Searle n'entend pas prendre congé «pour mettre de l'ordre dans sa vie»

Jeremy Searle... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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Jeremy Searle

Photo Alain Roberge, archives La Presse

Au coeur d'une controverse depuis un mois, le conseiller indépendant Jeremy Searle a été invité à «prendre congé pour mettre de l'ordre dans sa vie» par le maire de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Russell Copeman.

En entrevue à La Presse, le conseiller Searle a répliqué qu'il était «hors de question» qu'il abandonne temporairement ses fonctions. Il a cependant reconnu qu'il avait «un problème avec l'alcool» et qu'il était prêt à chercher de l'aide médicale.

Dans une lettre qui se voulait confidentielle mais que le réseau CTV a publiée hier, le maire Copeman estime que le comportement du conseiller du district de Loyola depuis un mois remet «sérieusement en question [sa] capacité de faire [son] travail».

«Je vous enjoins de prendre formellement un congé pour vous occuper de votre situation et chercher de l'aide d'un professionnel, écrit le maire. Je ne peux acquiescer à votre déclaration publique selon laquelle votre situation n'affecte pas vos fonctions comme conseiller de la Ville.»

M. Copeman décrit ensuite les plus récentes frasques de M. Searle, son «manque de décorum» à l'hôtel de ville mardi dernier, le fait qu'il se soit endormi sur son siège à la vue de ses collègues et son «entrevue franchement bizarre à CTV mercredi».

«Comme à Cuba»

En entrevue, le maire Copeman explique qu'il a d'abord voulu parler de vive voix à M. Searle, mais que ce dernier a décliné le rendez-vous prévu. Il a écrit la lettre dimanche soir et affirme l'avoir livrée lui-même au domicile de M. Searle. «Mon objectif était double: sur le plan personnel, je lui ai fait un appel pour qu'il se prenne en main. Mais je l'ai entendu dire que sa situation n'affectait pas son travail, et là-dessus, je ne suis pas d'accord.»

Jeremy Searle, lui, n'en démord pas: c'est le maire Copeman qui a dévoilé cette lettre aux médias, un comportement qu'il qualifie de «scandaleux».

Quant à son problème d'alcool, il le voit comme un «problème physique, non un problème moral comme voudraient le faire croire les autres politiciens». Prolixe, il estime que «même à 50%, [je] fonctionne deux fois mieux que la moyenne des gens».

Il a répété qu'il suit depuis l'an dernier des traitements pour diminuer sa dépendance à l'alcool, notamment en prenant du Librium, et qu'il a passé plusieurs journées en traitement au quatrième étage de l'Hôpital général de Montréal. «Ce n'est pas psychiatrique, c'est pour les patients qui veulent se libérer de l'alcool.»

Un conseil d'arrondissement houleux

La tempête entre le maire et le conseiller n'a pas empêché ce dernier de se présenter hier au conseil d'arrondissement, où ses problèmes d'alcool se sont rapidement retrouvés sous les projecteurs.

Visiblement furieux, le maire a ouvert l'assemblée en martelant devant une foule particulièrement nombreuse qu'il n'avait pas dévoilé la lettre aux médias. «Je sens que je dois aborder ce sujet, vu ce qui est arrivé [hier] après-midi. Les accusations de M. Searle m'attristent.» Il a réitéré sa demande faite par écrit la veille au conseiller en «l'implorant» de prendre un temps d'arrêt.

«On est tous là pour vous aider. Je vous prie de faire le nécessaire», a ajouté le conseiller Lionel Perez alors que des gens criaient «honte».

À la sortie de l'assemblée, des citoyens ont déploré «l'entêtement» du conseiller à rester en poste. «Je suis déçue pour les résidants. Ce sont eux, les perdants. Ils n'ont pas un conseiller qui monte au front pour eux», a dit Sharon Leslie.

Soulagé de parler

L'élu acceptera-t-il, comme le lui suggère le maire Copeman, de prendre congé, le temps d'une cure de désintoxication? «Si je pouvais y aller, j'irais! Avez-vous déjà suivi une cure? C'est comme être à Cuba. On est logé, nourri, on s'occupe de nous. Mais si j'y suis, je ne laisserai pas tomber les citoyens, je continuerai à m'occuper de leurs dossiers», a-t-il affirmé à La Presse.

M. Searle se dit maintenant soulagé de pouvoir parler ouvertement de son alcoolisme. «La chose la plus importante que j'ai apprise, c'est que c'est beaucoup plus facile quand on est ouvert. Vingt pour cent de la population souffre de l'abus de l'alcool. L'important, c'est d'en parler, d'être ouvert. Je suis très fier, comme personne publique, que ce ne soit pas quelque chose de honteux.»

Hier soir, M. Searle est allé plus loin, se qualifiant de «poster boy de ce problème de santé» et invitant même les citoyens à lui téléphoner directement à la maison s'ils ressentaient le besoin de parler de leur problème d'alcoolisme.

Le conseiller du district de Loyola, élu de 1994 à 2005 et revenu en politique en novembre 2013, se trouve dans une situation délicate depuis le 9 avril dernier. Il avait alors comparé les souverainistes à l'agrile du frêne et avait évoqué la nécessité de les «éradiquer».

La semaine dernière, la controverse a rebondi à l'hôtel de ville quand, en plein conseil municipal, il a affirmé que le maire Denis Coderre avait «probablement un problème au cerveau».

Le lendemain, des conseillers avaient rapporté qu'il dégageait une forte odeur d'alcool. M. Searle avait assuré qu'il n'avait pas siégé ivre.




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