun dérapage majeur n'a été observé lors de notre passage, il y a quelques jours, les policiers doivent demeurer aux aguets même après la fermeture des bars. D'autant plus que leur territoire abrite deux «after-hours», dont les activités s'étirent jusqu'au matin.

Les policiers du 22 doivent aussi composer avec une faune particulière. Pas besoin d'un dessin pour le comprendre, à la vue d'une échauffourée à l'entrée du Stock entre une femme transgenre et d'un danseur nu hétérosexuel employé d'un bar gai. «Il faut être très ouvert d'esprit pour travailler au PDQ 22. Les policiers doivent l'être partout à Montréal, mais particulièrement ici», selon l'agent Boisselle.

Difficile de ne pas lui donner raison, entre ces enterrements de vie de garçon ou ces filles burlesques, ces fêtards vêtus de cuir, ces scènes de vomissement - sur le trottoir ou de la portière ouverte d'un taxi - et ces élans de passion en pleine rue. Des scènes nettement plus bon enfant que les agressions et les bagarres, qui vont continuer de tenir les policiers sur le qui-vive à la sortie des bars.

Des ambulanciers à vélo

Des ambulanciers à vélo sillonnent depuis l'an dernier les secteurs chauds de Montréal à la sortie des bars, une façon d'intervenir plus rapidement lorsque les fêtards décident de prendre la rue.

L'initiative illustre à quel point les autorités doivent adapter leur intervention à la réalité parfois chaotique des sorties de bars. «Il s'agit d'un projet-pilote en place depuis l'an dernier, pour nous aider lorsque la circulation devient trop intense», explique le porte-parole d'Urgences-santé, Benoit Garneau. Le terrain de chasse des ambulanciers à vélo se situe surtout au centre-ville, d'abord sur le boulevard Saint-Laurent, où les dérapages sont monnaie courante à la fermeture des bars. «Entre 2h et 4h du matin, on répond à toutes sortes d'appels, des intoxications aux traumatismes crâniens en passant par toutes sortes d'agressions», explique M. Garneau.

Ces ambulanciers sur roues s'ajoutent aux ambulances qui quadrillent les environs.




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