Montréal refuse de commémorer une sombre page de son histoire

Lorsque le premier conflit mondial a éclaté, des... (Photo fournie par l'association ukraino-canadienne des libertés civiles.)

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Lorsque le premier conflit mondial a éclaté, des dizaines de milliers d'immigrés d'origine est-européenne ont été arrêtés et incarcérés dans une vingtaine de camps au Canada. Le tout premier centre à accueillir ces prisonniers a ouvert ses portes à Montréal le 13 août 1914, selon l'Association ukraino-canadienne des libertés civiles.

Photo fournie par l'association ukraino-canadienne des libertés civiles.

Montréal refuse de commémorer une sombre page de son histoire, dénonce un groupe qui souhaite rappeler l'emprisonnement de milliers d'Ukrainiens durant la Première Guerre mondiale. La métropole québécoise est la seule ville à avoir refusé d'installer une plaque à la mémoire de ces prisonniers de guerre.

Il ne faisait pas bon être d'origine est-européenne en 1914 au Canada. Lorsque le premier conflit mondial a éclaté, des dizaines de milliers de ces immigrés ont été arrêtés et incarcérés dans une vingtaine de camps. Le tout premier centre à accueillir ces prisonniers a ouvert ses portes à Montréal le 13 août 1914, selon l'Association ukraino-canadienne des libertés civiles.

Depuis une vingtaine d'années, ces descendants d'immigrés ukrainiens font installer à leurs frais des plaques commémoratives là où ont été détenus des dizaines de milliers de prisonniers.

Des 24 endroits où ont été incarcérés les Ukrainiens, Montréal est la seule ville à résister. Malgré les demandes répétées, la Ville a toujours refusé de laisser installer une plaque en face de l'hôtel de ville, là où se trouvait le centre de détention où les Ukrainiens arrêtés au Québec étaient envoyés afin d'être expédiés par train ailleurs au pays.

«L'événement qui a causé un préjudice à ces gens est étranger à la Ville de Montréal. C'est un geste du gouvernement canadien. En ce sens, la commémoration devrait être en collaboration avec le gouvernement fédéral», explique un porte-parole de la Ville, Jacques-Alain Lavallée.

Mais voilà, Ottawa, qui dit avoir déjà présenté ses excuses et tenu quelques commémorations, renvoie la balle à la Ville. «On est entré en contact avec le gouvernement fédéral et on nous a dit que le terrain appartient maintenant à la Ville et donc que nous devions nous entendre avec elle», dit Lubomyr Luciuk, directeur de l'Association ukraino-canadienne des libertés civiles.

Le centre d'immigration a été démoli depuis longtemps. Seule une photo offerte aux descendants par un ancien gardien témoigne de l'existence de cette prison. Il n'existe pas de chiffres officiels, mais le groupe de descendants évalue qu'environ 8500 «étrangers ennemis», comme on les appelait, ont pu transiter par Montréal, dont 5000 Ukrainiens.

«La plupart des gens qui ont été emprisonnés là étaient des Montréalais, arrêtés à Montréal. Ça fait partie de l'histoire de Montréal, comment peuvent-ils dire le contraire?» s'indigne Lubomyr Luciuk. La Ville n'a pas «l'obligation de commémorer, sur son territoire, tout événement qui a marqué la vie de certains de ces citoyens», soutient M. Lavallée.

Espoir

Lubomyr Luciuk n'en démord pas et espère voir Montréal changer d'idée. Il estime que ce fait historique est d'autant plus significatif qu'il s'agit de «la première fois qu'on utilisait la Loi sur les mesures de guerre, pour enfermer les Ukrainiens. La dernière fois qu'on l'a utilisée, c'est au Québec», souligne-t-il.

La première plaque commémorant cette page d'histoire a été installée en 1994 à Kingston, deuxième camp à avoir vu le jour après Montréal. Ailleurs au Québec, une plaque a été installée devant le manège militaire de Beauport, où le sous-sol a servi de prison pour des centaines d'Ukrainiens. Une autre a été aménagée à la base militaire de Valcartier, qui a aussi accueilli un certain nombre de prisonniers. Enfin, une plaque a été installée à Spirit Lake, où des milliers de prisonniers ont été envoyés dans les profondeurs de la forêt abitibienne.




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