Vers un ménage à l'AMT

Pour les sociétés de transports en commun, comme... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Pour les sociétés de transports en commun, comme l'Agence métropolitaine des transports, la dernière élection provinciale pourrait signifier un retour à la case départ, notamment pour son président Nicolas Girard.

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Bruno Bisson
La Presse

Selon plusieurs observateurs de la scène des transports, joints par La Presse au cours des derniers jours, le nouveau gouvernement libéral ne tardera pas à faire du ménage dans les projets et les structures de gouvernance des transports en commun de la région métropolitaine - une tâche que le gouvernement péquiste sortant avait préféré éviter dans sa «Stratégie nationale de mobilité durable», publiée juste avant les élections, et maintenant destinée à l'oubli.

Cette Stratégie ne suggérait aucun remède aux problèmes de financement des réseaux de transports collectifs, à moyen ou long terme, mais elle proposait au moins une solution à court terme pour des travaux d'entretien urgents en transférant 930 millions de dollars des budgets de travaux routiers vers des réseaux de transports en commun, notamment le métro.

Pour les sociétés de transports en commun du Québec, «ça veut dire qu'on retourne encore à la case départ, sans passer Go! et sans récolter 200$», a illustré un gestionnaire, en référant au jeu de Monopoly.

Les acteurs de la scène des transports métropolitains joints par La Presse ont tous estimé que les crédits de 930 millions destinés à résorber le déficit d'entretien des sociétés de transports seront rétablis, sous une autre forme, par le nouveau gouvernement, parce qu'il s'agit d'investissements qui ne peuvent être reportés sans compromettre la fiabilité du service.

«Les libéraux veulent augmenter les budgets d'infrastructures, a noté une source de La Presse, et vont sans doute tenir compte de ce déficit d'entretien. Ce qu'il faut voir, c'est si on maintiendra la part des investissements en transports collectifs que les péquistes ont fait augmenter de 21 à 27% des budgets d'immobilisations dédiés aux transports».

Un départ attendu

Sous couvert de l'anonymat, tous les intervenants joints ont affirmé d'emblée que le président actuel de l'AMT, Nicolas Girard, ferait mieux de chercher un nouvel emploi. Ex-député péquiste pendant huit ans, M. Girard a été nommé à ce poste en septembre 2012 par le gouvernement Marois, quelques semaines seulement après sa défaite électorale dans la circonscription de Gouin. Cette nomination éminemment politique a même été abordée dès la première conférence de presse du premier ministre élu, Philippe Couillard, le lendemain des élections, mardi.

Interrogé à savoir s'il serait à l'aise de travailler avec des personnes qui ont bénéficié d'une nomination politique du gouvernement Marois, comme M. Girard et le chef de la Sûreté du Québec, Mario Laprise, M. Couillard a répondu «qu'on va faire l'évaluation de certains de ces postes» en se basant sur l'expérience, les compétences, et «les capacités de la personne, qui doivent être clairement en rapport avec le poste occupé».

L'AMT gère le réseau de trains de banlieue de la métropole, en plus de ses mandats de planification régionale. L'agence est dotée d'un budget annuel de près de 270 millions, elle compte plus de 200 employés, et un carnet de projets en immobilisations de plusieurs milliards de dollars.

Nicolas Girard n'avait aucune expérience de la gestion d'une grande société, avant sa nomination.

Attention particulière

L'avenir de l'Agence elle-même demeure nébuleux. Les opinions varient quant à l'ampleur des changements que le nouveau gouvernement apportera à son fonctionnement ou à son mandat; de la dissolution pure et simple à une «mutation» spectaculaire sous la forme d'une «super-agence» régionale et autonome, qui planifierait de concert la conservation et le développement des réseaux routiers et de transports en commun. Un peu à la manière de Metrolinx, dans la région de Toronto.

L'ex-ministre des Transports Pierre Moreau semblait pencher pour ce scénario dans les derniers mois du gouvernement libéral de Jean Charest, en 2012. Le déclenchement des élections générales et la victoire péquiste de septembre 2012 l'ont empêché de présenter la réforme majeure de la gouvernance que le ministre avait publiquement évoquée.

Sous contrôle municipal?

Au début de 2014, le maire de Montréal Denis Coderre n'a pas fait mystère de sa volonté de faire passer l'AMT sous contrôle de la Communauté métropolitaine de Montréal, qui regroupe l'ensemble des 82 municipalités de la région.

Dans son Plan d'action pour Montréal, le chef du PLQ, Philippe Couillard, a pour sa part promis d'apporter «une attention particulière à la coordination et à la planification des opérations du réseau de transports en commun de Montréal et de la grande région métropolitaine».

«En soi, souligne un intervenant, ça peut vouloir dire n'importe quoi. Mais vu dans le contexte d'un plan d'action qui parle de moderniser la gouvernance, de hausser les budgets d'infrastructures et d'outiller Montréal pour qu'il assume mieux son statut de métropole, cela semble ouvrir la porte à un élargissement des responsabilités des villes, qui pourrait inclure la planification du transport collectif.»




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