Pétrole dans le Saint-Laurent: les autochtones demandent un moratoire de 12 ans

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Les dirigeants de ces nations autochtones, qui occupent les régions côtières du golfe du Saint-Laurent, ont formé cette coalition en 2013 afin de parler d'une seule voix pour «la protection de leurs droits et titres ancestraux pour l'ensemble du golfe contre les dangers posés par l'exploitation pétrolière».

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Montréal

Redoutant un désastre environnemental, une coalition de nations autochtones présentes sur le territoire du Québec demande un moratoire de 12 ans avant que ne soient permises l'exploration et l'exploitation pétrolière et gazière dans le golfe du Saint-Laurent.

Les nations innue, malécite et micmaque - ces derniers étant aussi présents dans les Maritimes - ont profité de la réunion de l'Assemblée des Premières Nations à Montréal pour réitérer cette demande mercredi, et préciser la période d'arrêt requise.

Et en cette saison préélectorale, ils veulent aussi que les chefs des partis fédéraux indiquent clairement aux électeurs s'ils vont protéger ou non le golfe du Saint-Laurent de l'exploitation pétrolière.

Leur inquiétude face à la possibilité que ce fragile écosystème ne soit détruit a été renouvelée, disent-ils, car Québec a récemment laissé entrevoir qu'il prévoyait lever son moratoire et délivrer des permis d'exploration dans le golfe du Saint-Laurent.

Ils rappellent l'explosion survenue sur la plateforme pétrolière Deepwater Horizon de BP dans le golfe du Mexique, en 2010, qui a fait de nombreux morts et causé une catastrophe environnementale avec une marée noire hors de contrôle.

L'exploitation du golfe du Saint-Laurent, source de nourriture pour les peuples autochtones, ne peut être faite sans leur consentement, disent-ils. Ils rappellent que la Cour suprême du Canada a déjà tranché que les gouvernements ont un devoir de consultation et d'accommodement à l'égard des Premières Nations.

Et à défaut d'avoir leur accord, pas question de les faire taire avec de l'argent du pétrole, a déclaré le chef de la nation innue, Jean-Charles Piétacho.

«Jamais je ne vais accepter des redevances qui proviendraient de ce secteur.»

La grande chef Anne Archambault, de la nation malécite de Viger, près de Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, a été plus nuancée, soulignant qu'elle devrait consulter ses membres avant de prendre position à ce sujet. Quant au chef micmac Scott Martin, il souligne «qu'il n'y a pas que l'argent dans la vie» et que le mode de vie traditionnel compte pour beaucoup.

Ce dernier croit que ce moratoire est nécessaire jusqu'à ce que des études d'impact environnemental détaillées soient effectuées, car il y a encore d'importantes «lacunes de connaissances». La période de 12 ans a été fixée après un calcul des différentes étapes pour les études, la formulation des rapports et un processus de consultation auprès de la population.

«Même leurs scientifiques (ceux des gouvernements) leur disent qu'ils sont dans l'inconnu», a lancé le chef Piétacho.

Les chefs ont rappelé que les risques environnementaux de l'exploration et l'exploitation du pétrole en milieu marin sont encore mal connus, tel que l'indiquait en 2013 le rapport d'une évaluation environnementale stratégique demandée par le gouvernement libéral du Québec de l'époque. L'étude, qui portait sur les secteurs de l'île d'Anticosti, de la Gaspésie et des îles de la Madeleine, relevait que la capacité d'intervention en cas d'urgence est déficiente.

Pour la chef Archambault, les droits ancestraux de sa nation sur le saumon ont «préséance sur le pétrole». Elle souligne que 95 pour cent des revenus de sa nation proviennent de la pêche de ce poisson.

Les dirigeants de ces nations autochtones, qui occupent les régions côtières du golfe du Saint-Laurent, ont formé une coalition en 2013 afin de parler d'une seule voix pour «la protection de leurs droits et titres ancestraux pour l'ensemble du golfe contre les dangers posés par l'exploitation pétrolière».

Ils n'ont pas indiqué ce qu'ils entendaient faire, outre leurs demandes aux partis politiques fédéraux.

Mais les communautés autochtones se sont souvent adressées aux tribunaux pour faire respecter l'environnement et leurs droits. Plus tôt cette semaine, les micmacs de la Gaspésie ont déposé une poursuite contre le Nouveau-Brunswick et une entreprise pour empêcher le transport ferroviaire du pétrole des sables bitumineux vers le futur port de Belledune, situé dans cette province voisine.

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