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Québec avait été alerté dès 2008 des allégations contre Camil Picard

Camil Picard a fait l'objet en 2007 d'une... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Camil Picard a fait l'objet en 2007 d'une enquête policière pour agression sexuelle sur un mineur, gestes qui auraient été commis en 1983.

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La ministre Lise Thériault avait été avisée d'allégations de nature sexuelle concernant Camil Picard dès 2008, alors qu'il dirigeait le centre jeunesse de la Montérégie, a appris La Presse. Mme Thériault avait jugé l'affaire assez sérieuse pour alerter le conseil d'administration du centre jeunesse.

M. Picard a tout de même conservé son poste de directeur du centre jeunesse pendant cinq ans avant d'accéder à la direction de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Il a démissionné jeudi.

C'est une officière du Service de police de Québec (SPVQ), inquiète de la position du suspect dans un organisme d'aide aux jeunes, qui a alerté par écrit le ministère de la Santé et des Services sociaux en 2008, révèlent deux sources à Québec qui ont eu une connaissance directe de cette lettre, mais qui ne sont pas autorisées à parler publiquement.

À l'époque, le SPVQ venait de terminer son enquête pour agression sexuelle sur un mineur, gestes qui auraient été commis en 1983. La police avait soumis un dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales concernant Camil Picard, mais ce dernier n'a pas été accusé au criminel. Deux ans plus tard, il a toutefois versé 50 000 $ au plaignant dans le cadre d'un règlement à l'amiable.

« La policière dénonçait la situation pour un événement concernant un directeur de centre jeunesse. Ça s'était passé au début des années 80, se souvient l'une de ces sources au sujet de la teneur de la missive. 

« La policière était outrée. Elle trouvait que ça n'avait pas de bon sens que ce gars-là continue à travailler, compte tenu des allégations qu'il y avait à son sujet. »

Hier, Lise Thériault a confirmé par la voix de son attachée de presse « se rappeler avoir eu une correspondance à ce sujet » au moment où elle était ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse. « Mais elle ne se souvient pas de qui elle provenait ni de la teneur exacte des propos », a précisé sa porte-parole, Clémence Beaulieu Gendron, ajoutant que « les vérifications se poursuivent dans la correspondance [de la ministre] ».

Rappelons que mercredi soir, après consultation auprès du ministère du Conseil exécutif, le cabinet du premier ministre, Philippe Couillard soutenait que ce chapitre du passé de M. Picard, « ce sont des éléments qui nous étaient totalement inconnus ». Le directeur adjoint, responsable des relations avec les médias, Charles Robert, a indiqué hier que « compte tenu de ce que vous nous rapportez, on lance une vaste opération de vérification ».

DES ACTIONS PRISES « RAPIDEMENT »

Une autre source proche de ce dossier en 2008 affirme qu'une haute fonctionnaire a informé Lise Thériault d'« allégations » au sujet d'« actes de nature sexuelle » commis par M. Picard.

« On a été bouleversés par la situation. Les allégations n'étaient pas du tout avec tous les détails que vous aviez, mais on parlait de quelque chose à connotation sexuelle. On s'est demandé comment agir en regard de la loi », laisse entendre une source proche du dossier.

Des actions ont été prises « rapidement », selon elle. Des consultations ont été faites auprès de la Justice et de la Sécurité publique. « Toutes les réponses qui ont été données étaient qu'on ne pouvait rien faire parce qu'il n'y avait eu aucune procédure judiciaire ou condamnation » contre Camil Picard. « La recommandation faite par l'administration à l'époque, c'était qu'on n'avait pas le pouvoir de faire quoi que ce soit en la matière parce que les vérifications d'usage avaient été faites par la SQ. »

Or, l'affaire n'en est pas restée là. Lise Thériault a tenu à envoyer une lettre concernant M. Picard au président du conseil d'administration du centre jeunesse de la Montérégie. « Oui, je m'en souviens très bien », a confirmé la source qui se rappelle les consultations faites pour préparer cette missive, une opération qui était jugée délicate. Une autre source est formelle au sujet de la rédaction de cette lettre.

« JE N'AI PAS REÇU DE LETTRE COMME ÇA »

À l'époque, le président du C.A. du centre jeunesse de la Montérégie était Marc Rodier, alors policier à Longueuil et aujourd'hui chef de la police de Roussillon. Contacté hier par La Presse, M. Rodier a martelé qu'il n'avait jamais reçu de correspondance de Mme Thériault ou du gouvernement concernant Camil Picard.

« Je peux vous confirmer que je n'ai pas reçu de lettre comme ça et qu'il n'y a personne au conseil qui a fait état d'une telle lettre. Ça, c'est clair », a répété le policier à plusieurs reprises. « Sinon, c'est clair qu'on aurait eu des discussions pour savoir ce qu'on fait avec ça. »

L'ancien président du C.A. a expliqué que, comme il était bénévole, il n'avait pas de bureau au centre jeunesse où était acheminée sa correspondance. C'est Camil Picard ou sa secrétaire qui lui transmettait son courrier, explique-t-il. « Le directeur général me le remettait quand on avait nos conseils d'administration. Il avait une secrétaire. Selon moi, c'est elle qui recevait les lettres, et quand on avait notre conseil d'administration, j'avais une chemise dans laquelle il y avait les lettres adressées au conseil. Quand on préparait le C.A., si j'avais reçu des lettres, c'est lui qui m'apportait les lettres. »




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